‹ Les InvalidesChapitre 188 sur 322 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

pression de ses sympathies et de son admiration. Elle a également adressé à M. le général Petit et à tout l'état-major de l'Hôtel qui l'avait accompagnée les remercîments les plus vifs.

Le ministre de la guerre prévient le maréchal gouverneur que le Roi a décidé, le 1 7 février \ 847, que les restes mortels de feu M. le maréchal Serrurier, ancien gouverneur de l'hôtel royal des Invalides, seront transportés du cimetière du Père- Lachaise, où ils sont en ce moment déposés, dans les caveaux de l'Hôtel.

M. le comte Serrurier, pair de France, qui a sollicité cette faveur au^nom de la famille du maréchal, est invité à'se présenter à l'Hôtel pour régler les détails de cette translation, laquelle doit être faite par les soins|de]la famille, sans avoir aucun caractère de cérémonie ni d'apparat, et ne donner sujet à aucune démonstration publique, les funérailles officielles du maréchal ayant eu lieu à l'époque de son décès.

Par ordre du Roi la dépouille mortelle des deux grands maréchaux du palais a été inhumée aujourd'hui, 5 mai 1847, dans les caveaux spéciaux construits à côté du tombeau de l'Empereur, sous le dôme des Invalides ; celle du général Duroc a été enlevée ce matin du caveau du gouverneur, sous la nef, et placée dans un catafalque double placé à l'entrée du chœur. Le corps du général

Bertrand , arrivé avant-hier à cinq heures et demie de l'après-midi à l'hôtel des Invalides , avait été placé dans une chapelle ardente , à l'entrée de l'église, à gauche, et le clergé est venu processionnellement en faire la levée, au commencement du service religieux, pour le placer dans le catafalque, à côté du premier.

Cette cérémonie avait réuni une nombreuse assistance, au milieu de laquelle on remarquait des pairs, des députés, des généraux, entre autres MM. le comte Ph. de Ségur, le comte de Rambuteau , Viennet , les généraux Petit. , Gourgaud , Fabvier, Paixhans , Carbonnel , MM. de Tracy, Larabit, de Beaumont (de la Somme), etc., etc., des officiers supérieurs de la garde nationale et des divers régiments de la garnison, d'anciens officiers, sous-officiers et soldats de l'Empire, revêtus de l'uniforme du temps.

M. le général Fabvier a prononcé les paroles suivantes :

« Messieurs,

» Ce n'est pas sous ces voûtes qu'abritent tant de vaillants défenseurs de la France que je viendrai vous parler des services, des blessures, des actions d'éclat de Duroc. Comme eux, il a été intrépide, dévoué, désintéressé, modeste.

» Je ne vous dirai qu'un mot, il suffit à sa gloire : Napoléon, désarmé par ceux qu'il voulait défendre, va rentrer dans la vie privée , demande à finir sa carrière sous le nom du colonel Duroc ! Tel est le magnifique , l'impérissable monument que le tendre cœur de Napoléon le Grand a élevé à la mémoire de Duroc , à la sienne propre.

» Chers et vénérables vétérans , quand vous allez retrouver le chef, dites-lui que sa gloire grandit et s'épure chaque jour, que cette cérémonie même est un hommage que nous rendons à son cœur aimant en rapprochant de lui deux amis fidèles. »

Le service religieux terminé, les restes mortels des deux grands maréchaux du palais ont été transportés dans les deux caveaux qui leur sont destinés, et où ils devront désormais reposer.

Duroc, duc de Frioul, naquit à Pont-à-Mousson en 1772 , et fit d'assez bonnes études à l'école militaire de cette ville. Son père, qui était notaire, le destinait au même état ; mais la Révolution vint lui ouvrir une carrière qui le flattait davantage. Il entra à l'école de Chalons comme élève d'artillerie; et, après avoir été nommé lieutenant en 1792, il émigra et passa plusieurs mois en Allemagne. Revenu à l'école de Chalons, il fut dénoncé comme royaliste et fut très-près d'être arrêté comme émigré. Sorti de ce mauvais pas , il devint aide de camp du général Lespinasse et fit en cette qualité les premières

campagnes de la Révolution. Ce fut par son ancien camarade Marmont qu'il devint aide de camp de Bonaparte en 1796. 11 se rendit alors en Italie avec ce général , se distingua au passage de l'Isonzo en 1 797, accompagna Napoléon en Egypte et fut blessé d'un éclat de bombe au siège de Saint-Jean d'Acre. Il fut du petit nombre des amis dévoués que Bonaparte ramena en France avec lui. Dès que ce général se fut emparé du pouvoir par la révolution du \ 8 brumaire , il confia à Duroc les missions les plus importantes et l'envoya successivement à la cour de Berlin , à celles de Stockholm , de Vienne et de Saint-Pétersbourg, dans les circonstances les plus délicates. Ce favori s'acquitta toujours au gré de son maître de ces missions difficiles. Celui-ci eut toujours en lui une entière confiance ; il le combla de bienfaits et voulut l'avoir toujours auprès de sa personne. Pendant toute la durée de sa puissance, à Paris et dans ses voyages, c'est toujours à Duroc que furent confiés les soins nombreux regardés comme nécessaires à la sûreté de la personne impériale : spectacles , promenades , valets , cuisine , tout dans l'intérieur était soumis à sa surveillance et à son inspection. D'un caractère froid, discret et réservé, personne n'était plus propre que lui à de pareils détails. Dépourvu de toute énergie, il ne pouvait être qu'un instrument passif, et il ne prit jamais l'initiative du mal; mais naturellement dur

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