EMPOISONNEMENT PAR L’ARSENIC
foie, ni dans les reins. Au contraire, le poison localisé dans les centres nerveux et dans les os s'élimine avec une lenteur beaucoup plus grande et peut être retrouvé même si la mort ne survient que longtemps après l’absorption de la dernière dose d’arsenic.
Les conditions physiologiques ou morbides variant suivant les individus et le genre de maladies auxquelles ils succombent, nous ne saurions préciser pour tous les cas quel est le temps minimum qui doit s’écouler depuis la dernière absorption d’arsenic jusqu'au moment de la mort, pour que le poison ait complètement disparu du foie et des reins.
Quoi qu'il en soit, il nous suflit d’indiquer ici les caractères généraux que présentent la localisation et l’élimination de l'arsenic, dans les cas d’absorptions répétées et à petites doses d’un médicament arsenical; ces caractères sont, en résumé : la disparition relativement rapide du poison dans le tube digestif et ses annexes, — la disparition très lente au contraire dans les os et les centres nerveux.
Or, dans le cadavre du sieur G..., c’est à peine si les os, le cerveau, la moelle contenaient des traces d’arsenic ; on en pourrait déjà conclure que le défunt n’a pas été soumis à un traitement arsenical prolongé, — sinon à une époque de beaucoup antérieure à la mort.
Nous trouvons au contraire les plus fortes doses d’arsenic dans les tuniques de l’estomac, de l'intestin, dans le 1 oie, et des doses moindres dans les organes qui s’écartent du tube digestif.
C’est là la localisation indiquée par tous les auteurs, pour les cas où l'arsenic a été ingéré à dose élevée, en une fois ou en un petit nombre de fois, à des intervalles rapprochés.
Nous sommes donc conduits à repousser 1 hypothèse d une imprégnation de l’économie par 1 absorption journalière et prolongée d une préparation arsenicale, et nous devons admettre qu à une époque voisine de sa mort le sieur G... a ingéré en une ou plusieurs fois, mais dans un laps de temps assez court, une •dose relativement élevée d’arsenic.
D'autre part, la quantité de poison retrouvée par l’analyse permet-elle d’attribuer la mort à une intoxication?
Si nous ne tenons compte que des doses d arsenic qui ont pu •être pesées, — négligeant les traces retrouvées dan> le cet \ eau, la moelle, les os, le sang, etc., — nous arrivons à un total de 35 milligrammes (dont 22 pour le foie seul), chiffre qui, évalué en .acide arsénieux, devient égal à 46 milligrammes.
PIÈCES ANNEXES
Cette dose est bien loin de représenter la totalité de l’arseniccontenu dans le cadavre.
Il est d’ailleurs impossible — tous les auteurs l’ont fait remarquer, ürfila, Devergie, Chatin, Husemann — de conclure de la quantité trouvée dans le cadavre à la quantité réellement ingérée.
Deux causes rendent cette appréciation impossible.
La première, c’est que l’ingestion de l’arsenic à dose toxique provoque des vomissements et des évacuations alvines qui rejettent au dehors presque immédiatement la plus grande partie du poison.
La seconde, c’est que le reste de l’arsenic, celui qui a passé du tube digestif dans les tissus, est éliminé par toutes les sécrétions, notamment par l’urine. Or, comme, dans l’empoisonnement arsenical subaigu, la mort ne survient qu’après un temps assez long, une dizaine de jours par exemple, la presque totalité du poison peut avoir été entraînée par élimination pendant le laps de temps qui sépare l’ingestion de la mort.
Rappelons à ce sujet les lignes suivantes de M. Devergie (1) :
« Dans l'affaire Lafarge, en 1840, on a posé à M. Orfila la question de savoir si, dans le cas où un individu mourrait empoisonné, il pourrait se faire qu'on ne retrouvât plus d'arsenic, non seulement dans le tube digestif, mais encore dans tous les organes où il peut pénétrer par absorption ; la réponse devait être affirmative, et elle l'a été. »
Ces considérations seraient surtout à faire valoir si les doses d’arsenic retrouvées étaient très faibles; mais ici, tel n'est point le cas.
Le chilfre de 4 milligrammes d'acide arsénieux que nous citions plus liant — chiffre bien au-dessous du poids réellement ingéré, puisque nous négligeons tout ce qui n'a pu être pesé, et puisqu’une grande partie du poison a été certainement évacuée ou éliminée — est cependant de l’ordre de grandeur des doses trouvées dans maint empoisonnement avéré par l’arsenic.
Si nous envisageons seulement le foie, dans lequel l'analyse a décelé la présence de 29 milligrammes d'acide arsénieux, nous voyons que celte dose est encore du même ordre que beaucoup de celles qui ont été trouvées dans de nombreuses analyses de loies d’individus intoxiqués par l’arsenic. Citons-en une seule preuve : dans une série de 16 intoxications [procès de la femme Van der Linden (de Leyde), expertise faite par le professeur Van
(1) Devergie, Médecine lérjale, t. lit, p. 500.
empoisonnés par l'arsenic, des quantités de poison très variables (depuis des traces jusqu’à 2 décigrammes), et en particulier des chiffres de 0^,016, 0sr,052, 0*r,01, 0sr,008, 0«r,012, 08r,043, 0sc, 075.
Ainsi les doses que nous avons retrouvées dans les viscères du sieur G... ne sont donc pas inférieures à beaucoup de celles que l’analyse a permis de constater dans des empoisonnements par l’arsenic.
Conclusions. — 1° On retrouve dans les viscères du sieur G... une quantité notable d’arsenic.
2° Le poison n’est pas uniformément réparti dans les différents points du corps : c’est dans le foie, l’intestin, l’estomac, qu’on en retrouve les plus fortes proportions; les os, le cerveau, la moelle n’en contiennent que des traces.
3° La quantité d’arsenic décelée par l'analyse, sa répartition dans le corps, ne s’expliquent que si l’on admet que, dans les derniers temps de sa vie, le sieur G... a ingéré une préparation arsenicale, à dose toxique.
PIÈCES ANNEXES
Empoisonnemi
Résumé statistique de
AGE
QUANTITÉ
INGÉRÉE.
Allumettes.
DATE
de
l' ingestion .
SYMPTOMES
MARCHE
POUI
15 paquets allumettes dissoutes dans l’eau, environ 0sr,75
28 févr.
Douleurs abdominales violentes.
Traitement 24 h.
après ingestion.
Lavage estomac.
Vapeurs phosphorées par la bouche.
Foie dur, hypertrophié.
4e jour 39°.
Teinte ictérique légère.
Céphalalgie.
5e jour amélioration.
Foie gros.
6P jour ictère diminue.
Seize tètes ail.
env. 0er,05
14 juin
Entrée 15
Crache le lait qu'on lui donne.
2° jour céphalalgie, froid.
3e jour ictère.
2e fail
6 paquets ail. dans 1/2 verre café
env. 0sr,30
29 oct.
Entrée 31
Vomissement après quelques h.
céphalalgie.
3e jour somnolence, douleur épigastrique.
4' jour ictère, 37°.
Coma, délire, mort.
6 paquets et demi verre d’eau
env. 0sr,30
29 déc.
Quelques h. après nausées, vomissements, crampes, dos, cou.
2e jour état général bon.
3° jour faiblesse, épigastre, hypocondre doulour., 37°, 3.
5e j. coma, mort, 37°, 3-36®, 8.
2 paquets
23 janv.
Entrée 7 j . après
7e j. vom. pas ph.
8e ict. , stup., pas d’hyp. du loie- 9e somnol.iO* sensor. net. 12e ictère dim. 14e f. 39°.
De 84 à puis 6
2 paquets dans café n .
0sr,12
2 févr.
Entrée 2 h. apr.
Pas de douleurs, foie, rate 0, téguments pâles, pas de vomiss.
9 paquets café noir 0«r,225
3 févr.
4 février
Vomissements 3 h.
2"j. collapsus, douleurs abd.
3' j. vomissements muqueux un peu jaunes, foie volumineux, T. 36°, 9.
4e jour coma, ictère léger.
2' fOt 3° et 4' f incompt
1 paq. 9 fév.
2 paquets dans eau le 10
üsr, 1 S
9 et 10 Entrée 10
Vomissements 3 h.
£ après ingestion.
2e j. céphalalgie.
3e j. id. vomissements.
4e j. id. douleurs épi-
gastre, foievolum., conjonctives ictériques, 38°, 7.
5e j . céphalalgie, abattement.
EMPOISONNEMENT PAR LE PHOSPHORE
ir le phosphore.
servations publiées par Jakscii.
WATOLOÜIE.
URINES
IRAITEMENT.
TERMINAI-
SON
AUTOPSIE
)ur Gl. rouges 7.248.000 cocytes 7.890 port 1/918
Normales, quelques cristaux de tyrosine.
Pr j. lavage avec 20 litres d’eau qui ne contiennent pas de phosphore avec magnésie sulfate cuivre.
Huile de térébenthine.
Guérison.
2' j. rien.
3e j. jaune foncé.
Lavage, 10 litres.
Ipéca 2 gr.
38 jour sortie.
. Gl. r.
Albumine, pigment biliaire.
Lavage, térébenthine,bicarb. soude.
Mort le 4' jour
Ictère. Hémorragie intrapéricardique.
Foie hypertrophié. Quelques foyers hémorrag. lobe droit. Reins entourés de graisse. Rate non hypertrophiée.
. Gl. r.