LIVRE DEUXIÈME
Le comité fit beaucoup d'instances auprès de M. de Sombreuil pour le faire entrer dans son sein; mais il déclina cet honneur, en alléguant qu'il ne pouvait se concilier avec ses fonctions.
Ce fut donc ce général que les états généraux trouvèrent à la tête des Invalides.
Il ne nous appartient pas de raconter les événements qui ont précédé ou suivi la prise de la Bastille. Nos recherches dans les archives ont été vaines à ce sujet; elles ne nous ont fourni aucun document sur ce triste épisode; une seule note, sans caractère officiel, est tombée dans nos mains; la voici in ecfitenso :
« Le 14 juillet la population envahit l'hôtel des Invalides. Il y avait à la boulangerie des soldats d'artillerie cinq caissons, qu'ils avaient placés, quatre sur le devant et deux sur le derrière du côté du dôme; ces canons et ceux de la batterie furent enlevés.
» M. de Sombreuil se porta à la grille avant qu'elle fût forcée; mais on était déjà entré par les fossés, et on arriva dans l'intérieur avec d'autant plus de facilité que les grilles des petits escaliers se trouvaient ouvertes.
» M. de Sombreuil ayant donné, par signe, l'ordre qu'on ouvrît la grande grille , la foule se précipita dans l'intérieur; un d'entre eux porta la pointe de son épée sur la poitrine de M. de Sombreuil,
mais cette démonstration n'eut point de suite, et le gouverneur put rentrer chez lui.
» Ils emportèrent à bras tous les fusils et autres armes qu'ils trouvèrent facilement sans qu'on leur indiquât le lieu du dépôt.
» On dit que plusieurs les vendaient comptant et revenaient à la charge. »
Vers la tin du mois le Roi nomma MM. de Gouvernet, lieutenant général; Fargus et Plantade, maréchaux de camp, pour chercher, de concert avec le secrétaire d'État de la guerre, et proposer les moyens de rétablir le niveau entre les recettes et les dépenses de l'Hôtel.
Dans les premiers jours de juillet 1790, l'établissement dut loger une certaine quantité d' officiers, sous-officiers et soldats de troupes de ligne et de gardes nationaux des provinces, appelés à Paris pour prêter serment au champ de la fédération du 14 juillet.
Peu après, un ordre du jour de M. de Latour- Dupin, ministre de la guerre, enjoignit à tous les officiers, sous-officiers et soldats, et à tous les employés de l'Hôtel, de se rendre par détachements de trois à quatre cents hommes au lieu de l'assemblée du district des Jacobins, pour y prêter le serment civique dans la même forme et sans plus d'appareil que les autres citoyens.