LIVRE TROISIÈME
demandez-vous quelles grandes récompenses le Roi peut attacher à ses services.
» Si nous parlons de la magistrature, de l'administration, des hommes d'Élat qui ont honoré le ministère, nous verrons toujours que les ressources du gouvernement sont extrêmement restreintes — l^Bruit aux extrémités.)
» C'est là, si je ne me trompe, un grave inconvénient, une fâcheuse impuissance pour un gouvernement. Si les moyens d'encouragement manquent, les grandes actions pourront aussi devenir plus rares : vous devez du moins le craindre. Un fait récent, qui vous a été révélé par une confidence du journal officiel, vient à l'appui de ce que j'avance.
» Je pense que sous l'impression de ces considérations, que je ne serais pas capable de développer sans quelque préparation , vous devez vous abstenir de porter une main imprudente sur le traitement du gouverneur des Invalides. L'armée entière voit, je crois, dans la manière dont est honoré le doyen illustre des maréchaux de France, une récompense pour elle-même. Je vous engage, messieurs, à ne pas accepter la réduction. (Aux voix, aux voix!) »
M. Dupin prend la parole :
« Messieurs,
» On vient de présenter devant vous des considérations générales sur l'établissement des Invalides, et une considération particulière dans laquelle on a fait intervenir la personne du titulaire actuel, nommé récemment gouverneur des Invalides par le Roi.
» Quant à l'établissement en lui-même, je ne crains pas de dire qu'il n'en est pas qui porte plus le cachet national, le caractère de grandeur, de générosité, de reconnaissance nationale. Je ne crains pas de dire que, dût-on procurer à ceux qui y sont reçus un bien-être égal , j'allais presque dire supérieur à celui qu'ils peuvent attendre dans le sein de leurs familles, il faudrait encore maintenir et conserver ce grand établissement.
» Ce n'est pas, en effet, dans leurs chaumières que l'étranger pourra voir ces vieux soldats couverts de glorieuses blessures; c'est dans l'hôtel des Invalides; c'est dans un hôtel à eux où il doit voir réunis ces glorieux débris, plus admirables encore par ce qui leur manque que par ce qui leur reste. (Très-bien! très-bien!) C'est réunis dans un hôtel à eux que le pays pourra les montrer comme une glorieuse décoration. (Très-bien! très-bien!)
» Dans les grandes occasions, c'est de leurs