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SANG

2° Circulation générale. — Dans tontes les observations d'empoisonnement aigu ou subaigu, on a signalé de la pâleur et de la cyanose. Il existe une algidité périphérique qui répond manifestement à un abaissement de la température centrale, qui peut, suivant Rabuteau, descendre à 36° ; cette alg'idité est surtout marquée aux extrémités. Dans l’empoisonnement lent, quand la g’uérison survient, il peut subsister pendant des mois de l’essoufflement; c’est ce qui s’est produit chez l’un des intoxiqués du Havre, qui se plaignait encore d’une g'êne de la respiration huit mois après les accidents toxiques.

L’ hyperthermie a été signalée par Lancereaux à la suite de l’usage prolongé d’un traitement arsenical. Lancereaux en a rapporté deux cas typiques (1). Le premier a trait à une femme de trente-huit ans, atteinte d’une affection ganglionnaire de l’aisselle et du cou, qui, depuis le mois de mars 1805, prenait dix à quinze gouttes de liqueur de Fowler par jour ; elle entra en janvier 1890 dans le service du Dr Lancereaux, qui, ignorant qu'elle subissait un traitement arsenical depuis dix mois, lui prescrivit de la liqueur de Fowler à une dose progressive, depuis dix jusqu’à trente gouttes en vingt-quatre heures. Au bout de trois semaines, la température, jusque-là normale, monta à 38° et même à 39° le soir, pour redescendre le matin à 37°, 5. Il y eut un peu de diarrhée, et l’usage de l’arsenic fut suspendu. En quelques jours la fièvre tomba, mais, le traitement ayant été repris quinze jours plus tard, la fièvre reparut et ne cessa qu’à la suite de l’abandon définitif de la médication arsenicale.

La seconde observation est celle d’une fillette de treize ans, dont je vous ai déjà parlé ; la température atteignait 40° le soir, et l’on porta, jusqu’à l’apparition de la paralysie, le diagnostic de fièvre typhoïde. Cette malade avait suivi,

(1) Lancereaux, Les paralysies toxiques en général et la paralysie arsenicale en particulier ; dangers de la médication par l’arsenic ( Bulletin de V Académie de médecine, 3e série, 1896, t. XXXVI, p. 41).

INTOXICATION PAR L’ARSENIC

ainsi que je vous l’ai dit, un traitement arsenical intensif (i).

M. Comby a rapporté l’histoire d'une petite fille de sept ans qui, pour une chorée, suivit le traitement suivant : on lui donnait 10 grammes de liqueur de Boudin, soit 10 milligrammes d’acide arsénieux par jour, puis on augmcnta de 5 grammes la quantité de solution arsenicale, jusqu’à atteindre la dose maxima de 35 grammes par jour, pour redescendre ensuite jusqu’à 10 grammes. Le traitement dura onze jours, pendant lesquels cette fillette absorba 235 milligrammes d’acide arsénieux. Il y eut quelques vomissements, de la diarrhée, et pendant quelques jours de la fièvre. Quarante-six jours plus tard survint une paraplégie motrice avec incontinence des matières fécales et des urines, et une paralysie légère des membres supérieurs. Tout rentra dans l’ordre en six semaines (2).

3° Sang. — • Quelques auteurs ont fait jouer un rôle trop important à l’action des arsenicaux sur le sang. Dans leurs expériences, ils ont pris, comme point de départ de leur théorie, le mélange de sang et d’hydrogène arsénié. Il est certain que, dans ces conditions, l’hydrogène arsénié réduit l’hémoglobine et finit par détruire le globule. Ils en ont conclu que, dans l’intoxication arsenicale, il y avait destruction des globules rouges par suite de la transformation dans l’organisme d’une partie de l’arsenic en hydrogène arsénié. Cela est peut-être possible, mais non démontré.

Ce qui est établi, c’est qu’au cours de l’intoxication aiguë et même dans les formes len tes, on constate des hémorragies variées; je vous ai, du reste, déjà parlé des pétéchies, du purpura, des épistaxis ; on a également signalé des hémoptysies, des hémalémèses, du môlæna et de l’hématurie.

(1) Voy. p. 80.

(2) Comby, Un cas de paralysie arsenicale chez une fillette de sept ans ( Bulletin de la Sociélé médicale des hôpitaux de Paris, 3e série, t. XIII, 1896, p. 567).

altérations du foie.

6° Altérations du foie.

Le foie est l’un des organes les plus alteints par l'arsenic, d’une part à cause du rôle prépondérant du système porte dans l’absorption intestinale, et d’autre part à cause de la fonction sécrétoire et éliminatrice de la glande hépatique. De là, il résulte une fatigue considérable de l'organe qui reçoit le poison par voie d’absorption et s’en débarrasse par voie d’élimination ( L). En quelques jours, le foie augmente considérablement de volume et subit la dégénérescence graisseuse. Les g-outtelettes de graisse s’accumulent dans les cellules du centre de l’acinus, et la matière glycogénique diminue et peut même disparaître.

Dans les intoxications subaiguës, on a noté assez souvent l’ictère survenant du troisième au quatrième jour; dans les intoxications chroniques, on le rencontre quelquefois. Un des empoisonnés du Havre, M. Delafontaine, eut de l’ictère; cependant ce diagnostic n'est peut-être pas absolument certain, car il n’y eut, à aucun moment, la réaction des pigments biliaires dans l’urine. Il s’agissait peut-être d’un ictère hémaphéique ou d’une légère teinte subictérique, qui pouvait être rapportée à l’irritation intestinale provoquée par l'abus qu’à cette époque le malade fit de purgatifs salins.

L intoxication par l’hydrogène arsénié, ainsi que je vous l’ai dit il n’y a qu'un instant, enlève au globule sanguin l'hémoglobine, qui est éliminée par l'urine, soit en nature, soit a l’état de méthémoglobine, ou transformée par le foie en bilirubine; comme la quantité de globules sanguins détruits est considérable, il se produit dans presque tous les cas de l’ictère. Hadelmann a étudié l’empoisonnement par l'hydrogène arsénié sur un chien porteur d’une fistule biliaire. Après 1 intoxication, la bile n’augmentait pas de

(1) Garnier, Localisations de l’arsenic dans le foie, 1883.

INTOXICATION PAR L’ARSENIC

quantité, mais elle devenait tellement épaisse quelle ne s’écoulait que difficilement ; elle contenait vingt fois plus de bilirubine que normalement, et les acides biliaires s’y trouvaient, au contraire, très diminués (1).

7° Altérations des reins.

Au cours des intoxications aiguës et subaiguës, on constate presque toujours de l’oligurie (2), et parfois même une anurie qui peut durer plusieurs jours. Dans l'intoxication du duc de Praslin, le quatrième et le cinquième jour il y eut une anurie complète.

L’oligurie n’est pas seulement due à la déperdition énorme de liquide, causée par les évacuations alvines, mais aussi à une véritable néphrite toxique, accompagnée d’albuminurie. A l’autopsie, on trouve parfois les reins augmentés de volume et l’épithélium en voie de dégénérescence graisseuse.

Dans l’épidémie provoquée par les bières arsenicales, M. Bordas a signalé la présence fréquente de traces d’albumine dans les urines, mais on n’a jamais trouvé de sucre.

Dans l’intoxication d’Hyères, le D1 2’ Vidal a signalé le cas d’une dame qui, à la suite de l’ingestion de vin arsenical, eut du diabète et élimina jusqu’à 50 grammes de sucre par vingt-quatre heures. Ce diabète semble bien d’origine toxique, puisqu’il disparut rapidement dès que la cause de l’intoxication eut elle-même disparu.

8° Troubles du système nerveux.

a. Troubles psychiques. — L’empoisonnement aigu par l’arsenic provoque une sorte d’anéantissement de l’indi-

(1) Vibert, Traité de toxicologie clinique et médico-légale , 1900,. p. 344.

(2) Ollivier, Essai sur les albuminuries produites par T élimination des substances toxiques. Thèse de Paris, 1803.

vidu : les malades sont dans un état de prostration profonde, sans que cependant les facultés intellectuelles soient touchées. Sur ce point, toutes les observations sont concordantes : les victimes de l’intoxication, quelles que soient les souffrances endurées, conservent leur intelligence et leur présence d’esprit jusqu’au dernier moment.

Dans les intoxications du Havre, deux personnes eurent un peu de délire; au contraire, dans l’exposé des symptômes observés au moment de la mort de M. Decamp, les médecins ont noté qu’il mourut en pleine connaissance.

Dans les intoxications par les bières arsenicales, on a noté 9 fois sur 296 cas des troubles psychiques. M. Bordas remarque qu’on ne les a rencontrés que chez des individus fortement touchés par l’intoxication, par conséquent chez ceux qui avaient fait un usage sans doute exagéré de bière. « Cela, dit M. Bordas, a été appelé « folie de la confusion », mais il serait plus exact de la décrire comme une perte totale de la mémoire des temps et des lieux. Il n'y avait pas de perte des idées ni de la suite des idées, mais, sous l’influence de la suggestion, les idées les plus absurdes pouvaient être acceptées. Ainsi, un malade complètement paralysé, qui était au lit depuis plusieurs semaines, lorsqu'on lui demandait s’il avait été se promener le matin, répondait oui , et vous racontait avec détails sa promenade hypothétique... Si on lui demandait depuis combien de temps il était entré à l’hôpital, le malade, se retournant vers l'infirmière de l’autre côté du lit, répondait : « Je crois que c’était hier, n’est-ce pas? »

Reste à savoir, Messieurs, quelle part il faut attribuer à l'alcoolisme dans la genèse de ces idées délirantes.

b. Troubles de la sensibilité. — L’intoxication arsenicale aiguë et subaiguë s’accompagne d ' insomnie \ elle a été signalée par tous les auteurs, et nous l’avons retrouvée comme un symptôme presque constant dans les intoxications du Havre. Les malades se plaignent d'une céphalalgie

INTOXICATION PAR L’ARSENIC

intense, variant de siège suivant les individus : elle est en casque, frontale ou occipitale. Aran a comparé cette douleur à la constriction que produirait un cercle de fer enserrant les orbites, et Richon l’a vue revêtir l’apparence de l’hémicranie.

Il existe un engourdissement des pieds et des mains. Dans l’ affaire du Havre, l’une des victimes se déchaussait derrière le comptoir de la pharmacie et se frappait la plante des pieds avec une spatule, afin d’y rétablir la circulation du sang-. L’engourdissement des mains, qui s’accompagne souvent de fourmillements , est assez intense pour empêcher les malades d’écrire ou de boutonner leurs vêtements. Dans l’épidémie due aux bières arsenicales, M. Bordas a signalé l’existence de douleurs lancinantes à la plante des pieds et à la paume des mains, qui étaient brûlantes et douloureuses. Ces symptômes étaient tellement exacerbés par la chaleur du lit, que les malades ne pouvaient prendre quelque repos qu’en laissant passer leurs pieds hors des couvertures. Tous ces symptômes sont identiques à ceux qui avaient été signalés dans les épidémies d’acrodynie, comme accompagnant les érythèmes des extrémités (i).

On a noté aussi des démangeaisons ; un enfant de neuf ans, soigné par le D1- 2 Dubrandy, à Hyères, se plaignait de sentir des papillons qui lui couraient dans le dos. Plusieurs auteurs ont signalé la fréquence du prurit, à la suite de l’administration de préparations arsenicales à dose médicamenteuse. Moreira (2) a vu un malade qui, à la suite de l’absorption de cinq granules de Boudin par jour, fut pris d’un prurit assez violent pour entraîner une insomnie complète. Dans une observation de Lancereaux, une malade âgée de trente-huit ans se plaignait de démangeaisons extrêmement pénibles sur le tronc et les membres, et il existait

(1) Vidai, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Article Acrodynie, p. 657.

(2) Moreira, Brit. Journ. of Dermatol., décembre 1895.

en même temps à la vulve un prurit dont l'intensité s'opposait à tout sommeil (1).

A un degré d'intoxication plus avancé, il existe des crampes persistantes dans les mollets, et des spasmes extrêmement douloureux du col de la vessie et de l'utérus.

Le spasme utérin peut-il être suffisant pour entraîner l'avortement? Je vous ai dit antérieurement que, sans cependant en rapporter d’observations, Taylor range l’arsenic au nombre des substances médicamenteuses capables d’amener l'avortement. Lewin (2) partagée l’avis de Taylor et prétend que les animaux qui paissent dans le voisinage d’usines de produits arsenicaux avortent souvent, parce qu’ils sont atteints d’inflammation subaiguë do l’utérus;

1 rapporte l’histoire d’une femme qui accoucha d'un enfant mort après qu'elle eut mangé un gâteau fait avec de la farine arsenicale. Imbert-Gourbevre rapporte d’une part l’observation d’une femme qui, pendant trois mois, prit deux fois par jour une certaine dose d’arsenic pour se faire avorter; elle accoucha d'un enfant mort et fut atteinte de paraplégie. Cependant, ailleurs, le même auteur dit avoir vu une femme qui, bien qu’enceinte de plusieurs mois, n’a pas avorté, après avoir suivi assez longtemps un traitement par la liqueur de Fovvler et avoir présenté des signes d’intolérance; et Taylor signale le fait d’une femme enceinte de plus de cinq mois, qui prit une forte dose d’arsenic dans le but de se faire avorter: elle mourut en moins de sept heures, sans qu’il y ait eu expulsion du fœtus. L’une des victimes de l’intoxication du Havre était dans un état de grossesse avancé et, bien qu’elle ait eu des vomissements et de la diarrhée, elle accoucha à terme au mois de mai d’un enfant qui mourut au mois d'août.

On voit aussi survenir des douleurs , qui peuvent être

9) Lancereaux, Bulletin cle V Académie de médecine, 3e série, 1896, t. XXXVI, p. 41.

(2) Lewin, Die Frucht abtreibung durch Gifle und andere Millet. Berlin, 1899.

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extrêmement pénibles; ce sont des sensations de broiement des os, particulièrement au niveau du rachis et au niveau des articulations tibio-tarsiennes et tarso-métatarsiennes. Ces mêmes douleurs existent également dans les muscles et un malade du Dr Dubrandy (d’Hyères) disait: « J’ai dans les mollets, à la plante des pieds, des bêtes, des chiens qui me rongent la peau ». Ces derniers symptômes sont accompagnés d’hyperesthésie ; chez presque tous les intoxiqués du Havre, à un moment donné le poids et le frottement des couvertures sur1 les pieds et les jambes étaient absolument insupportables. Des cas d’hyperesthésie semblables ont été signalés par M. Bordas en Angleterre; il a même vu des malades chez lesquels une légère pression sur les masses musculaires des bras et des jambes produisait des douleurs assez violentes pour arracher des cris.

L 'anesthésie est fréquente et précède ou accompagne la paralysie motrice; elle débute par les pieds et reste toujours assez mal localisée, sans démarcation nette entre les parties atteintes et les parties saines; elle est rarement généralisée et le plus souvent, de même que l’analgésie et la perte de la sensibilité à la température, elle est incomplète; il y a plutôt un retard dans la perception des sensations qu’une abolition complète.

Le malade se plaint d’avoir des sensations incertaines : il ne sent pas le sol sur lequel il marche et laisse tomber les petits objets qu’il tient entre ses doigts. Georges Brouardel a signalé chez certains malades la perte du sens musculaù'e (1). Le malade, au repos, ne sent pas la position occupée par ses mains, ses pieds et ses orteils. Ce trouble ne s’étend pas, en général, au delà des extrémités.

L 'anaphrodisie arsenicale a été étudiée pour la première fois par Charcot. Auparavant, Rayer en avait signalé trois cas, mais n’y avait attribué aucune importance. Voici les

(1) G. Brouardel, Études sur l'arsenicisme. Thèse de Paris, 1897,

deux cas de Charcot (1). Le premier est celui d'un jeune homme qui, entre les années 1849 et 1852, a fait un usage constant de la liqueur de Fowler pour combattre un psoriasis datant de douze ans; il y eut quelques troubles digestifs, de la mélanodermie, et un affaiblissement considérable de la puissance g'énitale ; cette faiblesse disparut quand on cessa le traitement.

La seconde observation a trait à un psoriasique qui était arrivé à un degré d’accoutumance tel, qu’il prenait jusqu à 5 centigrammes d’acide arsénieux par vingt-quatre heures sans interruption pendant plusieurs semaines, sans ressentir d’autres accidents qu’un peu de ptyalisme et quelques troubles gastro-intestinaux. En 1850, trois ans après le début de son traitement, il avait présenté de la mélanodermie; puis, deux ans plus tard, il vint consulter Charcot, parce que « ses fonctions génésiques, qui, autrefois, s’exercaient très énergiquement, avaient subi une atteinte sérieuse; les érections demeuraient rares et imparfaites, de manière à rendre le coït à peu près impossible ou, du moins, presque toujours incomplet ». Charcot donna le conseil de cesser complètement la médication arsenicale, et le malade recouvra progressivement, en quatre ou cinq mois, l’énergie première de ses fonctions sexuelles.

Devergie (2) n’admet pas l’opinion de Charcot ; cependant, depuis cette époque, des faits très nets d’anaphrodisie ont été signalés par Dubrandy dans l'intoxication des vins d’Hyères : « L’érection, dit-il, ne se produisant plus et ne se soutenant plus jusqu’au moment utile, finissait par s'éteindre. Il y avait anaphrodisie et la fonction génitale s’est trouvée suspendue pendant trois ou quatre mois. Son retour marquait l’amélioration générale des accidents. » Enfin, Messieurs, chez tous les hommes qui

(1) J.-M. Charcot, Sur V anaphrodisie produite par l’usage prolongé des préparations arsenicales (Bidlelin de thérapeutique de Paris, 1 864, p. 529).

(2) Devergie, Propriétés anaphrodisiaques de l'arsenic ( Bulletin de thérapeutique , 1864, t. LXVII, p. 157).

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furent atteints dans l'intoxicalion du Havre, nous avons noté une anaphrodisie plus ou moins complète.

o. Troubles de la motilité. Paralysie arsenicale. — Dans l'intoxication aiguë, le malade est dans une agitation extrême. Certains auteurs ont signalé de véritables attaques convulsives et un tremblement qui peut persister longtemps après la guérison. Je n'ai jamais eu l'occasion d’observer ces symptômes, et je les considère comme des phénomènes accessoires qui, de même que les troubles de l’état mental, relèvent peut-être plus de l’alcoolisme et de l’hystérie que de l’intoxication arsenicale elle-même.

Paralysie arsenicale. — La paralysie arsenicale avait été entrevue par Pierre de Abano, qui, parlant d'un malade intoxiqué par l’arsenic sublimé, dit qu’il ressentit de vives douleurs dans le conduit intestinal, eut des syncopes, et que la grande sécheresse produite par le poison rendit presque toutes les jointures immobiles. Ambroise Paré, à propos d’un malade intoxiqué par du réalgar, dit : « Si on le sauve, le laissera perclus de tous les membres ». Depuis celte époque, des cas isolés furent rapportés par les médecins et les toxicologues Zacchias, Boerhaave, Van Swieten, Fodéré, Barrier, Hahnemann, mais ce n’est que depuis les mémoires d’Aran (i), de Raoul Leroy (d’Étiolles) (2), d'Imbert-Gourbeyre (3) que l’attention a été attirée sur ces manifestations de l'intoxication arsenicale. Depuis, un nombre considérable de cas ont été signalés (4).

a. Début. — Hahnemann a rapporté l'observation d’un malade qui, ayant absorbé quelques grains d’arsenic dans un gâteau, tomba roide le lendemain sans connaissance, frappé d’une paralysie des membres.

(1) Aran, Union médicale., juillet 1852.

(21 Raoul Leroy (d’Étiolles), Sur la paralysie causée par l’arsenic { Gazelle hebdomadaire de médecine , 1857).

(8) Imbert-Gourbeyre, Paralysie arsenicale ( Gazette médicale, 1858,

(4) Voy. G. Brouardel, Études sur l’arsenicisme. Thèse de Paris, 1897..

Dans les intoxications du Havre, j’ai eu à examiner un malade qui s était aperçu que, depuis quelques jours, il avait un peu de faiblesse dans les membres inférieurs; brusquement il tomba dans la rue, sans perdre connaissance, et l’on dut le rapporter chez lui, parce qu’il ne pouvait faire usag-e de ses jambes. On ignorait encore l’intoxication et l’on porta le diagnostic d’affection médullaire.

Cependant, Messieurs, ce début brusque, qui, à part la Perte de connaissance, présente une ressemblance avec 1 ictus de l’apoplexie, est rare; en général, le malade ressent un affaiblissement progressif; que l’empoisonnement ait été produit par une dose unique ou par des doses répétées, cest le plus souvent une dizaine de jours après le début de l’intoxication que la paralysie succède aux phénomènes que je vous ai déjà décrits. La paralysie peut toutefois débuter beaucoup plus tardivement. M. Comby a soigné une petite tille de sept ans, atteinte de chorée, avec de la liqueur de Boudin, qui est, je vous le rappelle, une solution d’acide arsemeux au millième; en onze jours, la petite malade absorba 23 centigrammes d’acide arsénieux; la chorée cessa et il y eut quelques symptômes d’intolérance, vomissements, diarrhée, embarras gastrique, élévation de tempéidtuie. Quarante-six jours après la cessation du traitement, la fillette ressentit des fourmillements dans les pieds, et en quelques jours elle fut atteinte d’une paralysie motrice absolue avec incontinence des urines et des matières fécales; on nota même un peu de paralysie des membres supérieurs. Tout rentra dans l’ordre en six semaines (i).

p. Siégé. — Dans la plupart des cas, 69 fois sur 72 la paralysie frappe d’abord les membres inférieurs, en commençant par les orteils; les membres supérieurs sont atteints plus tard dans près de la moitié des cas, et le début

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I*. Brouardel. — Les Intoxications. a

INTOXICATION PAR L’ARSENIC

se fait également par les doigts; cependant ils sont en général moins touchés que les membres inférieurs et parésiés plutôt que paralysés.

La paralysie arsenicale est symétrique, à de très rares exceptions près. Murray (1) a rapporté un cas dans lequel un membre supérieur seul fut paralysé. Kumpelt a vu survenir une paralysie des deux bras, sans paralysie des membres inférieurs, chez un homme qui avait avalé 4 grammes de vert de Schweinfürt(2). Aran (3), quinze jours après un empoisonnement par l'arséniate de soude, a observé une parésie des membres inférieurs et du membre supérieur droit.

La paralysie généralisée est rare. Barrs en a signalé un cas chez un enfant de douze ans qui avaitpris XVIII gouttes de liqueur de Fowler pendant deux mois ; un mois après la cessation du traitement, il y eut paralysie des muscles des jambes, des bras et du tronc. Marik, dans le cas qu’il a rapporté d’une intoxication par les poussières arsenicales provenant d’un animal empaillé, a vu survenir une paralysie généralisée. La petite fille dont M. Comby a rapporté l’observation à la Société médicale des hôpitaux, eut de l’incontinence des urines et des matières fécales.

Enfin, Gilles de la Tourette et Georges B rouardel ont soigné une femme âgée de vingt-neuf ans qui, à la suite de chagrins, avait absorbé deux cuillerées à soupe d’une poudre blanche de mort-aux-rats, composée en grande partie d’acide arsénieux. Dès le lendemain, la malade était complètement paralysée, et il lui fallait 18 oreillers pour la soutenir. Tous les muscles étaient frappés, membres inférieurs, membres supérieurs, tronc, cou. La tète ballottait sur les épaules. Les muscles de la face furent épargnés. Elle sembla avoir de la paralysie des muscles du pharynx et du voile du palais,

(1) Murray, Edinburgh med. surg. Journ., XVII.

(2) Kumpelt, Henke’s Zeitung, 1 8 4 G .

(3) Aran, Bull, de la Société médicale des hôpitaux, t. I, 1832, p. 323.

TROUBLES DU SYSTÈME NERVEUX, car les boissons qu'elle prenait ressortaient par le nez.

Maigre ces symptômes alarmants, la malade guérit, mais la paralysie subsista avec atrophie musculaire des quatre membres et, plusieurs années après sa tentative de suicide, on dut pratiquer une intervention chirurgicale pour redresser les deux pieds, qui étaient en équin direct.

y -Symptômes. — Il y a au début, vous ai-je dit, un peu d affaiblissement musculaire; puis la parésie augmente, le malade n’a plus la sensation nette du sol sur lequel il marche, et se fatigue beaucoup plus vite; il monte difficilement les escaliers et les personnes de l’entourage remarquent qu’en marchant il « jette ses jambes >» non pas latéralement, en fauchant, mais droit devant lui, de haut en bas et en avant; en un mot, il steppe. Puis, par suite des progrès de la paralysie, le malade nepeut plus marcher, il se traîne autour d’une chambre en se tenant aux meubles; il ne peut se tenir debout sans s’appuyer,' sinon, pour garder son équilibré, il est obligé de piétiner sur place continuellement. Juand le malade est couché, il a les jambes allongées, gen. râlement un peu en rotation externe; le pied est tombant et les orteils sont fléchis sur la plante du pied; les mouvements de l’articulation du genou et de la hanche sont le plus souvent possibles. Quand la paralysie est accentuée, si le malade est assis il laisse pendre son pied 1 axe de celui-ci continue presque la ligne droite qui passe par le bord antérieur du tibia; il est fiasque, et, dans un des cas que nous avons eu à observer au Havre, le malade pouvait l’agiter en « jambe de polichinelle ».

Pour le membre supérieur, les phénomènes de paralysie sont généralement moins accentués: le malade ne peut boutonner ses vêtements; il n’a plus la force de couper sa viande ; fi lâche les petits objets qu’il tient à la main dès

qU 11 qmlte ses doiZ[s du regard, il ne peut écrire. Les membres supérieurs étendus montrent les doigts fléchis sur a paume de la main, le pouce en adduction; les doigts ne

INTOXICATION PAR L’ARSENIC

peuvent être ni étendus ni écartés, les mains sont en pronation, les avant-bras fléchis (1).

o. Muscles touchés. — Au membre inférieur , il semble que ce soit par l’extenseur commun des orteils que débute la paralysie ; les autres muscles de la région antéro-externe de la jambe (jambier antérieur, extenseur propre du gros orteil, long et court péroniers latéraux) sont également atteints avec une prédilection toute particulière. Parmi les muscles de larégionpostérieure de lajambe, les fléchisseurs des orteils sont fortement atteints, mais les jumeaux et le soléaire sont mieux conservés.

A la cuisse, il y a de l’affaiblissement du vaste interne et du vaste externe ; le droit antérieur n’est pas touché.

Les muscles du pied sont les plus atteints ; le pédieux ne possède plus de contractilité volontaire; il en est de même des muscles interosseux et des muscles propres de la plante du pied.

Lewin a décrit un symptôme que je n'aijamais rencontré sur les malades que j’ai examinés et que je n'ai retrouvé dans aucun auteur français. 11 a vu, dans des intoxications arsenicales, les orteils se placer en flexion forcée, soit au moment des fourmillements et des douleurs des extrémités, soit à la fin de la paralysie. C’est là, dit-il, une infirmité incurable.

Au membre supérieur , ce sont les muscles extenseurs des doigts qui sont le plus atteints, particulièrement l’extenseur commun.

Dans les cas de paralysie généralisée, tous les muscles du tronc peuvent être touchés; cependant la guérison survient presque toujours; à Hyères, le Dr Marquez a signalé un cas de mort du à une paralysie du diaphragme; , cela est possible, mais ce cas est isolé. Sauf dans le cas de Comby, les paralysés avaient conservé les sphincters intacts, sans incontinence des urines ou des matières fécales; dans

(1) G. Brouardel, Études sur l’arsenicisme. Thèse de Paris, 1897.

le cas de Gilles de la Tourette et de G. Brouardel, il v eut même pendant un mois de la rétention d’urine.

L'atrophie musculaire , quoique n'étant pas constante, est cependant quelquefois très notable.

Elle se développe en même temps que la paralysie, c’està-dire une ou deux semaines après l’intoxication.

Excitabilité électrique. — Dans l’intoxication du Havre, M. Marie a bien voulu examiner les réactions électriques des paralysies. Sur un certain nombre de muscles, notamment le jambier antérieur, l’extenseur commun des orteils, la contractilité faradique , même avec superposition des bobines, est complètement abolie ; sur les muscles moins atteints, elle est seulement diminuée. Quant à la contractilité galvanique , elle n’avait disparu dans aucun des muscles, mais le nombre des éléments à employer doit être assez considérable pour obtenir des contractions qui, en général, sont plutôt lentes et peu développées.

Par l 'excitation indirecte sur les troncs nerveux, on constate que, faradiquement, les contractions ne se manifestent pas absolument dans tous les muscles innervés par ces nerfs, tandisque, galvaniquement, l’excitation des mêmes troncs nerveux est suivie d'une secousse dans la totalité de ces muscles (1).

î. Réflexes. — Dans la plupart des cas, il existe une excitabilité musculaire exagérée, et la percussion des muscles, soit avec un marteau, soit simplement avec le doigt, donne lieu à des contractions fîbrillaires très nettes.

Les réflexes tendineux sont presque constamment abolis au moment de la paralysie. Chez tous les malades paralysés du Havre, il n’existait plus ni réflexe rotulien, ni réflexe du tendon d’Achille. Cette abolition est persistante, même après la guérison ; en effet, des malades intoxiqués en 1886, qui, dans l’affaire Pastré-Beaussier, vinrent

(1) Voy. les diverses observations concernant les intoxiqués du Havre dans les Annales d’hygiène, 3° série, 1889.

INTOXICATION PAR L ARSENIC

déposer en assises en 1889, Représentaient, bien que g’uéris, aucun réflexe tendineux. C’est là, je pense, un signe excellent de diagnostic rétrospectif de paralysie arsenicale. Les réflexes cutanés semblent moins atteints; le réflexe plantaire est aboli ou très affaibli, mais les réflexes crémastérien et abdominal sont conservés.

Z,. Ataxie arsenicale. —Après Paterson en 1888, Raymond, dans une leçon à la Salpêtrière, a étudié Tatarie arsenicale. « Quelquefois, dit Raymond, la paralysie à ses débuts, et lorsqu’elle n’est pas complète, s’accompagne d'un certain degré d’incoordination motrice; l’incoordination peut même prédominer sur la parésie. En un mot, de même qu’il y a une paralysie arsenicale, il y a une ataxie arsenicale. » Je pense qu’il existe parfois dans la paralysie arsenicale des symptômes rappelant l’ataxie, mais il n’existe pas, causée par l’arsenic, une maladie présentant l’évolution de la maladie de Duchenne. Dans les paralysies occasionnées par les bières anglaises, M. Bordas a signalé comme assez fréquente l’incoordination des mouvements; mais, ajoute-t-il, dans aucun cas il n’y eut confusion possible avec le tabes.

Troubles trophiques. — Tous les auteurs ont noté comme troubles trophiques la chute des cheveux. G. Brouardel signale ceux qu’il a observés dans ses expériences : chute des poils, épaississement de la peau, amputation spontanée et progressive d’un membre.

« i° Chute des poils. C’est là un fait absolument constant. Après les premières doses de poison, quel que soit le mode de pénétration, l’animal perd ses poils en grande quantité, on peut les arracher par poignées; il y a des espaces entièrement nus ; ce fait semble dû à l’élimination de l’arsenic par la peau ; quelques auteurs et nous-même avons retrouvé le toxique dans la peau et les poils.

« 2° Epaississement de la peau. La peau s’épaissit dans toutes ses parties, elle devient comme tannée et, après la pénétration de quelques doses, il devient très difficile 'de

pratiquer des injections sous-cutanées, l’aiguille ne pénètre qu’avec peine et se brise parfois.

« 3° Amputation spontanée et progressive d'un membre. Plusieurs des animaux en expérience ont présenté ce curieux trouble ; on ne saurait incriminer comme cause une lésion locale de la racine du membre qui serait due à une piqûre, nos injections ayant toujours été pratiquées sous la peau des flancs ou du dos. C’est de plus là un fait que nous n’avons observé que dans les intoxications chroniques. Ajoutons que les animaux qui l’ont présenté avaient reçu le poison en injections sous-cutanées.

« La lésion débute à la périphérie; peu à peu, les os sont mis à nus et s’éliminent. Il se forme une série de moignons successifs. »

G. Brouardel cite quatre cas observés sur des lapins et des grenouilles; nous ne connaissons pas de fait analogue signalé chez l’homme.

r,. Durée. — La durée de la paralysie est très variable suivant le mode de l'intoxication qui l’a produite. S’il s’agit d’un empoisonnement aigu par une dose unique qui provoque la paralysie en quelques jours, la durée sera en général courte. Au contraire, si l’empoisonnement a été provoqué par des doses successives d’arsenic, l’imprégnation de l’organisme est plus profonde et la paralysie a une durée beaucoup plus longue et peut même passer à l’état chronique, sans grand espoir de guérison absolue : il peut rester des contractures et des rétractions qui persistent indéfiniment ou nécessitent un traitement chirurgical. La malade dont l’observation a été rapportée par Gilles de la Tourette et Georges Brouardel avait les pieds contracturés en équin direct et l’on a dû luipratiquerla section du tendond’Achille, de l'aponévrose plantaire des deux côtés et la section du fléchisseur propre du gros orteil. Yibert (1) rapporte

1) Vibert, Précis de toxicologie, 1001, p. 353.

INTOXICATION PAR LARSENICw

l’exemple suivant du passage delà paralysie à la chronicité, qu'il emprunte à Schaper. Il concerne le domestique de la célèbre empoisonneuse allemande Ursinus. Vingt ans après son intoxication, alors qu’il était guéri depuis longtemps, cet homme fort et vigoureux était paralysé des pieds et des mains; il ne pouvait marcher qu’à l'aide de bâtons attachés aux avant-bras. Il existait en même temps une atrophie musculaire considérable des pieds et des mains, dont le squelette était demeuré intact.

6. Pronostic. — En thèse générale, Messieurs, la paralysie arsenicale a tendance à la guérison.

Je vous présente un tableau, vous montrant le temps nécessité pour obtenir la guérison dans 34 cas :

Premier mois

Deuxième mois

Troisième mois

Quatrième mois

Cinquième mois

Sixième mois

Huitième mois

Neuvième mois

Dixième mois

Douzième mois

Vingt et unième mois

Vingt-troisième mois

Vingt-quatrième mois. . . .

Vingt-sixième mois

Quatre ans

Cinq ans

Total

Dans 7 cas, la mort est survenue dans les délais suivants :

Au bout de trois jours Au bout de deux mois Au bout de trois mois

Au bout d’un an

Temps inconnu

Un point singulier est signalé par Paterson : cet auteur a remarqué qu’au cours de la paralysie arsenicale on voit

1er trimestre.

2e trimestre.

3e et 4e trimestres. 11

1 > Deux ans 1 )

survenir des rechutes. S il y a eu administration d’une nouvelle dose de toxique, ce fait n'a rien d’extraordinaire, mais le plus souvent les symptômes de paralysie, qui étaient en état de régression, reprennent sans raison appréciable une nouvelle acuité. Ces faits peuvent expliquer la mort inattendue d une victime des intoxications du Havre qui mourut subitement, alors que, depuis un mois, elle était en traitement à 1 hôpital et, par conséquent, éloignée de toute nouvelle intoxication. Marquez a rapporté un fait analogue.

L’amaigrissement est souvent très marqué; il annonce une issue détavorable. Dupoux a signalé un cas dans lequel le poids du malade ôtait tombé en cinq mois de 92 à 70 kilogrammes.

t. Diagnostic. Quand vous vous trouvez en présence d un malade atteint d une paralysie toxique, vous aurez à bure le diagnostic différentiel entre la paralysie arsenicale ( i les autres paralysies toxiques dues à l’alcool, au plomb, et aussi avec les paralysies survenant à la suite de certaines maladies infectieuses : diphtérie, fièvre typhoïde.

La paralysie alcoolique présente bien des symptômes communs avec la paralysie arsenicale et, en Angleterre, ce qui attira l’attention des Drs Craw et Tattersall fut «l’accroissement inusité dansle nombre des malades atteints d’une alfection qui paraissait être la névrite périphérique alcoolique ». Dans ce cas, le diagnostic erroné pouvait d’autant mieux se soutenir que la paralysie frappa d’abord les grands buveurs qui, absorbant une plus grande quantité de bière, prenaient une plus grande quantité de poison. Cependant, l absence d’exagération des réflexes plantaires,

1 absence de rêves terrifiants, de pituites matinales, ont permis d’établir le diagnostic.

La paralysie saturnine peut prendre les membres inféi ieurs, mais ce n est que rarement et, d’ordinaire, les membres supérieurs seuls sont atteints ; or la règle inverse existe pour la paralysie arsenicale. 69 fois sur 72 cas. ce

122 INTOXICATION PAR LARSENIC.

sont les membres inférieurs qui sont pris les premiers, et ce n'est que plus tard que les membres supérieurs sont frappés. Enfin, Messieurs, dans la paralysie saturnine les muscles de l’avant-bras sont pris, mais, dans la plupart des cas, le long- supinateur demeure intact.

Les paralysies des maladies infectieuses ne peuvent guère être confondues avec la paralysie arsenicale ; la nature de la maladie a suffisamment prévenu le médecin de la complication qui est à redouter. Je vous rappellerai seulement que la paralysie diphtérique débute par le voile du palais et le pharynx; si elle ne reste pas localisée à ces organes, elle envahit les membres sous forme de paraplégie; elle ne s’accompagne pas de douleur, ni d’atrophie musculaire. La paraplégie typhique ne saurait non plus entraîner une erreur de diagnostic; cependant parfois quelques muscles sont seuls frappés. Les antécédents permettent également d’éviter toute confusion avec les paralysies qui succèdent à la variole, à la dysenterie, au choléra, etc.

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