‹ Les InvalidesChapitre 221 sur 322 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

vait être la dernière demeure de celui que la mort, par un coup imprévu, vient d'enlever à sa famille, à sa patrie. Aussi , justes appréciateurs de ses services, les chefs de L'État, sensibles aux vœux de l'armée et de la France entière, ont-ils voulu qu'il reposât au milieu des guerriers qu'il a constamment suivis et toujours égalés dans la carrière de la gloire. Les drapeaux suspendus à cette voûte disent à qui les considère quelles ont été ses nobles fatigues et ses glorieux succès. C'est à l'héroïsme de sa conduite qu'il a été redevable des éloges qu'ont aimé à lui donner les vrais juges du mérite militaire, ses compagnons d'armes, les Masséna , les Kléber, les Moreau, les Macdonald, dont il était le rival et l'ami. Sûrement il est ici quelques-uns des braves qui l'ont vu, de mille combats noblement soutenus en cent contrées diverses, sortir toujours vainqueur. Témoins de son courage, admirateurs de ses triomphes et fiers de les avoir partagés, ils applaudissent à l'hommage que lui rendent en ce jour et l'Etat et l'Église. Des témoignages de reconnaissance, voilà ce que lui doit la patrie; des prières, voilà ce que lui doivent les ministres d'un Dieu de paix, afin que, admis aujourd'hui dans le séjour des héros, il le soit bientôt dans celui des élus. C'est de vous, pasteur vénéré, et de vos pieux collaborateurs qu'il attend ce bonheur ; son avenir est désormais en vos mains. Puisse-t-il, heureux de vos sacrifices et de

vos vœux, obtenir auprès du Dieu des miséricordes la place que vont solliciter pour lui votre intérêt et votre piété. »

M. le curé des Invalides a répondu :

« Monsieur le curé,

» Nous avons reçu autrefois à la porte de cette église l'illustre maréchal Molitor comme notre gouverneur. Nous avons appris à le vénérer pendant sa vie, et nous recevons aujourd'hui sa dépouille mortelle avec le respect dû à ses éminentes vertus, aussi bien qu'à son éminente dignité. La Hollande, la Suisse et l'Espagne connurent sa justice dans le maniement des affaires, comme sa valeur dans les combats et sa capacité dans le commandement des armées.

» L'hôtel des Invalides a connu l'élévation de son esprit, la bonté de son cœur et les sentiments religieux de son âme vraiment chrétienne.

» C'est donc avec un juste empressement et une pieuse reconnaissance que l'autorité militaire et le clergé de cette paroisse rendront les devoirs funèbres au grand chancelier de la Légion d'honneur, bien digne de reposer ici à côté des autres illustrations confiées à la garde de notre religion et de notre patriotisme. »

Après quoi, le cercueil contenant la dépouille

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