‹ Les InvalidesChapitre 217 sur 322 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

sinistres armées qui avaient épouvanté sa jeunesse et pesé sur son berceau. Né guerrier, doué de ce merveilleux instinct qui fait les plus grands capitaines, il avait aussi toutes les aptitudes de l'homme politique et surtout ce courage , ces vertus civiques qui l'ont rendu le défenseur le plus puissant et le plus habile de la cause de l'ordre , de la civilisation et de la liberté. Je laisserai l'un de ses dignes compagnons d'armes , l'un de ceux dont je l'ai entendu si souvent mêler le nom à ses récits, vous parler de cette Afrique , théâtre immortel de ses exploits.

» Mais qu'il me soit permis, à moi qu'une communauté de sentiments, de devoirs et d'efforts a rapproché du maréchal Bugeaud depuis vingt ans, de révéler en peu de mots l'homme lui-même, pour ainsi dire tout ce qu'apprend la pratique d'une longue amitié. Je ne le ferai pas sans redoubler les regrets de ceux qui m'écoutent. Non, ils ne savent pas encore tout ce qu'ils ont perdu , tout ce que l'impitoyable mort vient d'enlever à la patrie; la Providence avait réuni dans celui que nous pleurons tout ce qui pouvait nous le rendre plus cher et plus précieux. Aimé du pauvre et du soldat, la bonté de son cœur égalait la fermeté de son âme. Esprit vigoureux et flexible , naïf et droit , ne ressemblant qu'à lui-même, quoique applicable à tout; laboureur et soldat, les intelligences les plus hautes se sentaient captivées par ses entretiens. Le dévoue-

ment à la patrie a dominé toute sa vie, il était le mobile de toutes ses actions; ni l'intrigue ni l'esprit de parti n'avaient d'accès dans cette âme honnête , simple et forte. Pour lui , la patrie c'était la France, le sol qui l'avait vu naître, non une forme politique, ni une idée dont la poursuite peut servir de thème ou de moyen à son ambition. Ne l'avons-nous pas vu dernièrement encore, dans une circonstance récente, prouver qu'aucun sacrifice ne lui coûtait quand il s'agissait de servir le pays?

» Il est mort au moment où devaient se vérifier des paroles prophétiques qu'il m'adressait il y a peu de temps.

« Les factieux, me disait-il, ne connaissent pas » nos soldats, jamais ils ne parviendront à les per- » vertir. L'armée sauvera la France! »

» Illustre guerrier, grand citoyen, excellent homme, votre fin toute chrétienne a été la sanction naturelle de votre vie. Recevez ce faible hommage d'une voix qui vous fut connue , d'un cœur qui ne vous oubliera pas, d'un Français inconsolable pour sa patrie du vide que vous laissez parmi ses défenseurs. »

Immédiatement après ce discours, M. le général de division Bedeau, représentant à l'Assemblée législative , a pris la parole au nom de l'armée et s'est exprimé en ces termes :

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