VII. — Absorption et élimination
L’absorption par le tube digestif, et c’est là, Messieurs, un point sur lequel j'attire spécialement votre attention, est lente. Orfila a pu faire prendre à un chien un gros morceau de phosphore, qui est sorti intact par l’anus, sans avoir occasionné de troubles sérieux. Cette expérience a été répétée par divers auteurs et le résultat fut identique; il paraît même que des hommes ont pu avaler un morceau de phosphore sans être empoisonnés (1). Même lorsqu’il a été ingéré à l’état de division, le phosphore peut être retrouvé à l’état libre dans les matières vomies et dans les selles.
La plus grande partie du phosphore s’oxyde et se transforme en acides phosphoreux et phosphorique ou en sels dérivés. Cependant, une autre partie du phosphore ingéré est absorbée en nature et on le retrouve dissous dans les graisses; sa présence a été constatée dans le sang. Claude Bernard a montré expérimentalement que le phosphore contenu dans le sang peut s’éliminer à l’état libre. En effet, en injectant de l’huile phosphorée dans une veine, on voit presque aussitôt le chien émettre par les narines des vapeurs blanches, résultant de l’oxydation du phosphore. Il paraît même que les ouvriers qui manipulent conlinuellement le phosphore en éliminent en nature par les poumons, par la peau et par l’urine qui, dans certains cas, serait phosphorescente.
Le phosphore s’élimine surtout sous forme de phosphates; de plus, d’après Selmi, une partie se combine avec l’albumine pour former des albumines phosphatées, composés
(1) Reveil, Empoisonnement par le phosphore (Annales d’hygiène publique et de médecine légale, 2e série, t. XII, 1859, p. 370).