LÉSIONS DU SATURNISME CHRONIQUE
2° Lésions da saturnisme chronique.
1° Système nerveux. — Les lésions nerveuses du saturnisme chronique sont encore peu connues et nous sommes mal renseignés, malgré les travaux fort intéressants de Mme Dejerine-Klumpke. Ce dont nous sommes certains, c’est qu’il existe une névrite périphérique.
Quand on examine un nerfàl’œil nu, on le trouve de teinte grisâtre; certains segments sont amincis, mais, par contre, d’autres sontaug'mentésde volume. Ces altérations frappent surtout les nerfs dans leurs ramifications intramusculaires. M. Dejerine(l)a pu en poursuivre la recherche dansdes cas de paralysie saturnine des extenseurs des doigts et de la main, le long du nerf radial jusqu’au plexus brachial. Dans deux cas sur cinq, elles existaient jusque dans les racines antérieures de la région cervicale.
Au microscope, d’après Gombault, on voit, dans l’intoxication expérimentale sur des cobayes, que les lésions portent bien plus sur les tubes nerveux que sur le tissu interstitiel. Tous les tubes d’un même nerf ne sont pas également altérés et ils ne le sont pas sur toute leur étendue. Les lésions se limitent à un segment annulaire ou à plusieurs segments continus. La myéline a disparu et est remplacée par des granulations qui remplissent la gaine de Schwann. Le cylindraxe est lui-même atteint; dans les segments malades, il est gonflé, moniliforme et parfois même détruit.
Raymond dans trois autopsies et B rissaud dans une autre ont trouvé des lacunes disséminées dans les cornes antérieures de la moelle.
Ainsi que je vous l’ai dit, le cerveau, même quand il n’y a paseu d’encéphalopathie, est ferme, résistant, et, quand on écrase la substance cérébrale entre les doigts, on a la sensation de pâte de guimauve.
(1) Dejerine, Société de biologie , 8 février 1899.
2° Tube digestif. — Je ne vous parlerai pas des lésions buccales, du liséré gingival, de la gingivite alvéolo-dentaire, dont je vous ai déjà entretenus.
Les lésions de Y estomac ont été décrites par Kussmaul et Maïer. Les glandes sont en état de dégénérescence graisseuse ; la couche sous-muqueuse est hypertrophiée par prolifération du tissu cellulaire et les fibres musculaires sont également dégénérées.
Dans trois cas, d’après Lewin, il y aurait eu un ulcère simple du duodénum, ayant évolué sans douleur et occasionné la mort subite par perforation.
Dans le reste de l’intestin, on trouve les mêmes lésions, mais moins prononcées.
Le foie est diminué de volume; il existe une cirrhose particulière, caractérisée par la dégénérescence des cellules avec inflammation hyperplasique autour des canaux biliaires ; ce n’est que plus tard que la gaine des artères et des veines s’hyperplasie.
3° Reins. — Les reins sont considérablement diminués de volume, puisqu’ils arrivent à ne peser que 50 et même 30 grammes; ils sont le siège d'une néphrite scléreuse, interstitielle etatrophique. Les lésionsoccupent lelabyrinthe et n’envahissent pas également tous les lobules.
Charcot et Gombault ont montré que l’élément glandulaire était affecté le premier et qu’il tient sous sa dépendance les lésions du tissu conjonctif.
Edmundo Coene Giovanni d’Ajutolo a fait prendre à des lapins des pilules contenant un composé plombique par la voie gastrique ; il a vu que les lésions se produisaient dans l’ordre suivant : De bonne heure, il existe une dégénérescence des tubuli contorti qui s’étend bientôt aux anses de Henle. Les lésions sont en foyer autour duquel apparaît un accroissement régénératif des cellules épithéliales. Puis on a de l’hyperémie des glomérules qui s’accompagne souvent de dégénérescence hyaline des parois des capillaires ou