‹ Les InvalidesChapitre 197 sur 322 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

du gouvernement républicain, et je vous remercie de vous être fait leur organe en vous associant à leurs sentiments.

» La patrie tiendra à honneur de maintenir à la tête de ses défenseurs, en les leur donnant pour modèles, les héroïques débris de nos anciennes phalanges; aucun passé n'est comparable, et les enfants du peuple victorieux viennent de montrer au monde qu'ils sont dignes de tels pères. »

La révolution n'apporta donc de changement ni dans le personnel, ni dans le régime intérieur de l'établissement, pas même pendant ces jours de manifestations et d'agitations populaires; mais, le 23 mars suivant, la tranquillité fut tout à coup troublée : une centaine de sujets incorrigibles auxquels s'étaient joints bon nombre des aveugles de l'Hôtel, près desquels les premiers avaient tout fait pour les amener à grossir leur bande, se mutinèrent sérieusement et, sourds à la voix de leur général, s'empressèrent, profitant du moment où officiers, sous-officiers et soldats se réunissaient dans les réfectoires pour y prendre leur repas du soir, de sortir de l'établissement en désordre , criant à qui voulait l'entendre qu'ils allaient faire leur adhésion au nouveau gouvernement et en même temps, ajoutaient les aveugles, porter à sa connaissance les abus dont ils se disaient les victimes.

Nous ignorons comment les accueillit le gouvernement provisoire; toujours est-il qu'au lieu de rentrer paisiblement à l'Hôtel, comme probablement ils y avaient été engagés, ils se dirigèrent vers le campement des ouvriers réunis au Champ de Mars, où il ne leur fut pas difficile de s'adjoindre le millier de citoyens qu'ils jugeaient devoir leur être nécessaire pour la mise à exécution de leur odieuse et criminelle entreprise : l'enlèvement du vénérable général Petit de l'Hôtel. Les quelques militaires invalides qui se présentèrent pour accompagner leur général et le défendre au besoin furent inhumainement renvoyés.

Où conduisirent- ils le général? Sans doute à l'état-major général de la garde nationale, car le lendemain il fut ramené à l'Hôtel par le général Gourtais, commandant en chef cette garde citoyenne, et son chef d'état-major, le colonel Guinard.

Grande fut la joie des invalides !

Le général Petit à peine de retour, l'ordre du jour suivant fut lu aux divisions rassemblées dans la cour d'honneur :

« Invalides,

» Nous avons éprouvé un grand malheur, j'en ai été vivement affligé, mais je veux m'en consoler en reprenant mes occupations ordinaires : je conti-

nuerai à vous donner mes soins et à veiller à tous vos besoins.

» Comment quelques invalides ont-ils pu croire que jamais j'aie eu la pensée de détourner le don de 6,000 francs fait aux aveugles de deux établissements par un anonyme, moi qui ai traversé nos temps de gloire sans m'occuper de ma fortune, et qui ai refusé en 1815 un don d'argent de l'empereur Napoléon, pensant alors comme aujourd'hui aux besoins de la patrie ?

» Comment a-t-on pu faire courir le bruit que j'avais traîné dans la boue le drapeau tricolore , moi qui n'ai jamais combattu que sous ses nobles couleurs et qui ai si religieusement conservé le drapeau des grenadiers de la garde impériale, qui me fut remis de la part de l'Empereur par le général Drouot ?

» Faisons donc cesser les bruits mensongers, rentrons donc dans l'ordre accoutumé. Invalides, ayez confiance dans mes sentiments pour vous que rien ne peut affaiblir; n'ai-je pas longtemps partagé vos fatigues, vos dangers et peut-être votre gloire? Et aujourd'hui , affaibli par l'âge , n'ai-je pas en partage une grande partie de vos infirmités? Et croyez-le bien , ce n'est pas à soixante-seize ans qu'on dévie du sentier de l'honneur. Tout ce qui vous est dû vous est continuellement accordé; reposez-vous donc pour ce soin sur le zèle éclairé

et la sollicitude de M. le maréchal gouverneur, et soyez assurés que le gouvernement lui-même a constamment les yeux ouverts sur tout ce qui se passe à l'Hôtel, ce qui sera prouvé d'ailleurs par les deux enquêtes qui vont avoir lieu.

» Signé : G1 Petit. »

Tous les auteurs qui ont écrit spécialement sur l'institution et sur l'hôtel des Invalides, tous ceux qui, incidemment, ont été amenés à en parler dans leurs ouvrages, se sont montrés, pour cet établissement et pour les vieux soldats qu'il abrite, pleins de sympathie et de respect. Un seul, dans ces derniers temps, s'est affranchi de cette règle de justice et de convenance. A propos du fait que nous venons de relater, fait regrettable sans doute, mais d'une importance bien moindre que celle qu'on lui a donnée, l'auteur de la Révolution de 1848 (édit. de 1 852), mal renseigné sans doute, a écrit dans cette histoire de la révolution de février plusieurs pages offensantes et injurieuses pour les invalides et pour l'armée dont ils sont les anciens, aimés et respectés.

Quelle différence de langage avec celui tenu quelques années auparavant par un honorable citoyen qui, à propos d'une perte irréparable faite dans le personnel de l'Hôtel, s'exprimait ainsi :

« Soldats, officiers, généraux, qui depuis Yalmy

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