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C'ost-ù-dire les juges ecclésiastiques

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et q[u*elle est vierge entière et non corrompue, et, pour le regard de Thomme, faut croire qu'il est sans défaut ni signe apparent d'impuissance. Sur ce rapport, soit que l'homme refuse d'aller au congrès, soit qu'il l'entreprenne et n'en vienne & bout (comme il ne peut quasiment arriver pour les causes que je dirai), s'ensuit iofaiUiblement le jugement de séparation, quoi que l'homme puisse faire ou dire. Par lequel jugement le mariage est déclaré nul peur la frigidité et impuissance de l'homme; les parties séparées; permis à la femme de se marier à qui bon lui semblera; défense à l'homme de contracter mariage avec une fûitrge et condamné aux dépens. Et pour ]a ^restitution de Ce qu'il a eu en mariage et dommages-intérêts de la femme, les parties «ont renvoyées devant le juge royal. Et encore par cette permission que l'on laisse indirectement à l'homme d'épouser une veuve, on le pense gratifi/er. Au reste, cette

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procédure va quelquefois si vite qu'il y a eu des procès qui n'ont pas duré un mois, nonobstant que les hommes soutinssent avoir eu affaire à leurs femmes... Il y a d'autres procès extrêmement longs pour les fuites et appellations des hommes. Mais tous ont une même fin, et plus ils sont longs, plus iJs coûtent et apprêtent à parler et à rire au monde ; quoiqu'il n'y ait pas à rire pour tous, mèmement pour ceux qui perdent leur cause, qui, outre la honte qu'ils reçoivent, en sont ordinairement ruinés, pour la restitution qui faut qu'ils fassent avec les frais ou intérêts de ce qu'on leur a baillé en mariage, mèmement de l'argent comptant le plus souvent dépensé, et pour les dommages-intérêts, tant de la femme que de son père ou de sa mère, que l'on fait monter bien haut, et dépens du procès en cour d'Église (congrès) et par-devant le juge royal qu'il faut qu'ils payent ; et ce sont les pertes des bagues et meubles

précieux que la femme aura emportés avant le procès donl elle sera quitte en jurant que non... »

Jagereau a Thaleine longue; mais je n'ai pas voulu interrompre ni raccourcir son lent exposé; parce quïl n'oublie rien des inconvénients de ces procès, et parce que j'aime autant mettre sur la candeur ou la malice des avocats du xvii^ siècle la responsabilité de détails et de mots précis, qu'on m- accuserait de citer, par corruption ou par naturalisme.

Continuons à feuilleter son discours.

« Je ne parle point, dit-il, de ceux que l'on dit avoir été ensorcelés, et, pour ce, ne pouvoir consommer le mariage, d'autant que cela onHve rarement, »

Tagereau invoque avec solennité la pudeur humaine :

u L'homme est loué de ce qu'entre tous les animaux, il a cela de particulier que la pudeur est en lui. C'est pourquoi il cache

tant qu'il peut les parties de son corps que l'on appelle honteuses. »

Du temps deXagereau, on ne connaissait pas la pudeur raffinée de l'éléphant qui, dans ses épanchements, est intimidé par l'ombre de sa trompe, au clair de lune, et l'on ne savait pas qu'au Japon, où la civilisation est incontestable, les hommes, les femmes, les jeunes filles se promènent tout nus sur les plages de bains de mer, sans être honteux d'aucune partie de leur corps. Mais les exemples qu'il cite ne sont pas plus concluants pour d'autres causes, et les chirurgiens modernes pourraient attester que bien peu de femmes aujourd'hui et encore moins d'hommes se refusent aux visitations, même en tête-à-tête.

Â.musons-nous, toutefois, de ses arguments.

« Suétone raconte ce que fit Jules César, quand il fut tué au sénat, lU caderet honesiius, Justin en dit autant d'Olympias, mère

d'Alexandre le Grand, lorsqu'elle fut tuée par le commandement de Cassander, se sei'vant en cette extrémité de ses cheveux mêmes. »

Les modernes pourraient ajouter la pudeur de Virginie, se laissant noyer plutôt que d'ôter sa robe. Cela prouverait autant que la chevelure d'Olympias.

« L'empereur Maximilien, surnommé Cœur d'acier, » grand-père de Charles-Quint, dit encore Tagereau, nonobstant qu'il fût doué de plusieurs bonnes qualités, entre autres, d'une beauté de corps singulière, néanmoins était si honteux qu'il ne se laissait voir nu à personne et se cachait quand il voulait faire de l'eau, même ordonna par testament qu'on lui laissât ses caleçons après sa mort. Cette honte doit être bien plus grande en un tel acta que le congrès qui se fait en présence de tant de gens et avec des visites et recherches si curieuses, que ceux qui sont bien nés baissent les yeux et en ont

honte quand ils en entendent seulement parler. Pour ces raisons, le cor.gr es est déshonnête et plus convenable aux bêtes qu'aux hommes. »

De plus, le congrès est inutile. Je cite la même autorité en gazant ce que je puis gazer.

« La femme, reprend Tagereàu, qui ne voudra pas perdre sa cause, en étant venue si avant, empêchera facilement rexécution du congrès, notamment l'intromission sans laquelle.. Je reste ne sert de rien... et ainsi c'est perdre du temps que de s'amuser à disputer sur la valeur du reste... II est arrivé une ou deux fois que la femme criait comme si son mari lui eût fait grande douleur et que les assistants, voyant cela, conseillèrent aux parties de s'accorder et retourner ensemble ce qu'elles firent et oncques plus la femme ne se plaignit... on leur enseigna cet expédient, par le moyen duquel il parut que la femme ne s'était

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plainte sans raison, étant encore vierge et rapportée telle, et que le mari aussi n'avait* tort d'avoir soutenu qu'il n'était impuissant, et le rapport de l'intégrité de la femme était sauvé et tenu pour véritable , et ainsi chacun fut content. »

Si notre théâtre, qui a encore des pudeurs, devient jamais aussi naturaliste que le théâtre chinois, on pourrait faire une pièce fort amusante avec cette rouerie d'une femme accusant son mari d'impuissance, pour n'avoir pas à lui fournir la preuve qu'elle n'est pas vierge et criant en plein tribunal comme si on l'écorehait, quand le mari ne Técorche pas. L'époux justifié et mystifié sort radieux de l'audience et n'a plus â redouter de refus. Sous la plume chaste de M. Ohnet, cette variante du Maitre de forges aurait un grand succès.

Ce tribunal ecclésiastique, jugeant des mystères de l'alcôve conjugale, prêtait fort à rire, ainsi que le dit Tagereau.

Voici ce que le poète Boursault écrivait, à ce sujet, à Tévêque de Langres :

(( Je me suis bien souvent étonné de ce que vous autres, nosseigneurs les prélats, vous soujffrez que les juges des offîcialités soient des prêtres, ou de ce qu'on n'y plaide pas à huis clos, à cause des naïvetés qu'il y faut entendre, qui dégénèrent presque toujours en obscénités. Je n'ai jamais eu la curiosité d'y aller, mais j'en ai ouï parler par tant de personnes différentes et tout ce qu'on m'a dit m'a paru si libre qu'apparemment c'est un tribunal d'où l'on a exilé la pudeur. Je n'en veux point d'autre témoignage que la matière qui a donné lieu à ces vers :

« Dans une ofBcialité, » Ces jours passés une soubrette » Passablement belle et bien faite » Et d'une robuste santé, » Avec la bienséance ayant fait plein divorce, » Dit qu'un vieux médecin l'avait prise par force,

» Qu'il fallait oa le pendre on qu'il fut son mari.

>> — Et comment, dit le juge, a-t-il pu vous y prendre?

» Vous êtes vigoureuse, il fallait vous défendre,

» L'avoir égratigné, dévisagé, meurtri.

w -^ J'ai, Monsieur, lui répondit-elle,

» De la force quand je querelle,

» Mais, je n'en ai point quand je ri. n

Cette fille n'avait pas été bien prise par force, puisqu'elle riait.

Vm jour un avocat gêna fort une cliente qui venait réclamer le congrès.

îl lui demanda si son mari l'avait embrassée, caressée.

— Oui-dal répondit-elle.

— Et qui vous dit que cela ne suffit pas? reprit Thomme de loi. Où avez -vous appris le reste? Si vous avez votre... innocence, comme vous le prétendez, vous ne devez pas savoir que votre mari est impuissant ; et si vous le savez, c'est un signe que vous savez ce que d'autres hommes peuvent faire.

II la pressa de telle sorte qu'il la fit rougir et avouer qu'elle ne pouvait répondre à des questions si embarrassantes.

Le président Bouhier, un président à mortier au parlement de Dijon, le fils de celui qui fut un grand amateur de livres et dont la bibliothèque privée a formé, pour une part, le fonds de la bibliothèque de Troyes, a contredit Tagereau dans son Ti'aité de la dissolution du mariage, non seulement sur l'utilité du congrès, mais aussi sur de menus détails ; d'abord, sur la question de forme*

Tagereau avait dit qu'une fois la visite des deux adversaires terminée, l'homme et la femme se couchaient, en plein jour, sur un lit, les experts présents ou retirés selon le désir de l'une ou des deux parties, la porte entr'ouverte dans ce dernier cas.

Quant aux matrones elles se tenaient près du lit. Les rideaux tirésj c'était à l'homme à plaider sa cause; « Au bout d'wne heure ou

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deux, les experts appelés, ou de leur propre mouvement quand ils s'ennuient, étant très mortifiés par le débat qu'ils veillent, s'approchent et, tirant les rideaux, demandent si cela est venu à point. Ce qui ne se fait pas sans bougie ni sans lunettes à gens qui s'en servent pour leur vieil âge, ni sans recherches et disputes fort sales et honteuses, et font et dressent leur procès-verbal qu'ils remeU tent au juge qui se trouve au même logis, en une salle à part, avec les procureurs et praticiens en cour d'Église, attendant l'issue de l'acte. »

« Le congrès ne se fait pas de la sorte, dit le président Bouhier. Le mari et la femme y sont dans un lit bien fermé. A la vérité, il reste dans la chambre des matrones pour servir de témoins, en cas quïl arrive quelque altercation entre eux. Mais tout se passe d'ailleurs entre quatre rideaux. Quand il s'est écoulé un temps suffisant , et que le mari juge à propos d'ap-

peler les experls choisis, la femme est visitée par les matrones, afin de reconnaître, suivant les règles de leur art, les vestiges de la consommation, si elle s'est faite. Les médecins et les chirurgiens, qui, pendant lo congrès, étaient dans une chambre, assistent aussi à cette reconnaissance, en cas de besoin. Ainsi le congrès, par rapport aux témoins qui s'y trouvent, n'est proprement qu'une nouvelle inspection de la femme faite dans un temps où l'on peut mieux juger de son état et où il est impossible d'être trompé. II n'est donc pas plus odieux que la première visite. Après tout, si Ton s'arrête à ces apparences de turpitude, il faut abolir la dissolution du mariage pour impuissance. »

Le président Bouhier considérait Tagereau et Hotman comme des jurisconsultes peu sérieux. Il leur reproche d'avoir fait une grande parade d'érudition sacrée et profane.

Ils s'étaient appuyés sur un passage de

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saint Cyprien, pour démontrer l'inanité de la visite des femmes. Bouhier se sert du même passage pour défendre la thèse favorable au congrès.

Que dit saint Cyprien, dans son épître de Virginibus ? qu'on peut très bien ne pas remarquer de traces d'eflfraction, mais..»

ici je ne traduis pas le latin et je donne le texte sans commentaire : « Si incorrvpta inventa fUerit virgo ea parte sut, qua mulier potest esse, potuerit tamen ex alia corporis parte peccare, quœ violari potest, et tamen inspici non potest, » Cela veut dire que du temps de saint Cyprien, on avait déjà des perversions passées à l'état de lieu commun.

Bouhier convient que les matrones peuvent se tromper dans leur visite, mais il affirme que saint Cyprien, tout en convenant de cela, n'en avait pas moins approuvé l'usage de la visite, pour les religieuses qu'il s'agissait d'admettre ou de refuser à la communion. Saint Cyprien, en effet, à la

tin de son épitre, recommande la plus grande attention aux matrones, aux obsteirices. « Inspiciantur virgines ab obstetricibus diligenter, » Le président Bouhier conclut que si la visite était employée chez les chrétiens les plus rigides « pour des raisons assez légères », on doit d'autant plus pouvoir s'en servir « quand il s'agit de tendre la main à une femme vertueuse^ pour la délivrer d'un pàHl éminent où V exposent les approches d'un mari impuissant. »

Gerbais, docteur en théologie et professeur du Roy au collège royal de France (1690), dans son traité du Pouvoir de rÉglise et des Princes sur les empêchements du mariage^ dit que « quand ce malheur arrive, il faut avoir recours d'abord aux prières, aux larmes et à la pénitence, suivant le canon : Siper sortiarias (sur les sortilèges), mais bien se garder de recourir au démon ou à ses ministres, c'estràdire aux auteurs de maléfices, ce remède

«tant un mal encore plus pernicieux. »

On le voit, le congrès, l'annulation, sont des prescriptions religieuses.

L'article 17 du capitulaire de Pépin établit que l'impuissance du mari est une cause de dissolution du mariage et que l'épreuve doit être faite au pied de la croix : « Exeant ad crucem, et, si verum fueiit, separentur, » Qu'ils aillent s'enlacer au pied de la croix, et, si l'accusation est reconnue vraie, qu'ils soient séparés.

Le président Bouhier n'en démord pas.

Il accorde que le doigt et l'œil des matrones peuvent faillir {ohstetricum manus et oculi saepe falluntur) : « Mais, si, dit-il, par l'aspect et le toucher de la femme on ne peut sûrement la déclarer vierge, l'aspect du mari suffit à cette démonstration de virginité. »

Voltaire admirait beaucoup le président Bouhier ; il trouvait en lui le souvenir de ces temps où les plus austères magistrats, consommés comme lui dans l'étude des

lois, se délassaient des fatigues de leur élat dans les travaux de la littérature.

Voltaire est bien indulgent pour les essais littéraires du président Bouhier. S'il a écrit sur la littérature des Grecs et des Romains, sur des marbres antiques, sur des questions de droit de toute espèce,il badinait anacréontiquement avec la muse, et folâtrait sur le double mont en compagnie de Pétrone dont il imitait en vers les veillées de la fête de Vénus.

Il a composé une ode sur le vaudeville qui se termine ainsi :

Aussi c'est peu qu'en mes beaux jours Mon cœur t'ait fait de ses amours Chanter les douceurs ou les peines; Même après cinquante moissons, Le sang bouillonne dans mes veines A la cadence de tes sons...

Ce président si aimable eut un mot presque sublime à la fin de sa vie. Il

mourut en pleine connaissance, et, comme un de ses amis, le voyant absorbé, lui adressait la parole :

— Chut! dit Bouhier en souriant, j'épie la mort.

Il a soutenu avec des textes assez probants que, sinon le congrès, du moins quelque chose d'approchant eut lieu dans d'autres pays que la France. Il a trouvé, à l'égard de l'Italie, dans une décision de la Rote, que les médecins ayant visité un certain mari, accusé d'impuissance, pensèrent qu'il était nécessaire, pour juger de sa valeur matrimoniale, qu'il fût interné, soltis cum sola, nudus cum mida in communi leclo. On ne dit pas comment les experts manœuvrèrent.

L'Angleterre fournit un grand exemple historique, celui du comte d'Ëssex, sous Charles I", accusé d'impuissance par sa femme.

Dans les Pays-Bas, un célèbre avocat de Malines parle de l'application du congrès

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dans ce pays. « Lorsque, dit-il, la visite ne produit rien de certain, le congrès est ordonné. »

En France, quelquefois les patients trouvaient que c'était bien court, deux ou trois ans pour fournir les preuves ; quelquefois les officiaux tempéraient la chose. Un jurisconsulte, Chenu, loue le tribunal ecclésiastique d'Albi qui ordonna que les mariés coucheraient ensemble pendant trois nuits, telles que les choisirait le mari dans un certain terme, et que, pendant ce temps, les matrones se tiendraient dans la même chambre ; mais il y a peu d'exemples d'une pareille complaisance dans les juges.

Il est arrivé parfois que l'épreuve était une précaution de père de famille, et, pendant que j'écris ce livre, je lis dans la Revue des Deuœ Mondes du lo juin (1884), un fort intéressant article de M. Blaze de Bury, dans. lequel se trouve un exemple de congrès ordonné par un beau-père futur,

voulant s'assurer de la validité de son gendre. ^

Je ne peux mieux faire que de citer l'auteur de Tarticle. C'est autant de bonne prose gagnée.

Il s'agit de préciser l'action et l'influence de la belle Bianca Gapello, la maîtresse, puis la femme de François de Médicis. Le duc de Parme imagina de marier son fils don Vicenzo avec la princesse Éléonore de Toscane.

« François ne demandait pas mieux que d'accueillir cette proposition; seulement, avant de rien conclure, il exigeait que le jeune prince « eût fait ses preuves... »

Ce don Vincent était, paraît-il, sous certains rapports un assez pauvre homme, ou, du moins, il passait pour tel. Or, le grand-duc voulait d'abord des garanties, se souciant peu de voir son gendre chansonné. Devant une pareille sommation, le Farnèse se rebiffa, le jeune coq se dressa tout rouge

sur ses ergots, se crêta, cria', tempêta. — Fort bien, répondit le beàu-père, mais cela ne prouve pas que vous soyez un coq, et c'est ce que je prétends tirer au clair, avant de vous donner ma fille. Les négociations, deux fois reprises, allaient définitivement se rompre. C'était le moment pour Bianca de montrer ses talents et de se rendre utile à la famille. Elle en parla au cardinal (de Médicis), qui en parla au pape, qui rassembla les cardinaux, et, jugeant en dernier ressort, opina que le bien de deux maisons prinrières commandait, en effet, une enquête.

» La preuve devait donc avoir lieu, mais avec celte réserve qu'on s'interdirait de la faire un vendredi.

» Bianca se mit à la recherche d'un être féminin ayant l'air et la tournure de la princesse Éléonore, et l'on convint que Venise serait le théâtre de l'expérience. Don Vincent rechignait bien toujours, mais il lui fut

si nettement démontré que c*étaît Tunique façon de sortir d'une situation ridicule> que le jeune coquebin finit par céder à îa volonté du grand-duc et du souverain pontife. Persister dans un refus, autant renoncer à se marier jamais, et puis, ces quolibets sifflant à ses oreilles! Se voir la fable de l'Italie ! Ne valait-il pas mieux se prêter de belle humeur aux circonstances? Le diable était de ce témoin et juge du camp que le grand-duc avait prescrit dans le programme. Il s'appelait le chevalier Belisario Yinta et avait pour mission expresse d'accompagner le prince à Venise et de ne pas le perdre de vue une minute pendant les trois jours de l'opération. Un joli détail qui réclamerait des vers de Lafontaine : le chevalier Belisario Vinta devait, en outre, constater dans son procès-verbal qu'il n'avait été employé ni philtre magique, ni potion pharmaceutique, ni moyen artificiel quelconque. De Florence à Venise, le voyage

s^effectua sans incident ; mais au débarquement Taltesse eut une défaillance : c'était mal débuter. Heureusement, le lendemain, les choses se relevèrent et la troisième journée fut si brillante, qu'après avoir pris lecture du rapport du chevalier Vinta, contresigné par plusieurs médecins de la localité, appelés aussi en témoignage, le grand-duc de Toscane donna sa fille et que l'union fut célébrée, mais, non plus cette fois, incorpore vUL »

Il y aurait moins de mariages désastreux, si une semblable épreuve était imposée aux prétendants. Je ne sais pas, par malheur, si les cardinaux de nos jours consentiraient officiellement à la demander aux papes, et s'il suffirait que le pape l'autorisât pour qu'elle entrât dans les mœurs.

On n'entendrait plus, si cette vérification était permise, des femmes mariées dire de leur lit, comme cette jolie femme sans enfants, du xvn« siècle : — « C'est mon Ut de repos. »

MI

CATHKRINK DR l'AHTHENAY

Voici un des procès les plus iouchànls que la juridiction du congrès ait eu à ju- ^er.

Le 20 juin 1568, Charles de Quellenec, baron du Pont, en Bretagne, épousait Catherine de Parthenay de Soubise, au château du Parc en Poitou.

Les deux conjoints étaient de la religion réformée et leur résidence habituelle devait être la Rochelle.

La mariée n'avait que douze ou treize ans.

Je crois la voir, sérieuseiikCiil juiie, plus grave que son âge, élevée par une mère rigide, mais' bonne, qui ne voulait pas la quitter et qui faisait la prière avec elle.

Il me semble que ce Breton qui bretonna si peu dans ^on ménage m*apparait aussi, imberbe, nerveux^ cassant, hardi, la toque sur l'oreille, la main sur la hanche, inquiet, jaloux, et rusé au besoin. '

Pendant deux ans, le ménage vécut paisiblement. La petite mariée n était-elle pas curieuse? Le mari savait-il lui faire des contes d'enfant à défaut d'enfant? Était-elle déjà très fière, comme elle le fut plus tard, et, si jeune, voulait-elle enveloppersa résignation d'une réserve puritaine?

Le baron du Pont, en voulant imprifdemment éloigner de chez lui sa belle-mère, entama la lutte qui pendant deux ans devait être acharnée.

Madame de Soubise^ s'étonnant de ne pas recevoir de sa (111 e certaines confidences,

certaines espérances, et Toyant, d'ailleurs, que son gendre la trouvait un témoin gênant, soupçonna tout à coup le baron de Quellenec du Pont d'une parade extérieure qui dissimulait mal son incapacité.

Elle guetta, elle s'informa, «lie fit jaser les domestiques, qui voient tout ; elle finit par interroger sa fille, et bien que celle-ci fût, au dire des contemporains, des plus honteuses et craintives, étant adjurée de dire la vérité, elle avoua que le mariage ne lui avait rien révélé de ce que la nature lui avait fait entrevoir.

Cette 'confidence, rapprochée d'un propos tenu par le baron du Pont à une demoiselle qu'il avait été obligé de respecter, dans 'certaine occurrence délicate, édifia, ou plutôt terrifia madame de Soubise.

Dans sa conscience elle n'hésita pas sur le parti à prendre; mais, avant d'agir, en femme pieuse, elle consulta les ministres de la religion. Précisément les plus fameux

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de TÉglise réformée étaient alors à la Rochelle.

Les pasteurs répondirent que la brebis ne devait pas rester dans la dépendance d'un faulc bélier, appuyèrent leur opinion de quelques textes de la Bible et engagèrent madame de Soubisé à en appeler à la jus« tice.

La reine de Navarre, qui conduisait à la Rochelle les affaires de la religion^ promit à la belle-mère navrée qu'elle l'assisterait de tout son pouvoir.

Quant à la petite baronne, elle eût bien voulu'cacher l'affront que son mari lui avait fait ; mais, puisque les ministres s'étaient prononcés, elle devait obéir.

La première enquête fut conduite par des belles dames qui n'avaient rien des matrones vulgaires. La reine de Navarre, la princesse de Condé, madame d'Andelot et d'autres, vinrent rendre visite à madame du Pont et l'interrogèrent abondamment.

Elle en apprit beaucoup plus qu'elle n'avait à en révéler. Ces dames s'amusèrent de la confidence autant qu'elles s'indignèrent. La reine de Navarre voulut parier à ce mari défectueux, en appeler à son honneur, pour qu'il s'immolât, s'il ne pouvait rien immoler. Ce dut être un piquant interrogatoire .

Le mari se redressa devant la reine, jura qu'il ne méritait pas un pareil soupçon, et attribua le scandale qu'on voulait susciter à l'animosité de sa belle-mère; il offrit d'ailleurs de se soumettre à toutes les épreuves qu'on jugerait nécessaires, et promit, en attendant, de laisser sa jeune femme sous la direction de madame de Soubise. Puisqu'il n'y avait pas de présomption de mariage, il n'y avait pas d'émancipation pour la jeune fille mineure.

Mais, la reine remontée dans sa litière, le baron du Pont fit une scène de Barbe-Bleue

LES INTTILKS Dr MARIAfiK

u sia lèmiiie, pour 1 emmener bien joiii, (M basse Bretagne, et cria si fort que sa bellemère en tomba malade et que sa jeune femme en pragna la jaunisse.

Le jaune est le deuil de la vertu conjugale trahie; mais il n*est pas le deuil de la virginité déçue. Madame de Soubise, toute malade qu'elle était, résolut de s'adresser au roi. A cette menace, le baron du Pont feignit de se résigner; il signa un contrat qui réglait les conditions d'une séparation provisoire et, le contrat signes il emmena encore une fois sa femme de vive force.

Si Ton ne savait pas que Catherine de Parthenay fut une volonté ferme et une âme intrépide, on l'accuserait de faiblesse.

Elle paraissait donner toujours raison à la dernière voix qui lui parlait. Mais, au fond, c'était sa pudeur, son innocence même qui la faisaient faiblir, quand on lui demandait de la venger. Toutefois, elle avait ses petites

ruses, et, en partant avec son mari, elle laissa pour sa mère un billet qui mérite d'être reproduit.

On verra que cette femme de quinze ans savait exposer les cas fort délicats.

« Je, Catherine de Parthenay, certifie à tous qu'il appartiendra que ne pouvant résister à la volonté et force de M. du Pont, suis contrainte de le suivre à mon très grand regret et déplaisir pour les raisons qui s'en suivent : à savoir qu'il me contraint d'abandonner madame de Soubise, madame ma mère, grièvement malade en ce lieu, a laquelle je désire, comme j'y suis obligée de droit divin et humain, faire tous secours et services. Joint que je sens ma conscience chargée, estimant et craignant que Dieu ne soit fort offensé, en ce que ledit seigneur demeure avec moi et moi avec lui, comme s'il était mon mari et époux, ce que non, d'autant qu'encore qu'il y ait deux ans et plus, que nous sommes joints ensemble par contrat de mariage, si n'en y a-t-il rien été ; et suis au même état que j'étais la veille de mes noces, et qu'ai toujours été dès ma

LES INUTILES DU \lAKI.ViiH iO

naissance. Ce que j*ai voulu laisser par écrite et signer de ma main, à madame ma mère, pour, m'en servir en temps et lieu, attestant devant Dieu et les anges, que c'est la pure vérité.

» Fait à la Rochelle, ce 6 septembre 1570.

» Signé : Catherine de Parthenay. »

Cette protestation d'une petite femme de quinze ans, rédigée sur son prie-Dieu n'estelle pas tout à la fois correcte, comme la prose un peu diffuse d'un homme de loi de ce temps-là, et touchante comme la confession d'une âme qui aime ses devoirs?

Par malheur, dès qu'elle se trouvait seule avec son mari, Catherine rétractait bien vite ses lettres, ses confidences, et les gens sérieux que sa mère voulait intéresser à sa cause hésitaient devant cette fluctuation perpétuelle.

Son mari usait-il de violence pour la contraindre? je ne le crois pas. Elle avait

un fonds de bravoure enchaîné par la timidité, qui se fût dégagé tout à fait sous la contrainte. Le baron la persuadait-il? L'aimait-elle, malgré tout? Espérait-elle, même contre l'espérance? Avait-elle des illusions, plus vivaces que ses griefs? Ses sens endormis la faisaient-ils s'étonner qu'on voulût mener tant de bruit pour si peu de chose?

Son. tempérament de puritaine s'accommodait-il, plus qu'elle ne l'avouait, de ce célibat, sans doute agrémenté de quelques menues tendresses?

L'amiral Coligny vint à la Rochelle. Le mari et la belle-mère s'efforcèrent de le mettre chacun de l«ur parti. Le baron du Pont voulut persuader au vieux soldat qu'il n'était paralysé que par les maléfices de sa belle -mère. Mais l'amiral sourit dans sa barbe blanche, et répondit à ce mari ergoteur qu'il n'avait qu'à faire ses preuves.

Les choses n'avançaient guère. On jasait.

on intriguait. Dès que madame de Soubise avait obtenu un appui, une promesse de la cour, le baron du Pont sapait l'œuvre entamée, dictait une nouvelle lettre mensongère à sa femme et se plaignait dès lors plus haut et plus fort de sa belle mère.

Je ne sais quel rôle les belles-mères joueront dans la stratégie du divorce nouveau.

On n'en a pas parlé dans les discussions parlementaires; comme si les députés et les sénateurs se fussent fait un scrupule d'avouer une plaie, ou de se glorifier d'une exception; mais les belles-mères étaient déjà fort suspectes, à la fin du xvi® siècle ; et quand la pauvre madame de Soubise se plaignait que sa fille fût violentée, sans pouvoir être violée, il se trouvait des gens pour rire, même à la Rochelle, dans le temple par excellence, et pour laisser croire que la brave dame se plaignait par jalousie.

1s LliS INUTILB8 DÛ MARlAOl)

Madame de Soubise écriyit à la reine mère. Il est probable que la vieille Florentine s'amusa de cette lettre et ne se décida pas à prendre parti pour une huguenote contre un huguenot. Pendant ce temps, la petite femme continuait son double jeu:

elle envoyait à sa mère, par l'entremise d'un ancien professeur de grec et de latin, des confessions écrites avec du jus de citron,, invisibles à ceux qui ne prenaient pas la précaution de passer le papier sur la flamme, et elle adressait, en même temps, des protestations dictées par son mari, assurant qu'elle était la plus heureuse des femmes.

Madame de Soubise était invincible. Elle demanda aux ministres de TÉglise réformée un anaihème en règle, sous forme de consultation et ceux-ci le lui délivrèrent en ces termes :

« On demande si une fille mariée, étant en âge suffisant, de corpulence requise et

sans aucun défaut naturel, après avoir par longtemps et par toutes sortes de preuves raisonnables, évidemment connu son mari n'être puissant, ni habile, pour la rendre femme, de sorte qu'elle ne lui sert qu'à souffrir la pollution d'icelui, peut en bonne conscience vivre en cet état avec lui, ou si plutôt elle est tenue d'en demander séparation?

» Nous répondons, présupposant le fait être tel que dessus : que la fille dont est question ne peut en bonne conscience continuer une telle pollution, si détestable devant Dieu et si déshonnête devant lea hommes.

» Ou si, par le volontaire consentement de son mari, elle ne s'en peut exempter, elle se doit pourvoir devant le magistrat et pourchasser par toutes voies légitimes d'en être séparée de corps, soit à certains temps, si le mal se trouve curable, soit à toujours, pour être ledit mariage nul, si

SO LES INUTILES nr MARIArtR

i'iiiipui^ssahce se trouve du louL iiiciirable.

» A la Rochelle, le 10 avril 1371.

» Signé :

» DE BÈZB, GHAUDIEU, DE NORT^ DES ftALLARS, MERLIX, MORRANCES. »

C'était la première fois que les ministres de l'Église réformée se prononçaient comme des prêtres de Tofflcialité.

Je ne raconterai pas toutes les manœuvres employées. Catherine de Médicis finît par se décider. L'affaire était égrillarde.

Elle avait promis d*appuyer la plainte auprès du roi, afin d'obtenir des juges non suspects et qui ne fussent pas ecclésiastiques, car ceux-ci n'auraient pas voulu reconnaître d'abord un mariage béni par un hérétique.

C'était là une difficulté. Madame de Soubise réclama du roi une citation devant le

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grand Conseil « et le roi envoya en effet l'affaire devant le grand Conseil séant à Blois.

Le mari, voyant que le roi s'en mêlait, affecta autant d'impatience et de résolution qu'il avait montré de résistance, et défia les juges.

Le congrès fut décidé. Madame de Soubise, palpitante, craignant une dernière défaillance de sa fille, pour masquer celle de son mari, lui écrivit une lettre très belle, très réservée. Elle adjure son enfant de songer à son honneur. Elle la menace de la déshonorer elle-même, publiquement, si elle ne confesse pas la honte de son mari.

Elle prendra jugement contre elle, si ellemême ne se soumet pas en toute loyauté à l'épreuve prescrite.

Après les menaces,. arrivent les insinuatiens bien féminines et d'une maternité avisée. Elle fait entrevoir à la jeune femme vierge les joies qui peuvent l'attendre dans

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' un autre mariage. Elle lui montre l'au-delà de la désunion.

Il paraît qu'une dame, sœur d'un sieur Senarpont, était restée douze ans avec un mari inutile, et ne se plaignait pas. Mais le sot eut rétrange fantaisie d'être jaloux et d'accuser sa femme de légèreté. Celle-ci déclara alors que la légèreté' lui eût été bien permise ; mais qu'il était odieux à son mari d'attaquer une innocence qu'il n'avait jamais entamée.

Madame de Soubise cite cet exemple à sa fille, raconte que la dame, délivrée de son pseudo-mari, fut remariée à un gentilhomme très honnête, dont elle eut des enfants.

« Tâchez donc d'obéir à Dieu, ma fille, et lui complaire en tout et partout , à quelque prix que ce puisse être, et non au monde. »

Le mardi H septembre 4571, l'affaire fut plaidée à huis clos; mais ce ne fut pas

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ce jour-là que le champ clos fut ouvert.

On manque de détails sur le rapport des témoins ; on ignore même si le congrès fut réellement tenu avant Tévénement qui rompit le mariage ; tant le baron du Pont fut ingénieux à multiplier les appels, les oppo* sitions, les réclamations.

Je me suis demandé si ce pauvre homme, après tout, n'aimait pas sa- femme ; et ce serait un drame poignant que cet amour obstiné, furieux, d'un mari platonique, attendant le moment de Tamour sensuel.

Le dénouement fut tragique. Le mariage ne fut annulé qu'au tocsin de la Saint-Bar* thélemy, Catherine de Médicis avait promis son appui : elle le donna, en faisant arquebuser le mari, doublement hérétique, envers Dieu et envers sa femme.

Je crois, qu'au lieu de les séparer, le massacre aurait pu réunir à jamais les deux époux, car madame de Soubise et sa fille échappèrent à grand' peine aux massacreurs.

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Varillas rend hommage au courage du baron du Pont :

« Sa résistance, dit-il, fut si longue, que ceux qui ne le virent succomber qu'après avoir été percé comme un crible, lui rendirent le témoignage qu'il était plus qu'homme dans le combat, s'il ne l'était point assez dans le lit conjugal. Son corps fut traîné jusque devant la porte du Louvre, où la pitié qu'il devait inspirer n'empêcha pas plusieurs dames de la cour de regarder curieusement s'il ne paraissait aucune marque du défaut qu'on lui reprochait. »

On assure que Catherine de Médicis était au premier rang des curieuses, et qu'elle éclata de rire, en voyant les moyens de défense du baron devant ses juges.

La bonne dame était experte comme une matrone. Au siège de Rouen, elle avait eu la môme curiosité, à propos d'une jeune fllle morte, qui s'était travestie en homme

peur augmenter le nombre des défenseurs et qu'on avait laissée nue sur la brèche.

Elle voulut savoir si la virilité du courage ne dérangeait pas le sexe.

Elle put comparer le baron du Pont à l'héroïne de Rouen.

Cette Catherine de Parthenay, que nous avons vue si hésitante, quand il s'agissait d'affronter un débat sur les mystères de son alcôve conjugale, devint une femme de grande énergie et de fière attitude.

Les contemporains s'accordent à dire que madame de Soubise n'avait poussé si opiniâtrement à la nullité du mariage, même au prix d'un congrès, que par austérité de mœurs. Cette femme biblique trouvait abominable un mariage sans famille, et c'était, dans Catherine, le sentiment du devoir religieux combattu par la pudeur, peut-être aussi, je le répète, par un amour obstiné, involontaire, qui la faisait hésiter au début.

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Elle porta dignement le deuil de l'époux, yaillant dans le combat de la rue.

Le sieur La Mole la demanda en mariage au roi ; il était friand de cette femme qui se trouvait veuve et vierge à seize ans.

Elle le refusa ; mais, cinq ans après la Saint-Barthélémy, elle devenait madame de Rohan. J'ai dit qu'elle avait appris avant treize ans le latin et le grec. Elle était quelque peu poète, et, entre autres œuvres, elle écrivit une tragédie intitulée Holopheme, qui fut jouée en 1628, pendant le siège de la Rochelle.

Elle était parmi les plus stoîques des assiégés. Elle était bien vieille alors, mais son courage ne faiblit pas. Pendant trois mois, elle vécut de cheval et de quatre onces de pain par jour.

Je sais bien que beaucoup de Parisiennes ont eu cet héroïsme -là en 4871 et n'en sont pas plus Hères.

Catherine écrivait à son fils, le duc de

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Rohan, celui-là même qui devait prendre part k la guerre civile sous Louis XIII :

« Qu'il ne se relâchât de rien, au préjudice de son parti, quoi qu'on pût lui faire souffrir, p

Elle eut plusieurs enfants, entre autres celle qui s'est fait un renom d'esprit et de poésie sous le nom d'Anne de Rohan, et de qui d'Aubigné disait que son esprit était trié entre les délices du ciel.

La mère et la fille refusèrent d'être comprises dans la capitulation qui suivit le siège de la Rochelle, et elles furent enfermées au château de Niort.

Son autre fille, qui s'appelait aussi Catherine, fit la réponse que l'on sait à Henri IV :

— Je suis trop pauvre pour être votre femme et de trop bonne maison pour être votre maîtresse.

La mère a laissé Urië brochure sur Henri IV. On la prit d'abord pour une apologie; mais c'était tout le contraire

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D'Aubigné l'appelle une -apologie en prévaricaiion. Catherine de Parlhenay^qui avait la même foi huguenote obstinée que d'Aubigné, reproche à Henri IV de ne faire du bien qu'à ceux qu'il craint.

Ne semble-t-il pas que la petite mariée de treize ans, si chaste et si tourmentée, soit devenue dans son second mariage une mère vraie, dans toute l'acception du* mot, donnant le bon conseil et le bon exemple ?

Eut-elle quelque indulgence pour la Saint- Barthélémy qui avait dissous son premier mariage? Non. Elle fut fidèle à sa foi comme à son sexe. Elle était de celles qui méritaient de faire souche, et s'il est en France, aujourd'hui, beaucoup de femmes secrètement humiliées par des maris fanfarons et inutiles, je les exhorte à s'inspirer de Catherine de Parthenay, et à vouloir comme elle la maternité, pour donner de bons soldats et de bonnes femmes à la patrie.

ha» INUTILJSS DU MARIAGE 89

Gomment fera-t-on aujourd'hui pour constater Vinjure grave commise par un mari envers sa femme qu'il garde vierge ? Il n'y a plus de congrès que pour les immoralités de la politique ; et les sénateurs français, en n'osant pas mettre explicitement Timpuis- " sance parmi les causes de divorce, ont laissé bien des femmes désarmées devant leurs maris sans armes.

LE CAS DE H. BRAT-GORBIB

M. Etienne de Bray était un riche trésorier de la bonne ville de Paris. Il croyait que Targent est la toute-puissance. 11 fut bien obligé de s'apercevoir du contraire quand il fut marié à Marie de Corbie, une belle et saine créature, à qui il ne suffisait pas que le banquier sût dénouer les cordons de la bourse.

Pourtant elle fit crédit au millionnaire.

Ce ne fut qu'au bout de vingt-sept mois de mariage que, lassée d'inutiles préparations,

blessée au vif dans son amour-propre et ailleurs par des manœuvies aiguës, elle alla trouver le grand jurisconsulte Etienne Pasqui&r et le chargea d'intenter à son mari une action devant rofficialité de Paris.

L'historien, qui fit les Recherches de la France, voulait la multiplication des Français et la glorification par le ventre des dames françaises : il engagea brutalement Taffaire et invoqua les textes sacrés autant que les textes profanes, pour démontrer que le but du mariage, la procréation des enfants, ne pouvait être voilé, détourné, remplacé par des patelinages.^

Marie de Corbie n'avait rien caché à son avocat, et celui-ci fit un portrait navrant de son adversaire ; il constata un aéticit dans rénumération des avantages, et une frigidité incurable.

Le trésorier avait fait usage de fausses clefs, à défaut de passe^partout, et donnait, comme preuves décisives d'une ouvertoie

naturelle du cotfre-fort, les traces d'une effraction faile à main armée.

Etienne Pasquier se courrouça surtout de ces manœuvres. Il n'admettait pas- que l'art ou la serrurerie remplaçât la généreuse et libre force de la nature. II cita saint Augustin qui défend aux matrones de mettre trop vivement leur vilain doigt sur la plaie, de peur de la provoquer, sous prétexte de la constater.

Bray, de son côté, trouvait aussi dans saint Augustin des arguments pour justifier ses pratiques. On trouve tout dans ces véritables Pères de TÉglise.

Les matrones affirmaient que la dame de Bray était corrompue; ce qui voulait dire que la femme n'était plus vierge. Ce terme est de rigueur. C'est l'euphémisme singulier qui exprime le couronnement de l'innocence. La jeune fiancée pure, accueillie par le mari le plus actif et initiée aux espérances maternelles, est dite corrompue. Mais

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c'est là, comme ou le voit, la corruption bénie, et toute femme maintenue intacte, par maléfice ou autrement, si piteux que soit son sort, et si dépravée que puisse être la façon dont on entretient sa virginité, n'est pas corrompue.

Etienne Pasquier prétendait que sa cliente ne l'était pas; que les matrones étaient soudoyées, ou bien que leurs habitudes abortives les rendaient incapables d'apprécier la douce et dolente innocence d'une jeune femme martyrisée, et non glorifiée.

Après des remises et des délais, comme en comporte toute bonne procédure, le financier fut condamné à comparaître devant le congrès.

Il parsUt que, se méfiant de ses avantages, il prit ce jour-là une drogue, insuffisante pour l'amour, suffisante -pour l'illusion d'une minute, et dont l'effet le plus certain se traduisit par un resserrement de la vessie dont il faillit mourir.

M LBg INVTILES DU VARIAaB

Je ne dis rien des analyses qui furent faites après ce tête-à-tête équivoque. Les médecins offrirent une revanche à ce malheureux mari. Bien qu'il se fût vanté à plusieurs reprises de n*avoir qu'à s'introduire entre quatre courtines pour y faire merveille; bien que l'évêque de Sens, qui était son coadjuteur spirituel dans le débat et qui, sans doute, avait béni ses armes, lui promit la victoire, il renonça à la lutte, perdit son procès ; le mariage fut déclaré nul et Marie de Corbie eut la possibilité de se pourvoir ailleurs.

Le sieur de Bray voulut mettre sur le compte de sa philosophie ce qui était le fait de sa constitution, et déclara alors, avec un air d'épicurien, qu'il ne s'était marié après tout que pour son plaisir^ et qu'ayant eu dans son ménage tout l'agrément souhaitable, il n'avait jamais voulu y joindre les satisfactions vulgaires de la paternité «

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C'était se moquer de la justice et de lui-même ; mais ces hommes d'argent se croient tout permis.

Ce fut à l'occasion de ce procès, des constatations écœurantes auxquelles il donna lieu, que le bon Hotman écrivit sur Timpuissance et contre les congrès. Etienne Pasquier lui tint tête, et le président Bouhier se chargea de le foudroyer.

Marie de Corbie se remaria-t-elle, comme Catherine de Parthenay? Je l'ignore. Le grand bruit qui se fît autour de ce procès ne s'étendit pas au delà de l'ombre portée par le lit dressé inutilement devant le tribunal, et Marie de Corbie, désormais, n'eut pas plus d'histoire que son mari.

Elle avait attendu vingt-sept mois avant de se fâcher. Était-ce assez ?

Bayle, dans son dictionnaire, consacre un article à ime princesse qu'on voulut presque canoniser, pour avoir attendu toute sa vie.

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Isabelle de Gonzague, femme de Guy- Ubalde Montefeltro, duc d'Urbin, ayant découvert, par hasardf Timpuissance de son mari, s'appliqua à le consoler (sans que rhisloire dise comment), lui fut fidèle, le plaignit et ne voulut jamais en être séparée.

Je dis que le hasard lui fit découvrir ce que les femmes d'esprit apprennent d'ellesmêmes. Élait-elle donc si sotte?

Elle était, en tout cas, d'une innocence si parfaite qu^après deux années de cohabitation avec son mari, sans qu'il l'eût corromptiey elle croyait parfaitement qu^il ne manquait rien à son mariage, et qu'il ressemblait à celui de toutes les femmes.

On ne sstit pas comment la vérité lui apparut, probablement à la suite de quelque propos féminin.

D'ailleurs le mari, quand il vit qu'elle le questionnait doucement, lui avoua doucement la vérité. Cet aveu la toucha jus-

qu'aux larmes, mais ne Téloigna pas. Le public ayant deviné ce qu'elle n'eût jamais découvert, elle s'affligea pour son cher mari de cette curiosité cruelle. Vainement les parents, les amis lui conseillèrent de demander la nullité du mariage, elle résista, et quand son mari mourut (car il parait que le froid ne conserve pas les hommes comme il conserve les fruits), elle faillit mourir de chagrin. Cette chaste union avait duré vingt ans.

Un des panégyristes d'Isabelle de Gonzague la proclame la femme idéale, par sa bordé, son intégrité, son courage, sa noblesse plus divine qu'humaine.

J'accepte ces derniers termes. Ce n'est pas une femme humaine, et les vertus dont on la loue sont toutefois autant et plus d'un homme que d'une femme, puisqu'il lui manque la grâce qui s'immole et l'amour fécond.

Isabelle de Gonzague acheva sa vie dans

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un veuvage superbe, regfrettant son veuvage à deux, pleurant, non pas ce que la fille de Jeplvié pleurait et ce qu'Héloîse invoquait par le souvenir, dans son Paraclet ; mais elle fut inconsolable d'un néant perdu.

Il est possible que cette âme compatissante se soit attachée au mari par le spectacle de son désespoir, s'il en eut.

Il y a des hommes si malheureux d'une inutilitéy même temporaire, qu'ils eu gardent le supplice, longtemps après qu'il a cessé.

Ainsi Jérôme Cardan, un grand médecin de Pavie (1501), était de ces gens scrupuleux.

Il a raconté lui-même que, jusqu'à trente et un ans, il avait été fort incapable. Dès que l'influence cessa, il se hâta de se marier ; mais, toute sa vie, il a regretté amèrement le temps perdu, depuis vingt et un jusqu'à trente et un ans. Â la bonne heure !

LES INUTILES DIT MAUlAGlî W

II savait bien à quoi s'en tenir. Son regret était si cuisant qu'il le porta plusieurs fois à la tentation du suicide.

II attribuait cette infortune aux influences de la constellation sous laquelle il était venu au monde. Jupiter et Vénus lui avaient jeté un maléfice.

Il avait été voué à saint Jérôme par son père, dans son enfance; mais, bien que saint Jérôme se soit occupé de la question de r impuissance , Cardan ne le rendit jamais responsable de son infirmité heureusement temporaire.

Il fit ce qu'il put pour se rattraper, mais jamais il ne parvint à combler le vide de ces belles années de jeunesse vouées forcément à la vertu.

Il y a longtemps, pour ma part, que je suis convaincu , môme avant d'avoir su l'histoire de Cardan, que, dans ce monde, on se repent plus amèrement de la sagesse que de la folie.

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