‹ Les Invalides CérébrauxChapitre 18 sur 35 · ÉTUDE CLINIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE CLINIQUE

1. — OBSERVATIONS Il. — ON DOIT TRAITER MEDICALEMENT LES ANORMAUX WI. — MILIEU SOCIAL. — COMMENT FINISSENT LES ANORMAUX

Observations. — Avant d'entrer dans l'étude clinique de l’anormalité nous avons cru qu’il serait intéressant de rapporter les observations résumées de quelques-uns des anormaux que nous avons rencontrés soit à l’école, soit à la consultation médico-pédagogique, soit enfin à l'asile. Nous avons fait un choix parmi ces malades et nous nous sommes arrêtés à quelques types bien caractéristiques, n’insistant que sur le côté médical de leur histoire et les lésions qu'ils présentaient. Mais il estévident que l’on trouve tous les degrés dans l'anormalité et qu’il est absolument arbitraire de les ranger sous des étiquettes spéciales. Nous avons déjà insisté plus haut sur ce fait, mais si nous y revenons à nouveau, c’est à dessein, car sur ce point capital il n'est pas inutile de se répéter.

Grâce à l’amabilité de l’instituteur chargé de classe des anormaux, ouverte depuis Juin dernier, à l’école de garçons de la rue Pierre Corneille, r41, nous avons

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pu faire quelques remarques intéressantes que nous allons tout d'abord relater avant d’aller plus loin. Sur une quinzaine d'élèves que renferme cette classe, l'on rencontre les éléments les plus disparates. Au premier banc, trois enfants très profondément atteints. Agés de six à douze ans, leur hérédité à tous trois est très chargée : l'alcoolisme du père, la tuberculose de la mère, les maladies infectieuses de la première enfance : tout se retrouve chez eux. L’un présente un écoulement permanent des deux oreilles, très abondant et d’odeur fétide à certains moments. S'ils savent s'habiller seuls, ils ne profèrent que des sons incompréhensibles, et n’ont jamais pu apprendre à écrire. L'un d'eux porte à la bouche tous les objets qui lui tombent sous la main, il lui est même arrivé en classe de se salir. Le maître se borne à les occuper à faire des tresses qu’ils réussissent d’ailleurs très mal, dès qu’on cesse de les observer et de les guider dans ce travail élémentaire. Ils sont tranquilles, ne troublent pas la classe, à l’exception de l’un d’eux qui est un peu agité et pousse parfois des cris. En somme la place de ces enfants n’est pas à l’école spéciale, car ils tireront peu de profit des leçons du maître : c'est à peine si l’un deux pourrait être amélioré par un traitement médical, au point de vue des oreilles.

L'on trouve ensuite deux arriérés pédagogiques, à qui un état maladif a interdit la fréquentation régulière de l’école. Ils sont attentifs et travailleurs. Tous les autres sont des anormaux proprement dits, paisibles mais attentifs, à l’exception de trois d’entre eux qui sont des instables très marqués. Bruyants, sans cesse occupés à se battre ou à se disputer, ces derniers

parlent haut durant la classe, font du bruit, sont dans une perpétuelle agitation. Réprimande, menaces, pumitions, rien-n'y fait. Vicieux, emportés, colères, ils font le désespoir de leur famille et de leur maître.

Il est à regrelter que des éléments si divers soient groupés ensemble. Le maître se surmène inutilement et l'enseignement s’en ressent. On leur faitcompléter des phrases simples, narrer en quelques mots lemotif d’une image familière, on leur apprend à compter à l’aide de bûchettes qu'ils doivent lier par paquets de dix, on leur fait tresser des corbeilles, fabriquer de petits objets usuels, avec des morceaux de bois, etc. Les progrès sont manifestes et avec de la patience, le maître arrive à obtenir des résultats.

Mais nous n’insisterons pas davantage. Nous ajouterons seulement que tous ces enfants présentent des malformations multiples (grosse ou petite tête, asymétrie faciale, hémimimie, malformations dentaires, voûte ogivale, végétations adénoïdes, paralysies, strabisme, nystagmus, etc.) et qu'ils appartiennent la plupart à des milieux misérables ou débauchés.

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