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VI. — Anatomie pathologique

Comme toujours, il faut considérer deux cas, suivant que l’autopsie est rapide ou tardive.

1° Autopsie récente. — Plus encore que dans les autres recherches toxicologiques, je vous recommande de ne pas

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

ajouter de liquide dit conservateur dans les bocaux destinés à contenir les viscères ; il ne peut que modifier les organes, déjà plus ou moins dégénérés, sur lesquels vont porter les recherches histologiques et chimiques.

Quand, au moment de la mort, il existe de l’ictère, ce qui est généralement la preuve de l’absorption de doses élevées de phosphore, on trouve une teinte ictérique de la peau, des muqueuses, des veines, des muscles et des viscères. Si la mort survient rapidement, quelquefois après plusieurs jours, on trouve une odeur phosphorée spéciale, preuve que le phosphore ne se modifie que très lentement dans l’organisme.

Sur la peau, surtout dans la région dorsale, on note souvent des ecchymoses, dans le tissu cellulaire, les séreuses, les conjonctives, des suffusions sanguines, des hémorragies dans les divers organes.

a. Estomac . — On a dit que l’estomac présentait des traces d’inflammation; pour ma part, je n’ai jamais constaté ni inflammation, ni ulcération; à peine s’il existait quelques ecchymoses et un peu de gonflement de la muqueuse. Les glandes de l’estomac et de l’intestin sont dégénérées, et ces lésions stomacales résultent moins de l'action locale du poison que des effets généraux qu’il a provoqués après son ingestion. D’après Lewin, les épithéliums sont atteints par l’intoxication et frappés de mort. Mais le cas dans lequel Tardieu trouva une ulcération du rectum est resté isolé et, dans les recherches expérimentales, on n’a jamais signalé de perforation intestinale.

Pendant l’autopsie, l’expert doit avoir la loupe à la main et examiner minutieusement le contenu du tube digestif. L'intoxication est, je vous l’ai dit, souvent occasionnée par l'ingestion de phosphore provenant d’allumettes chimiques; or, il vous sera possible de retrouver, soit des débris du bois des allumettes, soit des traces des matières qui servent à les colorer : vermillon, bleu de Prusse ou minium. Dans un cas cité par Dionis des Carrières, la présence du vermillon

INTOXICATION PAR LE PHOSPHORE

permit d'établir le diagnostic d’absorption de pâte provenant d’allumettes.

b. Foie. — Les lésions du foie sont les plus caractéristiques. Elles avaient été notées en 18G4 par Émile Fabre, puis elles furent étudiées par les élèves de Tardieu, Fritz, Verliac, Ranvier, Ollivicr, G. Bergeron et Corail. Ils établirent qu’à la suite de l’absorption du phosphore le foie était augmenté de volume; sa teinte est jaune clair, comparable à celle du beurre ou du citron ; quand on le coupe, sa consistance est molle, et il graisse le couteau. Les voies biliaires contiennent des mucosités et il existe du catarrhe des canaux.

C’est donc un foie gras. Au microscope, « les cellules hépatiques offrent plusieurs degrés d’altération. Dans un premier degré, tout en conservant leurs formes et leurs dimensions normales, elles sont en partie remplies de granulations graisseuses qui en masquent le noyau. Dans un second degré, la cellule est remplie à la fois de granulations et de globules huileux. Dans un troisième degré, la cellule est détruite et les granules graisseux sont libres dans la préparation (i) ». Les vaisseaux sont comme entourés d’un manchon constitué par des cellules embryonnaires.

A côté de ces cellules frappées par la dégénérescence graisseuse, il en est d’autres qui sont frappées de nécrose.

En 1870, j’ai fait avec Grancher des expériences en intoxiquant des chiens avec du phosphore. Dans tous les cas nous avons trouvé le tissu cellulaire périlobulaire gonflé et hypertrophié. En 1888, un élève de Weigert a également noté l'hypcrgenèse du tissu conjonctif (2).

Dans les cas où survient la guérison, le foie diminue de volume, il se produit une sorte de cirrhose atrophique par rétraction du tissu cellulaire.

(1) Cornil, cité par Tardieu, Étude médico-légale sur l’ empoisonnement , p. 440.

(2) Max Dingler, Thèse de Halle, 1887.

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c. Rate. — Elle ne présente aucune lésion et n’est pas hypertrophiée.

d. Sang. — Le sang- est liquide; parfois il y a de petits caillots très mous, noirs, poisseux, aplastiques, d'après Jaksch. Au contraire, Vig-ier et Currie ont vu le sang- plutôt roug-e, à la suite de l’intoxication phosphorée. Il existe •des infiltrations et des extravasations sanguines dans les séreuses et dans le tissu sous-muqueux. Vous les trouverez particulièrement au pharynx, autour de l’œsophage, de l’aorte, dans le médiastin antérieur et au niveau des plèvres.

c. Reins. — Les lésions des reins sont variables suivant les cas; ils sont généralement augmentés de volume, flasques, friables, de coloration blanc jaunâtre et présentent quelques hémorragies superficielles à la surface de la capsule.

Au microscope, on note la dégénérescence graisseuse, surtout des cellules des tubes contournés, mais aussi des autres tubes et même des glomérules de Malpighi. Quand l’épithélium est complètement détruit, les tubes sont remplis des produits de dégénérescence qui peuvent les obturer complètement et provoquer l’anurie. Dans un cas d’Hofmann, les tubes collecteurs des pyramides étaient obstrués par un mélange de g-raisse et de phosphates qui formaient des striations visibles à l’œil nu.

f. Muscles. — Tous les muscles striés sont plus ou moins atteints par la dégénérescence graisseuse; les plus altérés sont généralement le diaphragme et les muscles laryngés. A l’œil nu, ils paraissent décolorés, jaunâtres, cireux ; ils sont ramollis. Au microscope, on voit des gouttelettes graisseuses dans les fibres. La striation transversale a presque complètement disparu; le sarcolemme est rétracté et les noyaux ne sont plus apparents.

Le cœur est mou, flasque, de couleur gris jaunâtre ; à la surface de l’endocarde et du péricarde, il y a un pointillé hémorragique. Les fibres musculaires présentent les stigmates de dégénérescence que je viens de vous signaler pour les muscles striés.

INTOXICATION PAR LE PHOSPHORE

2° Autopsie tardive. — La couleur des ecchymoses a disparu, les altérations provoquées par la putréfaction ne permettent plus de reconnaître les lésions de dégénérescence graisseuse des viscères ou des muscles.

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