LIVRE PREMIER
En effet, le 17 juin 1776 parut cette ordonnance, exécutoire en quatre jours, qui devait porter la perturbation parmi les vétérans de nos armées, dont la discipline ne fut plus assez puissante pour empêcher les murmures.
Ce ne fut pas sans beaucoup de peine que M. d'Espagnac put contenir son indignation; mais il était vieux soldat et regardait comme sacré un ordre du Roi. Toutefois, de jour en jour il fut dérogé à la sévérité de cette ordonnance.
Le 20 mars 1777, les plans -reliefs des places fortes de France , qui depuis un temps immémorial étaient au Louvre, furent transportés aux Invalides.
Le 20 avril, l'empereur Joseph II, frère de l'infortunée Marie-Antoinette, voyageant sous le nom de Falkenstein, honora de sa présence l'hôtel des Invalides; il voulait être traité en simple particulier. A l'exemple du czar Pierre Ier, il se fit instruire de tous les détails de l'administration. Il demanda qu'on lui présentât les soldats qui avaient fait la guerre de Bavière, et les entretint pendant longtemps; et, après avoir vidé sa bourse, il dit au comte d'Espagnac : « Ces Français-là ont donné à ma mère bien des ennuis; s'ils eussent été plus heureux, je ne sais ce que je serais; je ne puis trop leur savoir gré de ne pas nous avoir vaincus. »
Quelques jours après il vint visiter la galerie des plans-reliefs.
Cette année-là, le comte de Saint-Germain quitta le ministère de la guerre et y fut remplacé par le prince de Montbarcy. En ce qui concernait les abus, il tint la main aux mesures ordonnées par son prédécesseur.
Ce fut lui qui fit acheter les planches en cuivre qui accompagnaient la Description de l'Hôtel (par Perrau); le libraire Desprez, quittant le commerce à cette époque, vendit les gravures et cent cinquante exemplaires de l'ouvrage pour la somme de dix mille francs.
Les planches en cuivre sont encore aujourd'hui à l'Hôtel, mais les descriptions furent données dans les visites que firent aux Invalides plusieurs personnages illustres.
En 1780, le prince de Montbarey eut pour successeur le marquis de Ségur.
Dès son arrivée au ministère, M. de Ségur se fit rendre compte de la législation qui régissait les Invalides. Déjà quelques archivistes s'étaient occupés de rassembler tous les documents législatifs et autres concernant l'Hôtel. M. Hecquet, titulaire depuis le 17 juin 1776, avait mis la dernière main à la collection des documents officiels, à partir du mois de janvier \ 670 au 20 juin 1 780 ; en \ 78 1 , le ministre fit publier, sous le nom de Recueil, les édils, déclarations , ordonnances, arrêts et règlements concernant V hôtel des Invalides. On s'occupait d'un