LÉSIONS DU SATURNISME CHRONIQUE
de thrombose hyaline de leur lumière. Ce n’est que plus tard que le tissu conjonctif est pris(l).
4° Système circulatoire. — L’élasticité des artères est considérablement diminuée, ce qui occasionne, ainsi que la contracture des fibres lisses de la paroi vasculaire, la dureté spéciale du pouls des saturnins. Plus tard, on trouve les lésions de l’artériosclérose, de l’endartérite et de l’athérome, intéressant les petits vaisseaux et entraînant des altérations dystrophiques des viscères : prolifération conjonctive et sclérose, qui envahissent à la longue les grosses artères et l’aorte. L’insuffisance aortique, les myocardites scléreuses relèvent de la même dégénérescence.
5° Muscles. — Dans les muscles paralysés, c’est la substance musculaire elle-même qui est la première frappée par la dégénérescence ; ce n'est que plus tard que le tissu cellulaire est envahi. Il est à remarquer que le muscle peut paraître avoir conservé son intégrité et son volume normal, alors que ses réactions électriques sont très diminuées ou abolies.
6° Localisation du plomb dans le saturnisme chronique.
— M. Meillère a recherché le plomb dans les organes des individus saturnins chroniques. Il a trouvé les résultats suivants, qui sont exprimés en millionièmes de grammes trouvés par kilogramme d’organe :
Poils des aisselles et du pubis.. . 500 à 5.500 millionièmes.
Cheveux 200 à 2.700
Dents 60 à 180
Foie 18 à 90
Rate 1 2 à 80
Substance grise du cerveau 16 à 60
(1) Edmundo Cocne Giovanni d’Ajutolo, Sur les altérations histologiques du rein, des muscles, de l’estomac , des intestins et du foie dans l’intoxication saturnine (Ziegler Isauwerck s Beitràge , 1889, t. III,
Reins
6 il
millionièmes.
Peau
Côtes et cartilages costaux
Gros vaisseaux
Parenchyme pulmonaire
Pancréas
Cervelet
Cœur
Muscles
Substance blanche du cerveau. . . .
Mésencéphale
Corps thyroïde
3° Alcoolisme et saturnisme.
En 1835, Grisolle avait déjà appelé l’attention sur ce fait que les ouvriers sobres échappaient plus que les autres à l’intoxication saturnine. Il est certain que lorsqu’à l’action nocive du plomb vient s’ajouter celle non moins nocive de l’alcool, le saturnisme évolue d'une façon particulièrement rapide.
Tanquerel des Planches, Michel Lévy, Galtier, Archambault en 1801, Baron en 1899 ont insisté sur la gravité de l’association de ces deux intoxications.
Une explication me semble acceptable pour certains cas. Les acides favorisent l’absorption des sels insolubles de plomb que contient l’organisme ; je vous ai déjà rapporté qu’à l’hôpital, lorsqu’un saturnin réclamait sa sortie prématurée, il me suffisait de lui faire donner au repas du soir quelques feuilles de salade pour qu’apparaisse dès le lendemain une petite crise de coliques de plomb; l'acide acétique introduit dans l’estomac avait transformé une partie des sels de plomb insolubles contenus dans le tube digestif en acétate soluble et toxique. Or, vous savez, Messieurs, que les buveurs sont très souvent atteints d’une dyspepsie acide, qui rend le plomb beaucoup plus absorbable. De plus, les boissons ingérées, vifi,* cidre, peuvent subir la fermentation acétique, ce qui favorisera la transformation des sels de plomb en acétate ; c’est ce qui explique la fréquence des