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L INUTILITÉ KÉDUITE A RIEN PAR LA MUTUALITÉ

La science, je le répète, veut consoler la statistique, confondre les égoïstes.

Nul désormais ne peut se plaindre d'avoir un ménage sans enfants, s'il consent, et s'il fait consentir sa femme k une légère manœuvre qu'il ne m'appartient pas de décrire, mais qui semble avoir les plus grandes chances.

Dans une brochure déjà ancienne, puisqu'elle date de 1878, un médecin, le docteur Gérard, affirmait que sur cent dix-huit cas

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de fécondation artificielle pratiquée par lui, il garantissait les résultats suivants : quatrevingt'Une femmes ont été mères ; seize n'ont pas envoyé de leufs nouvelles, ou ont donné de fausses adresses, n'osant se retrouver en face de l'opérateur (bégueulerie ridicule!), enfin vingt-quatre se sont absolument montrées réfractaires à la fécondation; mais le docteur ajoute que, si le secret professionnel ne l'obligeait à la discrétion, il aurait des excuses à donner à la science, en révélant des mystères abusifs, enveloppés dans l'alcôve.

Nous ne soulèverons pas le voile que le médecin n'écarte pas. Il reste donc admis que, dans bien des cas, l'art peut décemment suppléer à la nature, ou plutôt que la nature peut arriver à son but, sans les grâces dont la vie a voulu accompagner son œuvre.

C'est là une grande conquête qui vaut mieux que les scandales des congrès, et si

le divorce pour cause d'inutilité était établi,

avant de le prononcer, les juges s'en rapporteraient à une tentative ordonnée à un médecin.

Dernièrement, de jeunes écrivains ont voulu étudier les jalousies que peut faire naître l'opération.

Un mari qui s'est servi de la canalisation scientifique en voudra-t-il au canalisateur?

La femme, dans sa reconnaissance d'être mère, aimera-t-elle mieux l'opérateur direct que l'époux qui est le principe de l'opération ?

Ces questions me semblent de second ordre. Il en est une qui me paraît plus intéressante. S'il est vrai que le sentiment qui domine l'acte le plus délicat, et somme toute, le plus grand de l'humanité, a une influence sur l'enfant; s'il est vrai que l'amour porte bonheur à l'intelligence de ses pro duits, et que les œuvres du devoir strict ou maussade n'aient pas les qualités morales des œuvres même adultères, quel sera

le caractère de F enfant obtenu par une opération chirurgicale?

On assure qu'un homme distingué de nos jours, qui avoue parfaitement son origine artificielle, pourrait répondre à la question.

C'est à la un du xTii^ siècle que Swammerdam^ le grand anatomiste hollandais, ayanl remarqué comment les Orientaux obtenaient des fruits des dattiers femelles en apportant de centaines de lieues le pollen des dattiers mâles, eut la pensée que l'animal pouvait profiter des avantages de la plante.

Ce fut la découverte de la théorie, du principe. C'est l'abbé Spallanzani qui eut le retentissant succès d'une fécondation artificielle obtenue sur une chienne, dont il garantissait les mœurs.

Un médecin anglais, Hunter, substitua une cliente à la chienne de l'abbé Spallanzani, et obtint un résultat magnifique.

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N'était-il pas bien juste qu'une infirmité qui donna tant de peine aux tribunaux ecclésiastiques fût guérie, vaincue, domptée par un abbé ?

Les incrédules auront beau faire, quand ils appliqueront le procédé dont l'abbé Spallanzani est l'inventeur , ils seront obligés de dire : l'Église, notre mère.

En 1838, le docteur Girault publia douze observations très curieuses sur des épreuves qui avaient parfaitement réussi.

Je ne voudrais pas qu'on songeât à distraire M. Pasteur de ses intéressantes inoculations; mais si la rage lui laissait quelques loisirs, pourrait-il mieux les employer qu'en renouvelant sur des cbiennes, ou enragées ou inaccessibles à la rage, les expériences de Tabbé Spallanzani ? On aurait le double avantage de trouver une confirmation définitive de la théorie générale et d'expérimenter si la rage ne nuit pas à l'œuvre de la vie, si celle-ci n'est pas

une cause de rage, comme quelques amoureuiç humains pourraient le faire supposer.

La pisciculture à été un précieux encouragement pour la théorie. Mais il ne faut pas trop le dire ; car des gens superstitieux pourraient craindre que les hommes nouveatix ne participassent de la nature du poisson. C'est bien assez des femmes sirènes.

M. Charles Robin, du haut de la chaire de la Faculté de médecine, a scientifiquement démontré Févidence du fait constaté dans'les brochures que j'ai lues, et M.Georges Barrai vient d'écrire une chaleureuse préface au roman Le faiseur d'hommes, pour exciter à la propagation de la nouvelle doctrine.

Où s'arrêtera la science? Le docteur Gérard, dont j'ai la brochure sous les yeux, ▼a peut-être un peu loin, quand, s'autorisant de quelques grossesses ultra-utérines, il

prévoit le moment où les enfants pourraient êti*e conçus par Toreille.

Je cite ses paroles :

« Qui nous dit que cette mythologique parabole, Tédosion de Bacchus^ introduit par Yulcaiii dans la cuisse de Jupiter ne pourra pas se réaliser un jour? »

Si la cuisse est féconde, pourquoi Toreille ne le serait-elle pas ? Je connais beaucoup de gens qui s'en tiendraient, autant que possible, à la vieille manière. Elle restera toujours à la mode auprès des êtres uliles.

Non seulement la science prétend établir un laboratoire des hommes, mais des utopistes, qui ne sont souvent que des précurseurs, osent affirmer qu'en s'y appliquant on peut faire à volonté des grands hommes.

J'ai lu un livre d'un certain Bernard Moulin qui s'adresse aux chefs de famille et aux chefs d'État.

Il a pour titre : Pbrényogénie ou données

scientifiques modernes pour doter ses enfants de l'organisation phrénologique du génie et du talent supérieur, etc. , etc.

Cet ouvrage n'a rien de commun avec la théorie de la sélection. On sait qu'un des grands théoriciens du socialisme moderne avait offert à madame de Staël de procréer avec elle un enfant de génie, ne doutant pas que la conjonction de deux grands esprits ne produisît un être colossal. Madame de Staël ne fut pas touchée de cette déclaration scientifique; elle se refusa à l'expérience.

On a parlé aussi, bien avant Darwin, de l'influence des milieux, et quelques enthousiastes voient autre chose qu'un symbole dans ce fait que Victor Hugo a été conçu après une ascension, sur le pic d'un glacier.

M. Moulin ne doute pas qu'avec un peu de bonne volonté et une attention sérieuse, on ne puisse se procurer des enfants doués des aptitudes qu'on désire.

Il me serait difficile d'expliquer par le menu le fonctionnement de cette bonne volonté. Mais Fauteur n'y va pas de main morte.

Il raconte qu'un de ses amis, notaire de village, désirait un fils avocat. Ce notaire me paraît bien pusillanime. Ne lui suffisaitil pas d'avoir un enfant pour qpi'il en fît un avocat? Il n'est besoin d'aucun autre pro* cédé que de l'obtention d'un brevet de bachelier, et il n'y a pas grande sorcellerie à cela.

Mais ce notaire voulait sans doute un avocat comme il n'y en a guère, comme il n'y en a pas, un Mirabeau, avec le physique d'Apollon.

Par malheur, le bon notaire n'étant guère orateur lui-même, ne pouvait influencer personnellement la nature. Il se désolait. L'auteur du livre en question le consola et lui dit qu'un journaliste était la moitié d'un orateur; or, le notaire était un lecteur

assidu du Petit Moniteur et professait une grande admiration pour ce journal. Il tendit son esprit vers le désir de procréer un écrivain, et, quand son esprit fut suffisamment tendu, il invoqua le saint Esprit, nécessaire aux Messies, si bien que, neuf mois après, sa femme accouchait... d'une fille!

Vous croyez que l'auteur fut désarçonné par cet incident ? Il ne dit pas au père (Jue, pour avoir trop désiré un enfant qui sût parler, il avait obtenu un moulin à paroles.

Non, mais il trouva dans cet échec apparent une confirmation de son système.

« L'enfant était venue au monde avec un front pur, des sourcils arqués, des yeux éveillés, fendus en amande, qu'elle se frottait de ses petites mains. » Il paraît que c'est là le signalement des véritables journalistes. Gomme la nouvelle née était douée d'une bosse particulière, excentrique, on consulta les oracles de la phrénologie, et ceux-ci déclarèrent que l'enfant avait la

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bosse d'Ânaand Garrel, de Bei\jamin Goastaut.

Si avec cela Teofani n'est pas devenue un écrivain de premier ordre, elle aura eu bien du jnalbeur.

M. Moulin explique tous les grands bommea par la préoccupation qui préside à leur conception. Mirabeau naquit neuf mois après une injustice flagrante dont son père avait été victime. Richelieu était le fils d'un grand prév6t de France qui avait pesé, jugé les partis» pendant ia Ligue : le fils naquit pour appliquer le» théories du père.

Je ne pousserai pas plus loin les investigations dans le livre de M. Moulin. £lles pourraient devenir scabreuses. J'engage seulement les musiciens^ qui veulent avoir des ûls héritiers de leur talent et de leur savoir, à se souvenir que les soldats leaplu» braves ne vont pas an combat sans une fanfare, et qu'à plus forte raison, cette obli^ galion est imposée aux musiciens qui ne

doivent jamais, quoi qu'ils fassent^ rien faire sans musique.

Dans les divers procès que j'ai cités, ainsi que dans les différentes anecdotes que j'ai ajoutées au récit, il n'est jamais question de rinutilité de l'homme, pour cause d'ignorance.

De môme que nul citoyen n'est icensé ignorer la loi, nul être humain n'est censé ignorer les conditions du mariage. Où les apprend-il? Ce n'est pas dans la famille, ni au collège ; est-ce une révélation de la nature?

Si je voulais étendre cette étude et la sortir du domaine juridique où je l'ai maintenue, il serait possible de démontrer que la nature ne suffit pas ; que les commentaires suscités par Timagination des jeunes gens à l'aspect de certaines indiscrétions des gens amoureux, faussent souvent les vocations, et qu'il serait peut-être à la fois humain, moral et hygiénique de

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donner à la puberté des notions précises.

Combien de Yocations égarées, perverties par une précocité tourmentée, refoulée et mal dirigée!

En France, on élève les jeunes garçons comme s'ils étaient vonés au célibat, et on défend aux jeunes filles de jamais songer au mariage ; si bien que, lorsque, par des raisons de convenance ou de fortune, on

unit le jeune homme qui sait mal, à la jeune fille qui ne sait pas, on expose ce jeune couple à des aberrations, à des recherches afifblées, ou à ^des inutilités scandaleuses. Pourquoi le devoir conjugal ne s'enseignerait-il pas comme les autres? Pourquoi, au lieu de laisser les jeunes gens aller chercher des leçons qui les dépravent en les instruisant, ne leur donnerait-on pas, à propos, des conseils salutaires qui les préserveraient de la débauche initiatrice, en leur donnant le désir du devoir at-> trayant?

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Un père philosophe et artiste voulait insiauer à sa fille, tout à la foi^, le sentiment du beau et la science certaine de la vie.

11 lui faisait contempler le plus de statues possible. 11 la conduisit, il y a quelque temps, dans les jardins du Luxembourg, et, arrivé devant la statue du Faune de M. Lequesne, il lui dit :

— Regarde! comme la nature humaine est bien exprimée dans ce Faune!

— Ah! papa, c'est la nature humaine?

— Oui, ma fille.

— Au complet?

— Sans doute, au complet.

— Alors, papa...

— Quoi, ma fille?

— Je n'ose pas...

— Ose, mon enfant.

— Les hommes ont donc tous ce qu^a ce Faune ?

L*enfant montrait en même temps J'ap-

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pendice que les faunes possèdent au has des reins et que les ethnographes ac-' cordent aux Niam-Niams. Le pèra s'aperçut alors que la similitude n'était pas parfaite,

. — Mademoiselle, diUl sévèreiment, estce que votre père a des pieds de bouc?

L'enfant fut convaincue par cette réponse.

Son père, en effet, avait de vilains pieds humains, parfaitement chaussés.

Ce n'est donc pas sur des statues païenne» qu*il faut faire des démonstrations. Priape pourrait être un modèle aussi exagéré, qu'un faune serait un modèle extravagant.

Je borne là ma tâche. Si des hommes à demi inutiles, ou honteux de leur inutilité, mais voulant se soustraire à l'affront d'une dénonciation publique, me demandaient conseil, je serais fort embarrassé pour leur répondre.

Je ne pourrais que leur citer, à titresd' apologue, les deux historiettes suivantes :

LBS INUTILBS DU MARIAGB S3l

Un voyageur ancien raconte que, dans les lies Philippines^ les gens riches char* geaient les pauvres robustes, qu'ils récompensaient généreusement, de leur épargner Teffort des premières approches.

Voilà pour les ^demi-inutiles. Voici ce qui concerne les autres :

Le poète Segrais disait à Scarron :

— Ce n'est pas tout de se marier, il faut songer à se donner une postérité.

— Est-ce que vous voudriez me rendre ce service -là? demanda le cul-de-jatte. Ne vous dérangez pas. J'ai mon domestique, Mangin. Il ferait la chose si je la lui commandais; n'est-il pas vrai, Mangin?

— Oui-dà, Monsieur, repartit Mangin, un f^ros gars, quand il vous plaira et avec Taide de Dieu.

L'histoire ne dit pas si Scarron poussa la raillerie plus loin; si Mangin prépara les voies à Louis XIV. La chronique, méchante pour la jeunesse de madame de Maintenon,

s*est bornée à parler de la fameuse chambre jaune de Ninon, où mademoiselle d^Aubigné aurait fait son noviciat d'Esther, se préparant à séduire Assuérus.

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