HISTORIQUE. — DÉFINITIONS
CARACTÈRES PHYSIQUES. — CARACTÈRES PSYCHIQUES. CLASSIFICATIONS. — FAUX ANORMAUX. — VRAIS ANORMAUX. L'ANORMALITÉ NE PEUT ÊTRE DÉFINIE. — CONCLUSIONS.
Historique. — À ne considérer que l'intérêt toujours grandissant qui s’attache aujourd’hui à la question de l'Enfance anormale, l’on serait tenté de croire qu'elle ne date que d'hier. En réalité, elle est très ancienne et si les méthodes d'enseignement et les travaux vraiment scientifiques consacrés aux Enfants anormaux ne datent que du début du xix° siècle, c’est de tout temps qu'on les a connus. Il serait trop long de retracer en détail l'historique de la question : qu’il nous suffise de rappeler les premiers essais d'Iran», en 1801, les travaux de Ferrus, FaBrer, Voisin, jusqu'au livre universellement connu de Secuin : Traitement moral, hygiène et éducation des idiots el autres enfants anormaux (1846). Cet éducateur acheva aux Etats-Unis (il
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mourut à New-York en 1880) l'œuvre qu'il avait entreprise en France.
Ce fut BouRNEvILLE qui, succédant en 1879 à DELa- SIAUVE dans le service de Bicêtre, organisa la plus im-
portante école pour Enfants arriérés et idiots qui existe
en France. Par ses travaux et les nombreuses publications auxquelles ils ont donné lieu, BouRNEVILLE a considérablement élargi le champ de cette étude : à côté des idiots et des imbéciles, il existe un certain nombre d'enfants qui ne s’accommodent pas des méthodes pédagogiques ordinaires, des pervertis, dès instables, des épileptiques, ete. Bournevizze fut aussi l’un des premiers à émettre le vœu de la création d’un enseignement spécial pour ces. déshérités et ces infirmes. Depuis lors, cette idée d'assistance et d’éducation spéciale, partie de France, nous est revenue de l’étranger, passée dans la pratique, réalisée sous forme de méthodes pédagogiques nouvelles et fécondes en résultats. Sous l'impulsion également des idées de philanthropie qui meltent à l’ordre du jour les questions sociales, savants et penseurs se sont intéressés à l’éducation de ces Anormauæx. Diminuer le plus de non valeurs, éliminer le plus de déchets dans une société, assister les infirmes, protéger les faibles, instruire le plus grand nombre, c’est dans l'esprit des classes dirigeantes d'aujourd'hui, élever le niveau moral d’un pays et le mieux armer pour la lutte ardente et difficile que créent les concurrences internationales. Il y a au fond de toutes ces recherches, de toutes ces activités si généreusement dépensées la foi à la parole de Guyau : « L'avenir, c'est nous qui le déciderons peut-être par la
manière dont nous aurons élevé les généralions nouvelles. »
Définitions. — Mais si l'accord s’est fait unanime sur l’urgence d’une assistance et d’un enseignement spécial, il est loin d’être complet encore sur les définitions et les classifications de ces Anormaux.
Qu'est-ce qu'un Anormal ?
Voici ce que disent MM. Br et Simon : « Les « anormaux sont un groupe tout à fait hétérogène « d'enfants ; leur {rail commun, qui est un caractère « négatif, c'est que, par leur organisation physique « et intellectuelle, ces êtres sont rendus incapables « de profiter des méthodes ordinaires d'instruction et « d'éducation quisont en usage dans les écoles. »
Assurément cette définition est bien vague, si tant est qu’elle en soit une, car les méthodes ordinaires d'instruction et d'éducation qui sont en usage dans les écoles publiques ne sauraient constituer un réactif scientifique suflisant pour déceler l’Anormalité. On pourrait adresser la même objection à ceux qui prennent pour réactif le milieu social : c’est ainsi que MM. Demoor et DanieL! définissent tout être normal celui qui peut s'adapter aux conditions moyennes de la vie et tout être anormal celui qui ne pourra s’adapter à ces conditions. Evidemment cette définition renferme sa part de vérité, mais elle n’a aucun des caractères d’une définition scientifique : les conditions
1 Les enfants anormaux à Bruxelles (Ann. Psych., 1900).
| Lu Apte moyennes de la vie changent trop avec les hommes, les temps et les pays.
MM. Pure et Boncour ont synthétisé les deux définitions précédentes en considérant l’école d’abord, puis la rue, comme les révélateurs de l’enfance anormale qui peut longtemps passer inaperçue dans le milieu familial.
M. le D' Cuazar, dans sa thèse : Contribution a l'étude de l'Enfance anormale, ajoute aux définitions précédentes un correctif important. Voici ce qu'il dit des Anormaux psychiques : ce sont des « enfants qui, « par suile de tares cérébrales, organiques ou fonc- « tionnelles, occasionnant dans le développement de « leurs facultésintellectuelles ou morales, des troubles « plus ou moins profonds, sont incapables de profiter « des méthodes d'enseignement actuellement employées « dans les écoles. »
En somme ce qui fait l’'Anormal, c’est avant tout, la tare cérébrale organique ou fonctionnelle‘. Un enfant mentalement anormal est donc malade dans son système nerveux. C’est une définition à peu près équivalente que donne le professeur RéGis dans son rapport au maire de Bordeaux :
« Les enfants mentalement anormaux ou anormaux « psychiques sont ceux qui présentent des infirmités, « des arréts de développement, des ‘déviations, des « désharmonies, ou plus simplement de l’excitabilité, « de l’instabilité morbide du cerveau, empéchant ou
1 Les vrais anormaux ont tous des tares, disait M. J, Voisin à la Soc, d'Hypn. et de pédagogie, séance 16 oct. 1906.
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NUL ANR « diminuant leur adaptation aux méthodes d'éducation
« communes ef réclamant l'intervention de l’hygié- « niste. »
Caractères physiques. — Cependant, aucune de ces définitions n'est assez rigoureuse pour enfermer dans des limites précises la notion qu’elle veut exprimer. Aussi, au lieu de définir l'Anormal, essayons, s’il est possible, de le reconnaître à certains caractères objectifs du reste des Normaux au milieu desquels il se trouve placé,
Ces caractères seront de deux ordres : d'ordre physique et d'ordre psychologique.
Nous aurons l’occasion, dans la suite, d’insister sur les premiers en étudiant leur pathogénie, mais il faut avouer que l’on a depuis longtemps reconnue leur insuffisance pour diagnostiquer l’Anormalité.
Citons pourtant les plus intéressants.
Demoor a écrit (Ann. psych., 1900) : Ce qui a bien plus de valeur au point de vue de l'évaluation d'un type, c’est l'expression de la physionomie.
Cette expression de la physionomie, si importante en pathologie nerveuse, est ce que M. Prerrer appelle la mimique. «Même, dit-il, si elle est due à quelque lésion de l'oreille, elle doit retenir l'attention : elle signifie tempérament convulsif. » Il ne faut pas confondre la mimique avec la régularité plus ou moins grande des traits du visage; la beauté n1 la laideur ne sauraient être des critériums. N'oublions pas non plus que beaucoup d’anormaux (presque un tiers) ont, à première vue, l'air intelligent. Ce que l’on rencontre