LIVRE TROISIÈME
» M. le maréchal gouverneur a pris la parole en ces termes :
« Messieurs,
m Le drapeau qui est devant vous est celui qui » flottait sur le fort de Fautahuha lorsque cette » position fut attaquée et emportée par nos braves » soldats de l'Océanie.
» Ce drapeau a été pris par le chef tahitien » Tarùrù, qui est venu visiter la France et qu'une » maladie subite et grave a empêché d'accompagner » ici son gouverneur général, M. l'amiral Bruat.
» Ce drapeau m'a été envoyé par le Roi pour w qu'il fût réuni aux nombreux trophées placés » sous notre garde et dont la présence ici est des- » tinée à perpétuer les souvenirs de la gloire de » nos armes.
» J'ai été chargé de remettre en même temps au » brave indigène de l'Océanie et à M. Boutet, com- » mis de marine , qui s'est distingué dans ces expert dit ions, la décoration de la Légion d'honneur » que le Roi leur a accordée en récompense de la » valeur qu'ils ont montrée dans ces circonstances.
» Le chef tahitien n'ayant pu se rendre ici, je » vais procéder à la réception de M. Boutet.
» Vous jurez fidélité au roi des Français , obéis- » sance à la charte constitutionnelle et aux lois du » royaume?
. » D'après votre serment et en vertu des pouvoirs » que nous avons reçus, nous vous faisons chevalier » de la Légion d'honneur et nous vous en remet- » tons les insignes au nom du Roi.
» Colonel Gérard , prenez ce drapeau et faites-le » placer comme il convient d'après les ordres de » Sa Majesté. »
M. Souhait, capitaine d'artillerie retraité, fit un don anonyme de 6,000 francs, avec affectation et par portions égales aux aveugles de l'Hôtel et de sa succursale.
Mais par décision du 17 janvier 1848, l'autorité supérieure, sur la demande du conseil d'administration, décida qu'une haute paye d'un franc par mois, en sus de la solde des menus besoins, serait allouée jusqu'à l'entier épuisement du capital nonseulement aux aveugles présents à l'Hôtel, mais encore à ceux qui y seraient admis ultérieurement. Grande fut alors l'irritation des aveugles présents, dont quatre-vingt-cinq sur cent dix-sept refusèrent obstinément d'accepter le changement de mode de payement de la donation faite en leur faveur.
De 1848 à 1862.
Le 26 février 1 848, la République fut proclamée.
Les pensionnaires de l'Hôtel n'y avaient contribué en aucune façon; ils la subirent comme ils avaient subi et accepté la révolution de 1 830.
Le nouveau gouvernement témoigna tout d'abord une vive sollicitude pour les débris des armées de la Révolution et de l'Empire, ainsi que pour les jeunes mutilés de nos guerres d'Afrique.
Le 28, le maréchal Molitor, gouverneur, retenu déjà depuis quelque temps dans ses appartements par la cruelle maladie qui devait un peu plus tard le ravir à la patrie, adressa au ministre de la guerre la lettre dont copie suit :
« Monsieur le Ministre,
» Une décision ministérielle du 21 août 1822 assigne dans l'armée le premier rang aux invalides,
comme se composant de militaires de toutes armes et à raison aussi de l'âge, des blessures, des longs et honorables services qui constituent leurs titres et leur admission dans cette institution nationale.
)> D'un autre côté , les vétérans de nos anciennes armées républicaines et impériales étant encore en très-grande majorité à l'hôtel des Invalides, il est donc naturel que des hommes qui ont consacré leur existence au service de la patrie ne puissent rester indifférents en face des grands événements politiques qui se déroulent devant eux et qu'ils soient désireux d'apporter au gouvernement nouveau leur franche et sincère adhésion.
» Organe des sensations des débris de notre gloire nationale, je viens, Monsieur le Ministre, vous exprimer les vœux que nous formons pour l'union de tous les bons citoyens, aujourd'hui le premier intérêt de notre patrie , pour le développement le plus avantageux des nouvelles institutions que le peuple vient de se donner, et enfin pour l'accroissement des grandes destinées de cette glorieuse France que nous avons contribué à élever si haut dans l'estime des peuples. »
Le ministre répondit aussitôt :
« Monsieur le Maréchal,
» Je savais que les glorieux vétérans de nos armées seraient des premiers à saluer l'avènement