LIVRE TROISIÈME
et insensible, il l'exécuta toujours ponctuellement, et s'il n'a pas ordonné une mauvaise action, il n'a pas empêché, il n'a pas môme retardé un crime; c'était peut-être le seul moyen de rester dans la faveur impériale, et sous ce rapport rien ne dut manquer aux vœux de Duroc. Pendant quinze ans il fut constamment le confident des plus grands projets et des plus petites intrigues ; et parfois aussi le ministre complaisant des plaisirs les plus secrets de son maître. Sa carrière militaire fut peu remarquable ; cependant , en 1805, il remplaça un instant dans le commandement des grenadiers de l'armée d'Allemagne le général Oudinot, qui avait été blessé , et cet honorable emploi , accordé à un favori, choqua les prétentions de quelques généraux qui y avaient des droits plus réels. Duroc était plus propre à servir dans l'intérieur du palais que sur le champ de bataille ; cependant il eut l'honneur d'y mourir le 22 mai 1813, à Wurschen, où il fut tué d'un boulet de canon. L'Empereur a rapporté dans son bulletin de cette bataille une conversation fort remarquable qu'il dit avoir eue avec son favori dans ses derniers moments. Si l'on en croit ce bulletin, Duroc dit à son maître a qu'il l'attendait dans le ciel , mais qu'il désirait que ce ne fût que dans trente ans, afin qu'il pût achever le bonheur de la France ».
Le fait est que Duroc expira presque subitement,
39i LES INVALIDES.
et qu'il put à peine proférer quelques paroles. Ce général avait obtenu des faveurs et des titres de toute espèce; il était président à vie du collège électoral de la Meurthe, grand officier de l'Empire, grand maréchal du palais, duc de Frioul, etc., etc. Tous les souverains de l'Europe l'avaient à l'envi décoré de leurs ordres , et il en avait reçu les plus riches présents. Son corps, embaumé, fut apporté à Paris et déposé dans l'église des Invalides. M. Villemain avait été chargé par le ministre de l'intérieur de prononcer son oraison funèbre dans une pompeuse cérémonie que Napoléon voulait consacrer à sa mémoire, mais qui, d'abord retardée par les circonstances de la guerre, n'a jamais eu lieu.
Cérémonie funèbre de M. le maréchal marquis de Grouchy .
« D'après les dispositions prescrites par M. le maréchal gouverneur, MM. les officiers, les sousofficiers, soldats invalides et tous MM. les fonctionnaires attachés à l'Hôtel sont prévenus qu'aprèsdemain jeudi, 1 0 du courant, à onze heures précises du matin, aura lieu dans l'église de cet établissement un service funèbre aux mânes de M. le maréchal marquis de Grouchy;
» Que par sa lettre du G du courant, M. le grand référendaire de la Chambre des pairs a annoncé
qu'une dépu talion de cette Chambre assistera à cette cérémonie.
» Comme d'usage, la première travée la plus rapprochée du chœur dans la tribune de droite, en entrant, sera exclusivement réservée aux dames de la famille de M. le maréchal défunt, et les deux travées en deçà du même côté. »
L'armée vient de faire une perte douloureuse. Le maréchal Oudinot, duc de Reggio, gouverneur de l'Hôtel, est mort aujourd'hui à six heures du matin.
En conséquence des ordres du ministre de la guerre , ses funérailles ont eu lieu comme il suit :
« L'an mil huit cent quarante-sept , le seize septembre , à sept heures et demie du matin , nous de Saint-Brice Justin, officier de la Légion d'honneur, sous -intendant militaire de première classe aux Invalides ,
» Vu la lettre à nous adressée, à la date d'hier, par M. le lieutenant général baron Petit, commandant de l'Hôtel, nous sommes rendu dans son salon, où se sont réunis successivement :
» Le lieutenant-colonel major de l'Hôtel, M. Simon;
» Le colonel archiviste trésorier, M. Gérard;
» L'adjoint à l'intendance militaire, M. Feraud;
» Les officiers adjudants et sous-adjudants majors de l'Hôtel;
» Les officiers des bâtiments, etc., etc.
» Et tous, en cortège, nous sommes rendus dans les appartements de M. le gouverneur de l'Hôtel, où nous avons trouvé réunis :
» MM. Hainguerlot et Perron," ses deux gendres;
» M. le comte Pajol, chef d'escadron d'étatmajor, son petit-fils;
» M. le comte de Xaintrailles, colonel d'étatmajor, et M. le comte de Bastard, chef d'escadron d'état-major, ses deux aides de camp;
» M. Solard, son secrétaire particulier et chef de son cabinet militaire.
» Introduits dans sa chambre à coucher, nous avons constaté ce qui suit :
» Nicolas-Charles Oudinot, né à Bar-le-Duc, le vingt-cinq avril mil sept cent soixante-sept , duc de Reggio, maréchal et pair de France, chevalier des ordres du Roi, grand-croix de l'ordre royal de la Légion d'honneur, de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, chevalier de la Couronne de fer, grand-croix des ordres impériaux et royaux de Saint -Wladimir de Russie, et de l'Aigle blanc de Pologne, de Maximilien Joseph de Bavière, de Charles III d'Espagne, de l'ordre militaire de Guillaume Ier, de l'Aigle rouge et de l'Aigle noir de Prusse, et de Saint-Henri de Saxe, ex-commandant des grenadiers et voltigeurs réunis , ex-major général de la garde royale, ancien commandant supérieur de la garde nationale de Paris , ex-grand chancelier