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III. — Empoisonnement criminel et suicide

Je prendrai, comme type de l’intoxication mercurielle aig’uc, l’empoisonnement par le sublimé corrosif, qui est de tous le plus fréquent et auquel peuvent se rapporter en grande partie les symptômes dus à l’empoisonnement par d’autres sels de mercure.

Il y a long-temps que les propriétés toxiques du sublimé ont été utilisées par les empoisonneurs de profession ; il semble avoir été employé au siècle de Louis XIV et l'on a pensé, à tort d ailleurs, que la fameuse poudre à succession dont se servaient la Brinvilliers et ses émules était un

(1) Wiener klin. Wochenschrift, 1800.

mélange d’acide arsénieux et de sublimé. C’est bien improbable, car le sublimé possède une saveur styptique tellement désagréable qu’il semble difficile de le faire accepter mélangé aux aliments ou aux boissons sans que la victime en soit aussitôt avertie.

Du reste, ce poison a été à peu près complètement délaissé, et en soixante ans on n’en a mis en France que huit cas à son actif.

Au contraire, l’empoisonnement accidentel dû à des erreurs médicamenteuses, ou à l’exercice de professions où l’on emploie le mercure et ses composés, a considérablement augmenté; j’aurai à revenir ultérieurement sur ce point.

1° Dose toxique.

De même que pour l’arsenic et le phosphore, la dose de sublimé corrosif capable de déterminer la mort est extrêmement variable suivant les individus. Orfila admet qu’il peut provoquer la mort à la dose de 15 centigrammes et même à des doses inférieures. Hofmann pense que la dose mortelle varie entre 20 et 40 centigrammes. Tardieu donne comme dose toxique de 10 à 50 centigrammes. Cependant, comme dans tous les empoisonnements, la dose mortelle est le plus souvent dépassée, et la rapidité de la mort n’est nullement proportionnelle à la quantité du toxique ingérée.

Tardieu a rapporté un cas de mort en vingt-quatre heures à la suite de l’ingestion de 1 gramme de sublimé, alors que dans d’autres cas, après ingestion de 4 grammes, la mort n’est survenue qu’au bout d’un temps variant de huit à seize jours (1). Kaufmann, dans un cas de suicide, a vu une femme qui survécut dix-neuf jours après avoir absorbé unedosede sublimé de 10 grammes environ. Chauffard (2)a

(1) Tardieu, Élude médico-légale et clinique sur l’empoisonnemenl , 1875, p. 685.

(2) Chauffard, Bulletin médical, ISM.

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