‹ Les InvalidesChapitre 113 sur 322 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

canons , c'est de leur hôtel que partent les signaux qu'on est quelquefois heureux de faire entendre dans le pays , et ce n'est jamais sans émotion qu'ils retentissent au sein de la capitale — Puisse-t-elle ne jamais entendre d'autres canons! (Sensation.)

» Je passe aux considérations personnelles, au gouverneur actuel des Invalides.

» Je conviens que peu d'occasions sont laissées au gouvernement pour accorder de grandes récompenses, pour exercer une grande munificence. Le nombre des places qu'on a appelées sinécures, s'il n'est pas entièrement anéanti, cela tient à notre situation; je ne regrette pas sans doute que les sinécures soient abolies, mais je regrette qu'il ne puisse y avoir dans chaque carrière un certain nombre de positions qui soient présentées en perspective, et deviennent un motif d'émulation; ce n'est pas moi qui proposerais de les réduire.

» Quelques relations personnelles, qui m'ont mis à même d'apprécier la noblesse de caractère du maréchal Moncey et qui pourraient peut-être influer sur la détermination que vous allez prendre, me décident à repousser les raisons par lesquelles on est venu défendre le traitement que vous discutez. Je ne connais pas d'homme plus honorable, plus loyal, plus véritablement chevalier que M. le maréchal Moncey. (Vive adhésion.) J'ajoute que je ne connais pas d'homme plus désintéressé.

» Il est sans fortune personnelle, et je crois bien qu'il est à peu près réduit à son traitement, traitement sans doute fort honorable et supérieur même aux traitements les plus élevés des autres carrières. Mais dans une circonstance où il avait encore plus d'appointements qu'aujourd'hui, en 1815, lors du procès du maréchal Ney, alors qu'il faisait partie de la commission militaire , il ne craignit pas d'affronter une destitution qui le laissait sans traitement et le renvoyait dans ses foyers en état de disgrâce , parce qu'il se crut en conscience intéressé à ne pas accepter la qualité de juge de celui sur lequel il avait dressé un rapport dans une autre qualité.

)) Je fus alors l'avocat, le conseil de M. le maréchal Moncey, et je pourrais peut-être m'appeler l'avocat des maréchaux de France, car je les ai presque tous défendus dans les affaires politiques et dans leurs affaires privées.

» Alors, comme aujourd'hui, je défendis moins le traitement du maréchal que sa délicatesse excessive. Il ne se dissimulait pas que le coup qui allait le frapper atteindrait plutôt sa fortune que son grade de maréchal. Je le défendis, je soutins que c'était moins un grade qu'une dignité, et qu'il ne pouvait en être arbitrairement dépouillé. Je fis valoir cette raison sans qu'il fût question, dans le mémoire que je rédigeai, ni de la détresse ni de la gène qui allaient résulter pour lui du coup qu'on voulait lui

Page 1