LIVRE TROISIÈME
d'un pays soumis, sans être asservi, par les ducs de Bourgogne, par Charles V, par Philippe II, par Louis XIV; et qui seul, entre les provinces arrachées ou réunies à la monarchie française , avait gardé le noble titre de Franche-Comté, la Comté libre !
» Il était fier de sa province ; citoyen, avant tout, de son département; tenace aux intérêts publics d'un conseil général qu'il a présidé ; bienfaiteur de Moncey, sa commune presque natale , qui lui devait un pont pour le commerce, une école populaire ouverte aux enfants des quatre paroisses où ses terres s'étendaient ; non moins heureux, pour ces bienfaits, d'une médaille de Montyon, que de ses plus nobles victoires ; toujours prêt à favoriser de son crédit, de ses secours, les institutions utiles et les utiles citoyens. Dans le Doubs, le Jura, la Haute- Saône ; à Paris, à l'armée, partout, sa maison, sa tente et son cœur étaient ouverts aux Comtois, ses bien-aimés compatriotes.
» Son père s'honorait du titre d'avocat au parlement de sa province. Sous l'égide d'un tel mentor, il commença ces études littéraires qu'on n'a pas appelées en vain les humanités; il leur a dû la politesse parfaite de ses manières et la haute convenance qui, dans les temps les plus divers, a caractérisé ses actions, ses écrits et ses paroles.
» Il n'avait pas terminé ses premières études, à
Besançon , et déjà son imagination , fortement frappée, cédait à l'attrait de la carrière des armes; attrait toujours si puissant au milieu d'une grande place de guerre et d'un peuple belliqueux. Il s'engage volontairement à l'âge de quatorze ans et demi. Sa famille , pleine de la pensée qu'il pourrait suivre avec éclat la profession du barreau, s'empresse de le rendre à la vie civile. Bientôt son naturel l'emporte ; il s'engage une seconde fois ; il reste enrôlé tout le temps qu'il faut pour s'abreuver des dégoûts qu'accompagnaient à cette époque l'apprentissage de la guerre dans le rang de simple soldat. C'est alors qu'il apprécie mieux quelles difficultés extrêmes arrêtaient le jeune homme qui, sans appartenir aux classes privilégiées, débutant pour être soldat, avec l'ambition de parvenir par ses services ! Il perd de nouveau l'espoir de percer la foule, et quitte encore le service pour s'adonner avec constance, il le croyait du moins , à la profession qu'honorait son père. Il se livre donc sérieusement à l'étude du droit. Il y puise les principes de justice et de légalité qui devinrent les règles de sa vie, qui furent les lumières de sa conduite, et qui gravèrent dans son âme un respect inaltérable pour la loi.
» En vain nous luttons pour résister à notre destinée! Deux expériences manquées, leurs illusions déçues , ne peuvent arrêter Moncey. Un penchant irrésistible l'entraîne; une troisième fois il