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LIVRE TROISIÈME

revient à la profession des armes. A partir de cet instant, il restera soixante-huit années fidèle à la religion du drapeau.

« A l'âge où les plus célèbres généraux ont presque tous acquis leur grande renommée, il n'a rien pu faire encore pour la sienne ; rien ! que se rendre digne de l'obtenir au premier sourire de la fortune. Mais l'ancien régime élève un mur d'airain entre la gloire et ses efforts ; il le condamne à végéter dans un poste de lieutenant, malgré vingt-trois années de services. Enfin l'émigration permet que Moncey gagne un grade, à l'ancienneté. Tel est son rang à l'armée des Pyrénées occidentales, lorsque l'Espagne ose attaquer la France.

» Aux avant-postes de cette armée, que je voudrais rendre vivante à vos yeux, avec ses passions, son héroïsme et ses manières, le hasard a jeté deux hommes, deux seulement, qui, simples capitaines au début de la guerre, vont marcher de front, et parvenir, chacun dans sa sphère, au faite de l'honneur.

» L'un, sans nom pour percer la foule , au milieu de sept cent mille concurrents qui luttent sur nos frontières, ne trouvant d'appui qu'en son épée, de relief qu'en sa vertu, de protecteur qu'en ses victoires : c'est Moncey, que bientôt ses services feront chef de l'armée.

» L'autre, d'une telle naissance que la renom-

mée l'annonce même avant qu'il ait combattu ; si brave que ses actions auraient révélé sa personne à qui n'eût su que son nom : c'est la Tour d'Auvergne, le descendant desTurenne, qui s'indigne, en mourant premier grenadier des armées de la République, qu'on l'ait distingué, par ce titre, des grenadiers ses égaux.

» Aujourd'hui que les enfants de familles opulentes s'éloignent en si grand nombre du service de la patrie , et se révoltent de songer que leur présence à l'armée, même en temps de paix, ne les mène pas sur-le-champ, de plein droit, aux grades les plus éminents, j'ai jugé qu'il était bon d'arrêter la pensée de tous sur cette gloire patiente, héroïque et modeste d'un la Tour d'Auvergne ; gloire qui surpasse, à mon sens, tous les empressements de la faveur, et tous les dons de la fortune.

» Moncey, patient aussi sur le chemin de l'honneur, chaque fois qu'il monte d'un grade a déjà mérité de monter plus haut. En deux combats mémorables il a sauvé l'une et l'autre aile de l'armée avant d'être élu, provisoirement et sur le champ de bataille, général de brigade.

» Soit ombrage d'un pouvoir assis sur la terreur et tremblant lui-même, soit délation cachée, les avancements définitifs se multiplient, et Moncey voit le sien rester provisoire. Il porte le nom du lieu qui l'a vu naître et de l'héritage paternel : Serait-il

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