SANG
syncopes qui mit Amiral sur la voie du diagnostic. Dans l’empoisonnement de Soufflard,qui, condamné à mort, avala au sortir de l'audience 12 grammes d’acide arsénieux, les syncopes furent l’un des premiers symptômes.
Peu après l’absorption, le pouls est petit, irrégulier, fréquent et faible. La dyspnée est très intense, surtout dans les périodes qui précèdent la mort. Dans l’empoisonnement du duc de Praslin, l’état de la respiration fut soigneusement noté par Amiral, qui ne remarqua de l’oppression que le quatrième jour; la mort survint le sixième. Dans l’empob sonnement de Soufflard, qui mourut en douze heures, la dyspnée ne débuta que vers la septième heure après l’ingestion.
Cependant, les troubles cardiaques notés, particulièrement les palpitations et les irrégularités, pouvaient être mis sur le compte de phénomènes réflexes, et c’est l’étude récente des intoxications chroniques qui a mis en relief d'une façon indiscutable l’influence prépondérante de l’arsenic sur le cœur; le muscle cardiaque est touché dès le début, et c’est par le cœur que meurent les malades.
Ainsi, plusieurs des victimes des empoisonnements du Havre, M. et Mme Decamp, présentèrent les signes d’une affection cardiaque aiguë infectieuse, à laquelle on crut même qu’ils avaient succombé. Mme Decamp fut prise de vomissements le 2G avril; le 30, elle est vue par les Drâ Chauvel et Gibert qui diagnostiquent une endocardite infectieuse. M. Decamp était malade depuis le mois d’août 1887; il avait été pris de vomissements et avait eu de la parésie des jambes et même des bras; il descendit pour la dernière fois à son officine le 24 novembre; le 25, il présenta un état alarmant et les Drs Chauvel et Gibert furent appelés. « Le 26au soir, aggravation brusque etconsidérable; faciès cyanosé, pouls à 112, sensation d’oppression extrême, et toujours rien du côté des bronches, des poumons et des plèvres, mais souffle au premier temps. Le 27, le malade a des étouffements, la cyanose augmente,
INTOXICATION PAR L’ARSENIC
le pouls, devenu filiforme, bat environ 140 fois par minute; à l’auscultation du cœur on ne perçoit plus qu’un seul bruit. Le malade meurt dans la journée, sans que sa température ait jamais atteint 37°. » Le Dr Chauvel admettait comme cause de la mort la formation dans les cavités droites d’un caillot, qui aurait déterminé les phénomènes ultimes parla gêne mécanique de la circulation.
Les résultats de l’autopsie ne nous montrèrent aucune lésion valvulaire. Le cœur de M. Decamp était vide de tout contenu; les orifices et valvules, absolument normaux, ne présentaient aucune trace d’inflammation. Le cœur de Mrae Decamp, que l’on pensait avoir succombé à une endocardite ulcéreuse, était absolument normal ; les orifices n’étaient ni dilatés, ni insuffisants, et les valvules, minces et transparentes, ne présentaient aucune trace ni d’inflammation ancienne, ni d’inflammation rapprochée du moment de la mort.
Ces deux cas sont intéressants parce que l’auscultation, pratiquée par des médecins dont la science offre toute garantie, a révélé l’existence d’un souffle au premier temps, qui certainement en imposait pour une cardiopathie. Je vous prierai de remarquer que la conservation des cadavres sur lesquels nous avons fait ces recherches était parfaite ; cependant, Mm° Decamp, morte le 9 mai 1886, fut autopsiée le 4 janvier 1889, et M. Decamp, mort le 27 avril 1887, fut autopsié le 20 janvier 1889.
Un fait à retenir est le suivant : la mort peut survenir brusquement, alors même que le malade est depuis longtemps soustrait à l’action du poison. Au Havre, une femme de service du pharmacien cessa d’aller à la pharmacie le 15 avril; elle présentait des vomissements persistants ; elle entra à l’hôpital le 26 du même mois et mourut le 26 mai, un mois et demi après le moment où elle n’avait plus ingéré d'arsenic.
Des faits analogues ont également été signalés par le D1’ Marquez dans les empoisonnements d’Hyères.