‹ Les intoxicationsChapitre 104 sur 116 · ANNEXES · texte numérisé non relu

ANNEXES

Urine.

Albumine.

Urée par litre.

Urée par jour.

gr-

gr-

gr-

février. . . .

•l«r mars

Proportion d'

urée dans la salive.

Saliv

e rendue. Ur

ée par kilo.

Total de l’urée.

gr.

gr-

février. . . . ,

Si donc on fait abstraction de la salive rendue parle malade, naturellement sous l’influence de la stomatite et après l’ingestion du sublimé corrosif, on constate que du 4 au 12 février il a éliminé seulement 4sr,83 d'urine, abstraction faite de l’urée éliminée par les vomissements et non dosée. On sait du reste que l’examen comparatif des matières vomies et des urines ne montre pas qu'il y ait compensation ou balancement alternatif entre ces deux voies d’élimination et que, même en dehors des cas d’anurie, les vomissements renferment toujours une certaine proportion d’urée.

Pendant huit jours, par conséquent, l’empoisonné a accumulé dans son économie les principes nuisibles dont, à l’état physiologique, l’organisme se débarrasse par l’urine. Ce sont : l’urée, la créatine, la xanthine, la créatinine, l’hypoxanthine, tous éléments que le rein est chargé d’éliminer sans les fabriquer. Et cependant, malgré cette anurie complète, c’est à peine si l’on a pu constater, chez ce malade, de légers phénomènes urémiques, un peu de céphalée et des troubles oculaires peu intenses, alors qu’en pareil cas ces symptômes sont ordinairement bien plus inquiétants. 11 est à noter aussi combien la sécrétion urinaire a été prompte à se rétablir sous l’influence des deux médicaments : la digitale et l'acétate de potasse.

Mais si, pendant une semaine entière, les principes de l'urine s’étaient en abondance accumulés dans le sang, il suflit de jeter les yeux sur le tableau ci-dessus pour voir combien l'anurie a été largement compensée par la suite par une excrétion tout à fait anormale. Le 17 février, le malade a rendu jusqu'à

103 grammes d’urée ; il est vrai de dire que la veille il avait ete remis à l'usage des aliments azotés.

En prenant 25 grammes comme moyenne de la quantité d’urée quotidiennement éliminée du 13 février au 2 mars, le malade eut dû rejeter seulement 475 grammes, alors qu’il en a rendu 828 grammes, soit 353 grammes de plus.

Qu’on tienne compte maintenant de ce qu’il a dû accumuler dans 1 organisme du 4 au 12 février, en prenant seulement comme terme moyen 15 grammes par jour, puisqu’il ne prenait que du lait comme nourriture (soit 150 grammes), et l’on verra que, tout bien considéré, du jour de son entrée au jour de sa sortie (3 mars), Armand Auguste a excrété 347 grammes durée en plus que la quantité physiologique.

Intoxication par le sulfo-cyanure de mercure.

Rapport de MM. P. Broüardel et Ocier.

Nous, soussignés, Paul Broüardel, et Jules Ogier, docteur ès sciences, commis par M. Thibierge, substitut de M. le Procureur de la République près du Tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance en date du 6 octobre 1888.

Serment préalablement prêté, avons rempli ainsi qu’il suit la mission qui nous était confiée.

Autopsie pratiquée le 7 octobre ISSS. — Le cadavre est celui d un jeune homme de vingt-deux ans environ, paraissant vigoureux et bien constitué. La rigidité cadavérique a presque complètement disparu; la putréfaction n’est pas commencée. Le ventre n est pas ballonné; il existe quelques lividités cadavériques sur les parties déclives du corps. Pendant l’autopsie, aucune odeur de putréfaction n'a été perçue, même quand on a eu ouvert les intestins.

11 n y a aucune trace de violence sur les diverses parties du corps. L'examen de la muqueuse du gland, de la peau de la verge, de la marge de l’anus, etc., ne permet de découvrir aucune ulcération suspecte, aucune plaque muqueuse ou cicatrice de chancre ou d’ulcération.

Sur la peau des fesses et de la partie supérieure et externe des cuisses, se trouve une éruption papuleuse disséminée.

PIÈCES ANNEXES

II n'y a ]>as d’épanchement sanguin sous le cuir chevelu nF dans les libres des muscles temporaux. Les os de la voûte et de la hase du crâne ne sont pas fracturés. Les méninges ne sont pascongestionnées. Le cerveau, le bulbe elle cervelet sont sains; il n’y a ni lésion, ni tumeur. Ni dans les méninges, ni dans le cerveau,, on ne découvre de granulation tuberculeuse.

La face interne des lèvres et des joues ne présente aucune érosion. Les ganglions sous-maxillaires sont un peu tuméfiés. La langue est blanche, chargée d’un enduit saburral, et les papillessont notablement tuméfiées. L’empreinte des dents persiste sur les bords de la langue; sur le bord gauche, se trouve une petite ulcération d’un centimètre de diamètre, arrondie, peu profonde* n’intéressant que les parties superficielles de la muqueuse. Les bords et son fond sont souples. Les amygdales sont profondément ulcérées; quelques parcelles sont sphacélées.

La moitié inférieure de la muqueuse de l’œsophage a une coloration lie de vin; elle ne présente aucune trace d’inflammation ni d’ulcération.

La trachée est saine.

Les cavités pleurales, notamment celle du côté gauche, contiennent un peu de liquide teinté en rouge par transsudation de la matière colorante du sang. 11 n’y a pas d’adhérences pleurales.

Les poumons sont très congestionnés et très œdémateux; ils ne contiennent pas de tubercules. Les bronches sont remplies de spume rosée.

Le cœur est volumineux et présente quelques petites ecchymoses sous-péricardiques. Les ventricules contiennent quelques petitscaillots fibrineux. Les fibres musculaires sont pâles par places. Les valvules sont saines.

Le foie est un peu congestionné ; il est mou, ramolli; il pèse 1550 grammes. [Le poids moyen cadavérique est de 1451 grammes (Sappey).] Quelques jours après, lorsqu'il a eu perdu le sang qui le gonflait, il ne pesait plus que 1450 grammes. La vésicule biliaire ne contient pas de calculs.

La rate pèse 180 grammes (poids moyen, 195 grammes); elle n’est ni volumineuse ni diffluente; quelques jours plus tard, elle ne pèse plus que 100 grammes.

L’estomac est vide; sa muqueuse est saine et ne présente aucune ulcération. Les glandes forment à la surface de la muqueuse une saillie blanchâtre. Elles sont tuméfiées surtout dans la région pylorique. Près de l’orifice œsophagien, en descendant vers la face postérieure, on trouve une plaque formée par un pointillé rougeâtre, sans ulcération, irrégulièrement disséminé sur une étendue

de 4 centimètres de diamètre. Au niveau de l'orifice pylorique, il n'y a pas d'ulcération.

Les reins sont très volumineux, congestionnés et ramollis. L’un pèse 430 grammes et l’autre 440 grammes. [Poids moyen, 170 grammes (Sappey).] Ils présentent à l’intérieur de nombreuses plaques hémorragiques, siégeant surtout au pourtour des calices et des pyramides de Malpighi; le tissu cellulo-graisseux qui les -enveloppe est œdémateux et contient des sutl'usions sanguines nombreuses.

Dans la cavité abdominale, il y a un léger épanchement sanguinolent. L’épiploon gastro-hépatique est tacheté par des suffusions sanguines.

La surface péritonéale des intestins est couverte d’une arbori-

sation fine très accentuée.

Les intestins contiennent un peu de matières diarrhéiques.

Dans le duodénum se trouve une petite ulcération de la millimètres environ de diamètre, rouge, sans bourbillon. Les bords de l’ulcération sont nets, mais un peu irréguliers; ilsnesont pas taillés à pic. Les valvules conniventes ne sont ni enflammées, ni ulcérées. Au niveau du jéjunum, la muqueuse est congestionnée; il existe quelques petites plaques légèrement jaunâtres non ulcérées.

Dans l’ilêum se trouve une plaque de Peyer un peu dure, telle

qu’on les trouve parfois comme cicatrices après une fièvre typhoïde très ancienne; à la terminaison de l’iléum, en dehors de la valvule iléo-cæcale, on voit un anneau ayant environ 1 centimètre de hauteur, rouge, couvert d’un fin piqueté.

Au niveau de la valvule de Bauhin, la muqueuse intestinale est très congestionnée. Sur son bord adhérent, on voit des plaques dont quelques-unes mesurent 3 et 4 centimètres de longueur sur 1 de largeur; ces plaques jaune verdâtre sont constituées par un bourbillon adhérent par places, déjà détaché end autres. Audessous se trouve une ulcération qui laisse à nu la paroi musculaire. Ces lésions ne présentent aucun des caractères des ulcé-

rations tuberculeuses ou typhoïdiques.

Le côlon ascendant est congestionné; ses parois sont œdémateuses, infiltrées de sang sur une étendue d une dizaine de centimètres environ. Au niveau de l’angle du côlon et du mésocôlon se trouvent trois ulcérations, couvertes d’un bourbillon, avant à peu près l centimètre de diamètre. Un peu plus loin, on trouve trois autres petites ulcérations, de 4 à à millimi tn s (b diaim tu, sans bourbillon. Sur le parcours du gros intestin, on constate encore quelques petites plaques d'infiltration sanguine dans a muqueuse.

4~0 PIÈGES ANNEXES

Les ganglions mésentériques ne sont pas volumineux.

La a essie contient 170 centimètres cubes environ d’urine; sa muqueuse est saine.

Examen histologique des viscèves. — Cceuv. — Le cœur présente à l’œil nu, en quelques points, un aspect jaunâtre et exsangue. L’examen histologique ne montre cependant aucune lésion; les- Ji In es musculaires ontconservé leur striation très nette ; les noyaux n ont pas augmenté de nombre ni de volume. — Il n’y a pas de pi ol iléiation du tissu conjonctif. Les vaisseaux ne paraissent pas lésés.

Foie. Le loie n est pas augmenté de volume ; il est un peu mou, d'une coloration jaune clair uniforme.

Des lragments de foie sont durcis, les uns dans : liquide de Mullet, gomme et alcool; les autres, dans : alcool, gomme et alcool.

Sur les coupes, l’aspect d’ensemble n'est pas modifié; on aperçoit les lobules nettement limités; les cellules ont conservé leur orientation en travées; le tissu conjonctif n’a pas proliféré.

Les cellules sont tuméfiées et il en résulte que les capillaires sont peu apparents; elles paraissent soudées entre elles par groupes jdus ou moins nombreux; elles sont remplies de granulations très fines, tiès nombreuses, non graisseuses, que l’acide osmique ne colore pas en noir; le noyau en est très peu ou pas apparent, mèmeaprèsl addition d acide acétique ; quelques-unes renferment des blocs d une substance incolore, réfringente, qui ne se colore ni par le carmin ni par les couleurs d’aniline; en quelquespoints, ces blocs sont plus volumineux qu’une seule cellule. —Surbeaucoup de lobules, les cellules situées à la périphérie sont infiltrées de granulations biliaires.

Sur l’un seulement des fragments examinés, on trouve deux fojeis occupant environ la moitié d un lobule, constitués par une agglomération de cellules lymphatiques, ou de noyaux arrondis,, se coloiant vivement par le carmin ; au milieu, on aperçoit quelques cellules hépatiques, pas plus déformées que les autres et sans apparence de division nucléaire; on ne saurait dire s'il s’agit la de produits de 1 inflammation des cellules hépatiques, ou simplement d un abcès miliaire, ou de la prolifération du tissu conjonctif.

Les canaux biliaires ne présentent pas de lésions appréciables; leur épithélium est conservé.

En résumé, le foie présente les lésions de l’hépatite parenchymateuse.

Reins. — Les reins sont très augmentés de volume, extrêmement mous, au point qu’avant l'incision de la capsule on peut croire que le parenchyme va s’écouler comme une pâte. — * Suffusions sanguines à la base des pyramides.

Durcissement comme pour le foie.

Les glomérules ne présentent pas d’épaississement de la capsule, pas de prolifération nucléaire. Les vaisseaux qui les constituent sont vides.

L’épithélium des tubuli, de ceux surtout de la substance corticale, est tombé par places, ou bien fragmenté, granuleux, presque partout sans trace de noyau, et se colorant à peine par le carmin. On trouve en beaucoup de points des fragments irréguliers, à angles mousses, d’une substance transparente, homogène, qui se colore fortement en rouge par le carmin. Ces fragments occupent surtout les tubuli contorti, mais on les trouve aussi en dehors de ceux-ci ; ils ont été sans doute déplacés par le rasoir.

Suivant toute vraisemblance, il ne s’agit pas là d’une altération cadavérique, mais sans doute d’une lésion vitale de l’épithélium.

Le tissu conjonctif n’est pas augmenté et l’on ne trouve pas trace de sa prolifération.

11 n’y a pas de dépôts calcaires dans les tubes.

Ce sont les lésions de la néphrite épithéliale.

Urine. — L’urine est albumineuse ; le dépôt est surtout formé de phosphate ammoniaco-magnésien.

Analyse chimique des viscères. — Les viscères ou liquides mis sous scellés lors de l’autopsie sont les suivants :

Estomac et contenu ; intestin grêle ; gros intestin ; contenu de l’intestin; poumons; foie; rate et cœur; reins; cerveau; urine ; sang.

1° Nous procédons à une recherche préliminaire sur 470 grammes de foie et 230 grammes de rein.

Nous commençons par rechercher si ces viscères contiennent du mercure.

Les matières organiques sont détruites par le chlorate de potasse et l’acide chlorhydrique; après élimination de 1 excès du chlore, la solution obtenue est soumise à 1 électrolyse, 1 électrode négative étant constituée par une feuille d’or.

Après avoir laissé passer le courant pendant vingt-quatre heures, nous constatons que la lame d’or, s est recouverte d un mince enduit adhérent, gris noirâtre. Cette lame est lavée à l’eau et à

PIÈCES ANNEXES

1 alcool, sechee, introduite au fond d un tube de verre dur, puis chauffée dans ce tube jusqu’à la température du ramollissement du verre. Sous 1 action de la chaleur, la lame reprend peu à peu sa couleur primitive ; en même temps, il se condense sur les parois du tube, au-dessus de la partie chauffée, un léger anneau grisâtre.

(.et anneau présente les caractères suivants :

Examiné avec une forte loupe, il se montre composé de fines gouttelettes brillantes, opaques, ayant l’aspect du mercure métallique. Sous 1 influence de la vapeur d’iode, cet anneau devient rouge vermillon ; le produit rouge ainsi obtenu est volatil à une température peu élevée; il devient jaune à chaud el repasse au rouge par le refroidissement ; il est peu soluble dans l’eau, facilement soluble dans la solution d’iodure de potassium ; sous l’influence du chlore, il devient blanc. Ces propriétés sont celles du biiodure de mercure.

Il est donc absolument certain que la lame d’or chauffée a dégagé des vapeurs de mercure, et, par suite, que les viscères examinés contenaient une petite quantité d'un composé mercuriel.

2° Répartition du mercure dans les organes. — Nous procédons à la recherche du mercure dans les divers organes, en nous plaçant dans des conditions propres à permettre le dosage du métal toxique.

Les poids des organes employés pour ces dosages sont les suivants :

Grammes.

Foie 440

Reins 250

Rate 400

Poumons 450

Cerveau 400

Intestins et contenu 480

Urine 100

Sang 00

Le procédé suivi est celui qui vient d’ètre décrit. Les électrolyses ont été faites dans de grandes capsules de platine; les électrodes négatives étaient formées d’une série de fils d’or disposés comme les rayons d’un cercle, dans un plan horizontal, près du fond des capsules. L’électrolyse durait de douze à vingt-quatre heures; les fils étaient ensuite réunis, lavés, séchés et chauffés dans des tubes étranglés au-dessus de la partie chauffée, de sorte

que les vapeurs mercurielles étaient condensées dans un étroit espace.

Tous les anneaux mercuriels ont été d’abord transformés en biiodure rouge, ce qui démontrait qualitativement la présence du mercure. Puis, les anneaux de biiodure ont été soumis à un courant de chlore et transformés en bichlorure qu’on a dissous dans l’eau; les solutions de bichlorure ont été électrolysées de nouveau dans de très petits appareils; les électrodes négatives ont été lavées, séchées, pesées avec leur dépôt, puis chauffées au rouge et pesées de nouveau. La différence des poids a donné la quantité de mercure déposé. Dans d’autres cas, on s’est contenté de peser l'anneau traité par le chlore, c’est à-dire transformé en bichlorure.

Il est a remarquer que les causes d’erreur dans ces dosages tendent à donner des chiffres trop faibles : 1° parce que des traces de mercure peuvent rester dans les solutions, si les éleclrolyses n’ont pas été suffisamment prolongées ; 2° parce qu’il est diilicile de chauffer les fils d’or dans les tubes de verre assez fortement pour éliminer la totalité du mercure amalgamé sur ces I ils. Pour ces deux raisons principales, les chiffres indiqués ci-dessous sont certainement des minima.

Notons entin que, les pesées n'ayant porté que sur des poids extrêmement faibles, 1 ou 2 milligrammes par exemple, les chiffres trouvés ne sauraient avoir une exactitude absolue; ils suffiront cependant pour indiquer l’ordre de grandeur des quantités de mercure retrouvées par l’analyse dans les dillérents organes.

Ces chiffres, rapportés aux poids totaux des organes mis sous scellés, sont les suivants :

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