EMPOISONNEMENT PAR L’ACIDE ARSÉNIEUX
vomissements et de l’œdème des paupières, n'a présenté aucun autre symptôme d’intoxication et n'a pas vomi.
État des personnes empoisonnées, le 19 avril, treize jours après le début de l'intoxication.
Résumé. — Presque tou tes les personnes visitées par nousétaient à peu près complètement rétablies les 18 et 19 avril; quelquesunes présentaient encore de l’inappétence et de la laiblesse ; des traces d’éruption se rencontraient aussi chez plusieurs personnes; un malade, M. Montperrus, souffrait encore de coliques avec diarrhée abondante ; une autre, Mme Lionard, se plaignait de douleurs persistantes et de manque de force. — L’état morbide assez grave pour interrompre forcément tout travail a été en moyenne de deux à quatre jours.
MM. Leroy des Barres etFeltz, qui ontsoigné un grandnombrede malades (autres que ceux que nous avons visités), ont vu les symptômes se dissiper en général complètement vers le huitième jour. Aucun cas de mort n’est survenu, et bien qu’au 28 avril l’un de ces médecins ait eu quelques-uns de ses malades encore souffrants, tout porte à croire que l’empoisonnement» n’aura laissé chez personne de traces durables et compromettant définitivement la santé.
Quant au tableau des accidents dressé par ces messieurs, il correspond à celui que nous pouvons tracer d’après les malades observés par nous ; nous n’y trouvons pas cependant les symptômes du côté de l’appareil urinaire si nettement signalés par plusieurs de nos malades.
Les symptômes peuvent être résumés en général de la façon suivante :
Primitivement : vomissements, diarrhée, coliques, sensation de brûlure dans la bouche et l’estomac, soif vive, douleurs constrictives constantes aux tempes et moins souvent dans d autres régions, faiblesse générale.
Ultérieurement : œdème des paupières et quelquefois d autres parties, hyperémie et inflammation des conjonctives, éruptions
diverses sur la peau. , ,
L’observation ci-jointe de la famille Lionard, qui a été une des plus atteintes, peut servir de type général. 11 sutlit den atténuer quelques traits pour avoir une idée d'ensemble de la symptomatologie de l'intoxication.
PIÈCES ANNEXES
Famille Lionanl, 3, rue du Cygne , o personnes : mari , femme , fil s de dix-neuf ans, fille de dix-sept ans, ftlle de neuf ans.
Ces personnes ont mangé deux pains de 4 livres entiers, l'un tendre et l’autre dur. La mère, pensant qu'il fallait combattre 1 affaiblissement par la nourriture, a forcé ses enfants à manger, et a elle-même ingéré une quantité considérable de pain.
Le premier repas a été fait le mardi, à 0 heures du matin, avec du pain seul ; il a été assez copieux; dix minutes après, la mère et la fille aînée ont vomi (à plusieurs reprises), elles ont eu de violentes douleurs de tète; elles ont pu néanmoins continuer leurs occupations et ont repris un nouveau repas à midi.
Le moins malade a été le père, qui mange peu ; il a eu quelques vomissements, mais peu de diarrhée; les deux filles ont eu aussi peu de diarrhée; le fils en a eu, au contraire, beaucoup avec peu de vomissements.
Les phénomènes communs a tous ont été : ténesme vésical et dysurie, moins marqués chez la petiLe fille de neuf ans, plus chez les deux hommes, extrêmement prononcés chez la mère et la fille aînée, qui souffraient beaucoup en urinant et qui, dit la mère,
« se disputaient le vase » ; douleurs de tète très violentes, constrictives, occupant surtout les tempes; tremblement très prononcé chez les femmes surtout, battements de cœur chez la mère, frissons, claquement de dents ; étourdissements, vertiges, faiblesse, soif très vive, cuisson dans la bouche et l’estomac ; difficulté de la parole chez la mère, qui est vendeuse au marché; œdème des paupières chez tous, de la vulve, des pieds et de la face chez la mère; un peu d’injection des yeux, pas de troubles oculaires marqués, éruptions chez tous, consistant en vésicules; l’enfant de neuf ans seule en a eu sur la figure, les autres sur le corps, la mère et la fille aînée aux parties génitales aussi.
Conclusions. — 1° Un grand nombre d'habitants de la ville de Saint-Denis ont éprouvé, dans la journée du G avril et les jours suivants, des accidents graves présentant les caractères d’une intoxication. L’ensemble des symptômes observés chez eux présente une grande similitude.
2° Dès le premier jour, il fut facile de constater que ces accidents toxiques s’étaient développés uniquement chez ceux qui avaient fait usage du pain fourni par le boulanger Dubot.
3° Aucune des personnes atteintes n'a succombé, bien que quelques-unes aient éprouvé des accidents graves.
EMPOISONNEMENT PAR l’aCIDE ARSÉNIEUX.
4° Les symptômes observés ont été :
1° Au début, des troubles de l’appareil digestif, vomissements, coliques, diarrhée, sensation de brûlure dans la bouche et l'estomac, soif vive; des accidents nerveux, douleurs constrictives constantes des tempes, et moins souvent d’autres régions, faiblesse générale.
2° Les jours suivants, il est survenu de l’œdème des paupières et quelquefois d’autres régions, des conjonctivites, des éruptions diverses.
L’ensemble de ces accidents présente beaucoup «les caractères signalés dans les intoxications par les préparations arsenicales, quelques-uns toutefois sont contestés par quelques médecins, tels que l’œdème des paupières, les éruptions cutanées.
Bien que l’examen des malades doive faire considérer l'intoxication par un sel d’arsenic comme très probable, l'analyse chimique du pain saisi pourra seule fournir une preuve absolue.
Le rapport de l'analyse chimique pratiquée par M. L'Hote se termine par les conclusions suivantes :
1° Nous avons constaté une proportion notable d’arsenic dans le pain qui a occasionné des vomissements.
Les expériences auxquelles nous nous sommes livré démontrent que l’arsenic a été introduit dans la pâte à 1 état d acide arsénieux ou arsenic blanc, qui, à l'état de poudre, pourrait être confondu avec la farine.
La quantité d’acide arsénieux existant dans le pain peut être évaluée à 0gr, 1 6 environ par livre de pain ou 500 grammes.
2° L’acide arsénieux est classé parmi les poisons cholériformes. On admet qu’il est toxique et peut entraîner la mort à la dose de 2 à 3 décigrammes.
3° L’acide arsénieux a de nombreuses applications industrielles . il est employé par les teinturiers, les indienneurs, les fabricants
de couleurs d’aniline, les verriers, etc.
4° Nous n'avons trouvé aucune trace d arsenic dans les auties
pièces à conviction qui nous ont été remises.
Nous joignons à notre rapport :
2 soucoupes présentant des taches arsenicales ,
1 tube renfermant un anneau d’arsenic.
Résumé et conclusions générales. — De l’examen des symptômes présentés par les personnes observées pai nous, de anajse chimique faite par M. L'Ilote et par nous, on peut déduire les
conclusions suivantes :
PIÈCES ANNEXES
1° Les accidents éprouvés par les personnes qui, le 6 avril et jours suivants, tirent usage du pain fourni par le boulanger Dubot, résultent d’une intoxication par l’acide arsénieux.
2° Chaque kilogramme du pain fabriqué dans les deux premières fournées contenait de 0«-,32 à 0*r,34 d’acide arsénieux.
3° Dans ces deux fournées, on a fait 180 pains pesant 2 kilogrammes chacun. Par conséquent, la quantité totale d’acide arsénieux contenu dans ces 180 pains est de
(180 X 2 X 0,32 ou 0,34) — 115er,20 à 122s-, 40.
Pour résoudre la question suivante, nous admettons, comme base de nos calculs, que les 360 kilogrammes de pain contenaient 113 grammes d’acide arsénieux, c’est-à-dire que 1 gramme de pain contenait 0»r,000 319 d’acide arsénieux.
1. — La quantité cCarsenic introduite dans te pain pouvait-elle déterminer la mort ?
11 est évident (pie cette question se trouve, dans le fait qui nous occupe, analogue à celle-ci : Combien un homme devait-il absorber de ce pain arséniqué pour éprouver des accidents mortels?
La quantité d’acide arsénieux nécessaire pour déterminer la mort n’est pas facile à préciser. On ne peut, en effet, conclure d’après des expériences faites sur des animaux, chez lesquels la tolérance varie dans des proportions considérables. Chez l’homme, le Dr Lachèse (d’Angers) admet que 6 milligrammes d'acide arsénieux peuvent produire des accidents sans gravité, 1 à 3 centigrammes des symptômes d’empoisonnement, 5 à 10 centigrammes la mort (11.
Taylor a vainement cherché, dit-il, un cas dans lequel 123 milligrammes aient suffi pour faire périr un homme adulte (2‘. Pour Tardieu, « le dépouillement attentif d’un grand nombre d'observations ne lui permet pas de douter que 10 à 13 centigrammes peuvent, dans certains cas peu fréquents, il est vrai, suffire à donner la mort » (3).
En admettant ces derniers chiffres, nous voyons que pour ingérer 10 à 13 centigrammes d’acide arsénieux, un des individus intoxiqués à Saint-Denis aurait dû prendre, à un de ses repas, de
(1) Lachèse fils, Recherches tendant à déterminer le mode d'action de l’acide arsénieux sur l'économie ( Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 1837, lr0 série, 1. XVI [, p. 334).
(2) Taylor, On poisonning by arsenic, thé quantily required to deslroy lif'e ( Guy’s Ilospit. Reports, n° XII).
(3) Tardieu et Roussin, Étude sur l’ empoisonnement, 1807, p. 321.
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313 grammes à 470 grammes (le pain, c’est-à-dire près d'une livre. <.e poids ne dépasse pas notablement celui qu'un homme adulte et surtout un ouvrier peut prendre à un de ses repas.
Mais bien des circonstances rendent ce calcul incertain. Chez beaucoup de personnes observées, des vomissements rapides rejetèrent la plus grande partie du pain avalé, et empêchèrent 1 absorption de la totalité du poison. De plus, il estprouvé que, lorsque l’acide arsénieux est ingéré avec les aliments, son action toxique n’a fias la même puissance que lorsque l’ingestion a lieu à jeun, sans mélange avec des aliments.
Enfin, la nature même des aliments influe beaucoup sur les résultats de l’intoxication.
Lorsque l’acide arsénieux est administré avec des substances grasses, le Dr Ghapuis a constaté que son ac tion toxique est moindre que lorsqu'il est administré seul (1).
Or, il suffit qu'avec le pain intoxiqué les clients du sieur Dubot aient pris du lait, du beurre, du fromage, des œufs, pour que l’action toxique ait été atténuée.
Mais si la toxicité de l’acide arsénieux associé aux corps gras est atténuée, cette association supprime l’action vomitive, et il en résulte une aggravation chez ceux qui n’ont pas rejeté par les vomissements le poison ingéré.
De plus, sous l’influence de l’association avec les corps gras, les manifestations toxiques de l’acide arsénieux apparaissent plus tardivement. Ce fait, connu seulement par les expériences sur les animaux, est confirmé par l’observation consignée à la page 4 de notre rapport. En enfant de quinze mois (Dejaixlin) vomissait régulièrement son pain immédiatement après l’ingestion. La mère le lui donna un jour trempé dans un œuf à la coque, et il le garda quatre heures ; ce fui d’ailleurs la seule fois oi'i il sembla un peu sérieusement malade. Cet exemple fait comprendre pourquoi chez les uns les vomissements suivirent immédiatement le repas et chez lesautres ne survinrentque deux, trois ou quatre heures plus tard.
En résumé, chez les malades observés, tantôt le pain intoxiqué a eu une action vomitive, et la quantité absorbée fut, par conséquent, très réduite; chez d'autres, l’ingestion se lit simultanément avec celle des substances alimentaires et surtout de substances grasses (fui supprimèrent l’action rapide à manifestation vomitive et, en retenant le poison dans les voies digestives, rendirent son action plus lente, mais plus grave.
(1) Chapuis, Influence des corps r/ras sur l'absorption de l’arsenic [Annales cl'lvjgiène publique et de médecine légale , 3e série, I. 111, p. 414, 1880).'
P. Brouardel. — Les Intoxications.
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On ne saurait donc fixer que très approximativement la quantité d’acide arsénieux qui, mélangée avec le pain, aurait pu déterminer la mort. En admettant que toutes les circonstances favorables à l’intoxication se soient trouvées réunies, que la personne n’ait pas vomi, qu’elle n’ait pris avec le pain aucun autre aliment, on peut dire que cette personne aurait dû ingéiei à un repas au moins une livre de pain pour éprouver des accidents toxiques mortels.
II. — L'analyse des matières vomies par un des malades n'a pas révélé la présence de l'arsenic.
Ce fait n’a pas lieu de nous surprendre; il trouve son explication naturelle dans l’intitulé même du scellé. Les vomissements recueillis sont survenus « à la suite de 1 absorption d une bouteille d’eau de Sedlitz ordonnée par un médecin ».
Or, les vomissements qui ont suivi l’ingestion du poison ont été le plus souvent rapides et provoqués par 1 action directe corrosive de l’acide arsénieux sur la muqueuse gastrique. Les premiers vomissements composés par des matières alimenlaiies devaient contenir la plus grande partie du poison. Mais il n’en est pas de même des vomissements qui les ont suivis : ces derniers résultaient de l’irritation de la muqueuse gastrique provoquée par le poison, survivant à sa présence, mais ils ne pouvaient contenir que peu ou pas d’acide arsénieux. Les vomissements recueillis et analysés ont été provoqués par l’administration d’une bouteille d’eau de Sedlitz ordonnée par un médecin. Ces diverses circonstances prouvent qu’un certain temps s était écoulé entre l’ingestion du poison, l'intervention du médecin et l'exécution de son ordonnance. U est évident que, à ce moment, l’arsenic ingéré ou avait été rejeté par les vomissements antérieurs ou avait été absorbé par la muqueuse gastrointestinale.
L’absence d’arsenic dans les vomissements mis sous scellé ne prouve donc pas, dans les circonstances où ces vomissements ont été recueillis, que la personne malade n'avait pas ingéré d’acide arsénieux et que son état maladif n était pas le résultat de cette intoxication.
Conclusions. — 1° Le poison mélangé au pain était de l’acide arsénieux, toxique énergique, capable, à certaine dose, de déterminer la mort. ... -iii
2° La quantité mélangée au pain était en réalité considérable.
Mais des circonstances spéciales ont atténué les effets du poison. Ces circonstances sont la combinaison intime du toxique avec le pain, 1 ingestion simultanée d’autres aliments et en particulier d’aliments gras avec le pain.
3° La mort pouvait être la conséquence de l’introduction, dans le pain , de la quantité d arsenic retrouvée par l’analyse; mais, sans pouvoir fixer d’une façon absolue la quantité de pain qui aurait été nécessaire pour déterminer la mort, on peut dire que celle quantité aurait dû être supérieure à 300 grammes pour un adulte.
a- Quelques pet sonnes ont tait usage du pain fourni par le sieur Dubot à plusieurs repas, et les effets de ces intoxications successives auraient pu se surajouter et arriver à produire une intoxication mortelle. Toutefois, il résultait, chez tous les malades, de la première ingestion un état d’embarras gastrique qui a rendu nécessairement les repas suivants peu abondants. En sorte que les conséquences n’ont pas été une intoxication arsenicale à forme aiguë, grave et menaçante pour la vie, mais une intoxication subaiguë à manifestations prolongées, variables suivant 1 âge, létal de santé antérieur, les dispositions individuelles et enfin le mode accidentel de l’alimentation.
Empoisonnement par un civet contenant de l’arsenic.
Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Auguste Adam, juge d instruction près le Tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 17 novembre 1880, ainsi conçue :
« Vu la procédure commencée à l’occasion du décès, par suite d’empoisonnement, du sieur B... (Philippe), employé chez le sieur C..., marchand de vins, rue des Innocents, n° 1 ou 5, et de la maladie, occasionnée par la même cause, de la femme C..., qui vit maritalement avec ledit C..., et de trois employés de ce dernier.
« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouve le cadavre de B..., déposé à? la Morgue, et de visiter les personnes malades.
“ Ordonnons qu’il y sera procédé par M. le Dr Brouardel, lequel : 1° après avoir reconnu l’état où se trouve le corps du
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susnommé, procédera à l’autopsie et déterminera les causes de la mort ;
2° Et, après avoir visité les personnes malades, dira si les malaises qu’elles ont éprouvés doivent être attribués à un l'ait accidentel ou criminel, puis s’expliquera sur les conséquences que pourront avoir ces accidents. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à ces diverses opérations.
I. — Autopsie du cadavre du sieur B..., le I 8 novembre 1880.
Le cadavre est celui d’un homme bien constitué et vigoureux. La rigidité cadavérique est très prononcée et donne aux membres une position demi-lléchie. La putréfaction n est pas apparente. Le corps est couvert de lividités cadavériques d’un rouge un peu clair, qui ne sont pas bornées à la partie postérieure, mais occupent aussi un peu le côté gauche du tronc.
Les conjonctives des yeux ne sont pas ecchymotiques. Les narines et la bouche ne contiennent pas de matières vomies ; cependant il sort une petite quantité de liquide par la bouche; ce liquide est neutre au papier de tournesol.
11 n’existe pas de traces <le violences sur le corps.
Les parois du crâne sont intactes. Les méninges et le cerveau sont très congestionnés.
La membrane muqueuse de la trachée et des grosses bronches est finement injectée. Les poumons sont très congestionnés, mais sans noyaux apoplectiques ; ils ne présentent pas d’ailleurs d’autres lésions.
Les cavités du cœur sont remplies de sang noir à demi coacr ulé, ayant la consistance de la gelée de groseille. Les valvules sont saines.
L'œsophage ne présente pas de lésions appréciables. L’estomac est très distendu, son grand diamètre mesure 28 centimètres. Sur sa face externe on remarque une dilatation considérable de tous les vaisseaux veineux. A l’intérieur, on trouve environ un litre de liquide très légèrement acide, paraissant être de la tisane, dans lequel nagent quelques débris alimentaires et notamment des morceaux de pomme de terre. La muqueuse est couverte d’ecchymoses d’un rouge vif, très nombreuses partout, mais surtout au niveau de la grande courbure. Entre les plis de la muqueuse, il existe une couche pultacée noirâtre.
L’intestin grêle présente à l'intérieur son aspect normal. Sa muqueuse n’est pas colorée, mais on y remarque de la psoren-
térie et des ecchymoses ponctuées, qui augmentent de nombre à mesure qu on se rapproche de l’estomac. Toutefois, même au commencement du duodénum, elles sont loin d’être aussi nombreuses que sur la muqueuse stomacale.
Le gros intestin est intact.
Le contenu intestinal consiste en une bouillie grisâtre assez peu abondante. Sur le mésentère on trouve quelques taches hémorragiques. Les ganglions mésentériques sont sains.
Le loie a son aspect normal, il n’est pas très congestionné. La vésicule biliaire renferme de la bile noirâtre et très fluide.
La rate est petite et ferme.
Les reins sont très congestionnés ; ils se décortiquent très ma et une partie de la capsule reste adhérente au parenchyme.
La vessie ne contient pas d’urine.
En vue d’une analyse chimique, les parties suivantes du cadavre ont été recueillies et placées dans des bocaux cachetés et scellés.
Bocal n° 1. — Estomac;
— 2. — Son contenu;
— 3. — Intestins ;
— 4. — Leur contenu;
— 5. — Foie, rate, reins;
— 0. — Cerveau ;
— 7. — Poumons et cœur;
— 9. — Muscles ;
— 10. — Sang.
Conclusions. — 1° On ne constate dans les viscères du sieur B... aucune lésion qui permette d’expliquer la mort par une maladie naturelle.
2° L’inflammation de la muqueuse gastrique peut faire soupçonner que la mort est le résultat d’une intoxication.
3° Une analyse des viscères est nécessaire.
IL — Examen de la dame C..., les 19 et 29 novembre 1880.
La dame C... est âgée de trente-huit ans, vigoureuse et bien constituée. Elle présente des signes manifestes d’alcoolisme chronique : tremblement, vomissement pituiteux le matin, insomnie, etc. Elle déclare jouir d’ailleurs d'une bonne santé.
Elle aurait mangé seulement une ou deux cuillerées de sauce du mets qui a occasionné la mort de B... et auquel elle trouva une
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saveur amère et poivrée. Immédiatement après, elle fut prise de vomissements qui se répétèrent quatre ou cinq fois pendant la nuit. Elle n’eut pas de diarrhée ni de coliques. Le lendemain, elle remarqua que ses paupières étaient gonflées et que la peau était couverte en ces points d’un piqueté hémorragique. Elle déclare n’avoir pas observé sur elle-même d'autres phénomènes particuliers. Dès le surlendemain, elle se serait retrouvée dans son état normal de santé.