LIVRE QUATRIEME
Dans le sanctuaire était placé M. le président de la République, ayant derrière lui ses aides de camp et officiers d'ordonnance; Mgr l'archevêque de Paris et Mgr l'évêque de Langres, entourés du clergé de l'église, et M. le général de division Petit, commandant l'Hôtel, ayant à côté de lui M. Lajard, intendant militaire des Invalides.
Toutes les tribunes étaient garnies de dames en deuil .
M. l'abbé Sibour, vicaire général de Paris, qui a assisté le maréchal pendant le cours de sa cruelle maladie, officiait. La messe, chantée en simple faux-bourdon, a été suivie de l'absoute. M. le président de la République ne s'est retiré qu'après avoir jeté de l'eau bénite sur le cercueil, ainsi que l'ont fait après lui les ministres, les membres du corps diplomatique , les maréchaux de France , officiers généraux et un grand nombre de fonctionnaires.
Après l'absoute , le corps a été placé sur un corbillard richement décoré de trophées d'armes et d'insignes militaires, attelé de six chevaux caparaçonnés d'étoffe noire lamée d'argent, comme le cheval de bataille du maréchal qui suivait derrière tenu en laisse , et a été ainsi conduit , accompagné de tout le cortège , vers l'esplanade , à l'extérieur de la grille. La sortie du corps et le défilé des troupes ont été annoncés par une salve de treize
coups de canon. Deux salves semblables avaient déjà été tirées, l'une au commencement de la cérémonie, l'autre pendant l'absoute. Toutes les troupes qui se trouvaient réunies à proximité, au nombre de près de trente mille hommes, infanterie, cavalerie et artillerie, ont défilé devant, le char contenant les restes du maréchal et dans le plus grand ordre, sous le commandement du général Dulac, commandant de la place de Paris. Ce défilé, qui a eu lieu pour chaque régiment, tambours et musique en tète, avec les drapeaux voilés de noir, étant terminé à une heure après midi, le char a été ramené par la cour d'honneur devant la porte de l'église, au-dessous de la statue du grand Empereur. Là, le cortège s'étant arrêté, M. Mole a prononcé, au milieu d'un silence religieux, le discours suivant :
a Messieurs,
» La religion seule peut-être devrait, dans ce saint lieu , se rendre l'interprète de la douleur publique. Elle y garde les cendres du grand homme qui, après avoir vaincu l'Europe coalisée contre la France, revint la délivrer de l'anarchie. Le maréchal Bugeaud d'Isly avait commencé dans les armées de Napoléon sa carrière; il s'était formé à son école. Il appartenait à cette génération enthousiaste de la gloire de nos armes et pleine d'horreur pour ces