LIVRE QUATRIÈME
Après ce défilé, le char funèbre a été ramené par la cour d'honneur devant la porte de l'église ; alors le cortège s'est arrêté. Le général de division Fabvier, représentant à l'Assemblée nationale législative, a prononcé d'une voix émue le discours rapporté ci-après :
« Messieurs,
» Dépourvu du don précieux de l'éloquence, j'aurais laissé à d'autres plus capables le soin d'honorer dignement la mémoire du maréchal Molitor et me serais contenté de suivre triste et silencieux des restes qui me sont si chers.
» Mais le désir d'une famille illustre est un ordre pour moi. L'orgueil natal m'enhardit d'ailleurs à parler au nom de ces belles vallées de la Meurthe et de la Moselle qui enfantent et nourrissent si volontiers des soldats intrépides et d'inébranlables patriotes. Je comprimerai donc, si je le puis, pour quelques instants, une douleur égale à ma reconnaissance pour tant de bontés et, j'ose le dire, d'affection dont m'honorait depuis quarante-deux ans cet homme que la tombe va recevoir.
» C'est un usage pieux et salutaire, messieurs, que celui de louer en public ceux qui ont bien servi la patrie. C'est un usage pieux, car nous devons d'abord remercier la Providence qui envoie de tels hommes pour la défense, l'ornement et la gloire de
la France ; salutaire , car le récit de tamt de hauts faits, le tableau d'une vie pure et consacrée sans relâche à l'exercice de toutes les vertus ne peuvent inspirer à ceux qui survivent que des sentiments nobles et généreux; et quel plus bel hommage à rendre à ceux qui ne sont plus que d'aimer ce qu'ils ont aimé avec passion, que de servir ce qu'ils ont si bien servi ? la patrie!
» Molitor, maréchal de France, grand-croix de la Légion d'honneur, grand chancelier de cette sage et magnifique institution, décoré par bien des rois, décoré surtout des hommages de respect et de reconnaissance qu'inspiraient ses vertus, son désintéressement , surtout dans toutes les contrées où il a porté ses pas victorieux, Molitor est né à Hayange, département de la Moselle. Fils d'un ancien militaire qui donna tous ses soins à son éducation , il finissait ses études lorsque la révolution éclata. A l'aspect de l'agression étrangère, son jeune et noble cœur bondit, et le même jour vit Molitor volontaire et capitaine au 4e bataillon de la Moselle.
» Je ne suivrai pas Molitor d'exploits en exploits, de succès en succès, grandissant chaque jour sous les yeux de ses illustres chefs, Custine, Hoche, Kléber, .lourdan, etc., et partageant leur gloire. C'est en Suisse que, général de brigade, il commence en 1709 à s'élancer dans l'histoire. Entouré