‹ Les Invalides CérébrauxChapitre 8 sur 35 · LAS · texte numérisé non relu

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assez souvent chez l’anormal, c’est l’asymétrie faciale‘, dans 10 pour 100 des cas, d’après le D’ ScHLESINGER.

C’est l’endroit de faire remarquer, sans entrer dans des détails qui nous entraïîneraient trop loin, que parmi les Anormaux, les uns sont des malades continus, tandis que les autres sont des anormaux à accès, comme les appelle M. Prerrer. Chez ces derniers, les crises psychiques sont toujours accompagnées de troubles organiques qui se trahissent soit par de la fièvre, soit surtout par ces sillons unguéaux? que l’on retrouve aussi chez beaucoup d’aliénés, soit encore par l’état des téguments et des cheveux, soit enfin par des manifestations pathologiques variées au niveau des principaux viscères, comme le cœur, l'estomac, le foie, etc.

Pour toutes ces raisons, il faut se défier des enfants colères, à tempérament convulsif, de ceux qui ne dorment pas, de ceux dont les diverses fonctions s’exécutent mal, ou qui se plaignent de fréquents maux de tête.

Si nous avons énuméré ces divers signes, ce n’est pas dans le but d’être complet, ni d’en faire un critérium absolu de l’anormalité pour le pédagogue ou le médecin, mais à seul fin d’attirer leur attention sur des riens qui leur pourraient échapper et de montrer aussi combien cette question de diagnostic, en apparence si

1 D’après Vaschide et Pelletier, le demi-produit des diamètres métopique transverse maximum et auriculo-bregmatique serait plus élevé chez les enfants classés parmi les intelligences supérieures.

? Ces sillons, particulièrement visibles à l'ongle du pouce, indiquent des troubles graves de la nutrition (Pierret).

= 49 simple, est complexe dans le fond. Voici d’ailleurs quelle valeur M. le D' Cxazar reconnaît à ces signes physiques :-

Il ne sont pas complètement pathognomoniques ; on peut noter leur présence chez des enfants normaux, comme aussi les voir manquer chez des anormaux. Ils accompagneront chez ces derniers les anomalies men-— tales congénitales..….

Les seuls stigmates caractéristique sont les stigmales

psychiques.

Caractères psychiques. — S'il est vrai que les stigmates psychiques sont encore ce qu'il y a de plus caractéristique de l’anormalité, il ne faut pas s'étonner

que la plupart de ceux qui se sont consacrés à son - étude, particulièrement en France, leur aient exclusi-

vement, ou presque, appliqué des méthodes psychologiques, d’abord de recherche, puis de traitement. C’est ainsi que le rôle du médecin, aux yeux de beaucoup de personnes compétentes, doit se borner à rechercher les stigmates physiques, s’il y en a, pour bâtir une

observation, plus souvent seulement pour remplir un

modèle réglementaire de fiche scolaire et appliquer, sans méthode, un traitement parfois opothérapique, le plus souvent hygiénique et reconstituant. Quant au pédagogue, c’est à lui qu'appartient le rôle de rechercher l’anormal à l’école, de le reconnaître dans la foule, de le signaler au médecin la plupart du temps, et exclusivement à lui le rôle de l’instruire et de l’élever.

Pour aussi inattendues que paraissent ces opinions,

PA LL elles n’en sont pas moins exprimées avec assez de parti pris dans le livre de M. Brer, écrit en collaboration avec un médecin, M. le Dr Simon. Pour ces auteurs, c’est un préjugé très tenace, et qu’on aura sans doute beaucoup de peine à vaincre, car il y a trop de gens qui ont intérêt à le maintenir afin d'en profiter, que de croire que le diagnostic d’un anormal est l'affaire du médecin. A l’appui de leur opinion, ils font la critique facile de la valeur des stigmates physiques que nous avons discutée plus haut, mais cette critique les mène un peu loin, surtout pour ce qui concerne le traitement médical des anormaux, et nous aurons plusieurs fois, au cours de cette étude, l’occasion de Ia relever.

Mais, si le médecin est incompétent pour faire le diagnostic d’un Anormal, le psychologue et le pédagogue sont-ils mieux armés pour le faire ? Certes, les données psychologiques récentes concernant le développement intellectuel de l’enfant ont acquis, en France principalement, une ampleur et un intérêt tout particulier. Elles sont même si nombreuses que nous ne pouvons songer pour le moment à les exposer toutes et à les commenter, cependant pour donner une idée de la méthode psychologique actuelle appliquée à la pédagogie, nous dirons quelques mots de ce qu’à la suite de Gacron on a appelé les tests. Nous n’aurons en vue que ceux qui ont été employés dans un but de diagnostic : c’est-à-dire ceux de Demoor, de DEcrory et DEcanp et de Biner; car jusqu'à présent, nous essayons de nous faire une idée précise de ce qu'estun Anormal, et, puisque aucune définition n’a été suff-

on sante, puisque les caractères physiques sont inconstants; nous laissons la parole au psychologue et au pédagogue.

M. DEmoor a signalé ce qu'il appelle le signe de l'Illusion des Poids : tout enfant de six à sept ans à qui l’on présente deux objets de volume inégal, mais de même poids, considère le plus petit comme étant le plus lourd. Si à huit ans et au-dessus l'illusion ne se produit pas, il est établi par M. Demoor que l'enfant ne possède qu'un développement intellectuel insuffisant

et qu’il ne pourra profiter de l’enseignement des écoles

ordinaires. Assurément s’il était aussi facile de diagnostiquer un anormal, MM. Bixer et Simon auraient mille fois raison : point ne serait besoin d’un médecin, un maître d'école suffirait !

Quant aux tests psychiques proprement dits, leur principe, en apparence plus compliqué, est tout aussi simple en pratique que l'expérience de M. Demoor. Il suffirait, d’après certains auteurs, de questionnaires bien faits, en rapport avec l’âge des sujets, et l’on évaluerait au taux des réponses obtenues les intelligences de ces derniers‘. Nous n'insistons pas davantage: cependant, nous reconnaïssons le grand intérêt qui s'attache à ces recherches, ce qu’elles ont demandé de patience à leurs auteurs, si nous ne leur accordons pas une valeur indiscutable et absolue. En effet, nous croyons que deux cerveaux ne se ressemblent pas assez pour réagir identiquement, ou seulement d’une façon comparable, aux mêmes incitations extérieures.

4 M. Binet parle « d’une sorte d'échelle métrique de l'intelligence ». — Méthode de diagnostic différentiel, Damage et Blin.

en D Pierre et Paul sont tous deux âgés de six ans, on leur pose à tous deux la même question : la réponse du premier non seulement pourra différer de celle du second mais pourra lui être contradictoire sans qu’on puisse rien conclure de positif sur la valeur respective de leur intelligence ; enfin, il est évident aussi que l'intelligence de Pierre, par exemple, estimée débile ou insuffisante aujourd'hui, à une première série d'expériences, pourra se révéler tout à fait normale le lendemain.

Classifications. — Ce qui se dégage de toutes ces recherches psychologiques et pédagogiques, ce sont des notions plus précises qui vont nous conduire à la grosse question des classifications parmiles Anormaux.

Aujourd’hui, tant en France qu’à l'étranger, autant de rapporteurs dans les commissions ou les congrès, autant de médecins, de pédagogues ou de psychologues, autant de classifications différentes. En effet, comment classer les parties d’un tout qu’on ne sait pas définir ?

Nous ne rapporterons pas toutes celles qui ont été proposées. Certains se sont contentés, comme MM. Mrequet et Dergry', d'une énumération pure et simple. Un médecin, M. Courcrv*, distingue des anormaux purement physiques, des anormaux intellectuels et moraux, enfin des anormaux mixtes, en quelque sorte physiques, intellectuels et moraux à la fois ! Dans chacune de ces trois catégories, 1l dispose trois séries d'anormaux : légers, moyens et profonds. C’est à coup

! L'Ecole nationale, 1%-15 mars 1904 { Rev. péd., 1904, n° 2).

? Recherche et classement des anormaux (Arch. int. d'hyg. scol., 1905).

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sûr très ingénieux, mais ce n’est pas exact. Cela ne permet à l’auteur que d'avancer cette opinion, très contestable du reste, que les anormaux purement physiques ressortissent exclusivement au médecin, ceux de la deuxième catégorie au pédagogue (le médecin a seulement le rôle du contrôleur) et ceux de la dernière aux deux à la fois. D'autre part, l’auteur ne dit point comment dans ces trois classes, arbitrairement choisies par lui, on reconnaît les trois degrés de l’anormalité : légère, moyenne ou profonde. Cette classification comme toutes celles du reste qui lui ressemblent de près ou de loin n’est pas assez rigoureuse pour être scientifique; elle restera toujours le fait d’une appréciation exclusivement personnelle et, par suite, ne pourra même servir à aucun travail de statistique.

Pour le professeur SANTÉ DE Sancris, de Rome les anormaux sont des phrènasthéniques dont il distingue plusieurs degrés.

Kozcr, en Allemagne, s’est surtout basé sur l’éducabilité des enfants.

Depuis Warner, on distingue en Angleterre les feeble minded children et ceux atteints d'imbecility and of idiocy.

En Belgique, l’on distingue deux sortes d’arriérés : les pédagogiques et les médicaux, ces derniers comprenant les imbéciles et les idiots. C'est cette classification, sensiblement modifiée, qui semble avoir prévalu, cette année, au congrès de Dijon. C'est ainsi qu’en se basant sur le mode d’assistance, le rapporteur, M.R. CHaron, classait les enfants psychiquement anormaux:

Arriérés. — Anormaux d'école : a) anormaux de

D. ot

classes spéciales ; 2) anormaux d’écoles de perfectionnement.

Dégénérés. — Anormaux médicaux : a) anormaux d'hôpital ; b) anormaux d’hospices ; c) anormaux de colonie ; d)anormaux de maison de réforme. |

Idiots etimbéciles. — Nous pourrions pousser plus loin l’étude de ces classifications, mais cette sèche énumération n'aurait d'autre résultat que de nous embrouiller et d’obscurcir d'avantage un sujet où la lumière est loin d’être faite.

Pourtant l'on peut arriver à une notion pratiquement plus précise de l’Anormalité, en procédant par élimination et en profitant de quelques données positives acquises par la psychiatrie durant ces dernières années. fl faut tout d'abord faire une classe spéciale de ces anormaux, les plus accusés, situés touten bas de l’échelle mentale, et que, depuis les travaux cliniques de Bournevizze et de son école et l'étude psychologique remarquable de Sozzier, on distingue en 1mbéciles et en Idiots.

L’idiotie, d'après Sorzter, est une « affection céré- « brale chronique à lésions variées, caractérisée par « des troubles des fonctions intellectuelles, sensitives « et motrices, pouvant aller jusqu’à leur abolition « presque complète, et qui n'emprunte son caractère « spécial, particulièrement en ce qui concerne les « troubles intellectuels, qu'au jeune âge des sujets « qu’elle frappe ». Le même auteur donne de l’idiotie une classification très simple, fondée sur une donnée psychologique facilement appréciable, l’attention, et,

SE. ro au lieu des nombreuses formes décrites par BouRNEvILLE distingue plus simplement les trois degrés suivants :

1° Idiotie absolue : absence complète et impossibilité de l’attention.

2° Idiotie simple : faiblesse et difficulté de l'attention.

3° Imbécilité : Instabilité de l’attention.

Nous ne nous attarderons pas plus longtemps à ces anormaux profonds qui sont des anormaux d'asile ou d’hospice et dont les progrès intellectuels sont, ou bien nuls, quand il s’agit d’idiots absolus, ou bien peu en rapport avec les efforts tentés pour les instruire et les éduquer, quoi qu'en pense M. BourNeviLLE, quand il s’agit d’idiots simples ou d’imbéciles. Ce qu'il y a le plus à admirer dans l’œuvre de ce savant c’est la patienceavec laquelle il s’est consacré, lui et ses collaborateurs, à une tâche aussi ingrate et difficile : quant aux résultats obtenus (thèse Royer, Paris 1907); ils semblent beaucoup exagérés, car s’il sort, comme on l’a dit, chaque année, de Bicêtre, des enfants en état de gagner leur vie, beaucoup reviennent peu après en être sortis, beaucoup aussi finissent dans un hôpital, quelques-uns échouent dans d’autres asiles, après avoir passé par la prison.

Faux Anormaux. — Dans la suite de cette étude, lorqu'il sera question d’Anormaux, nous n'entendrons parler ni des imbéciles, ni des idiots ; nous éviterons également le mot Dégénérés, trop impréais et trop vague comme nous verrons plus loin. ;

Que nous reste-t-il en fait d'Anormaux ?

Prenons l'exemple d’une classe ordinaire. À côté des

LENS | enfants considérés comme anormaux par le maître ou les parents, d’autres se signalent de bonne heure par leur paresse, leurinattention ou leurs vices, ce sont pour les désigner par d'autres noms des anfisociaux, des arriérés ou des retardataires. Ici se place une observation importante,

Malgré l’obscurité de la question, il nous faut dire un mot de ceux qu’on a appelés les faux arriérés scolaires ou les retardés pédagogiques. Un enfant peut, en effet, être en retard sur ses camarades de classe sans être pour cela en état d’infériorité psychique. Beaucoup d’enfant sont gardés dans leur famille par suite d’un état maladif transitoire qui n’a pas permis de les envoyer de bonne heure à l’école ; pour la même raison beaucoup la fréquentent irrégulièrement qui ne sont pas des Anormaux. Il faut tenir compte aussi de ce fait que l'obligation imposée par la loi d’instruire les enfants n’est pas toujours observée. Il y a encore des illettrés dans l’armée et qui n’ont souvent d’autre cause à leur arriération mentale que la négligence ou la mauvaise volonté de leurs parents à leur faire fréquenter l’école {.

A côté de ces retardés pédagogiques, l'école Belge, et le D' Ley, particulièrement, distinguent des Arriérés sensoriels. Ils désignent ainsi des enfants qui ont des troubles de leurs organes des sens, un déficit comme dit M. Ley, particulièrement de la vision et de l’ouie. Un sourd, un myope, par exemple profiteront mal des

1 Il faut pourtant faire des réserves, car Demoor, de Bruxelles, prétend que les arriérés pédagogiques sont toujours des arriérés au point de vue mental.

me

leçons du maître, surtout s'ils sont méconnus comme

cela arrive trop souvent, et placés aux derniers bancs

de la classe, dans l'impossibilité d'entendre ou de lire au tableau les explications qui leur sont données. Tout dernièrement le D' Crucuer, de Bordeaux, dans une monographie sur les Arriérés scolaires ajoute à cette liste déjà longue ceux qu'il appelle les Arriérés alimentaires : « Je distingue, dit-il, sous ce « terme, les enfants qui, par négligence des parents « ou pauvreté réelle, sont nourris d'une façon insufji-

sante », et les Arriérés de croissance qui « surpris

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