‹ Les InvalidesChapitre 224 sur 322 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

de deux armées autrichiennes et de l'armée russe , il soutient pendant huit jours les combats les plus acharnés , bat Souvarov en personne , rejette cette armée quintuple hors de la vallée de Glaris, et couvre ainsi l'enfant chéri de la victoire, qui pendant ce temps sauvait la France à Zurich; Masséna, Masséna lui-même, messieurs, lui témoigne la reconnaissance de la patrie, la sienne propre.

» En 1800 il passe le Rhin, sous Moreau, bat les Autrichiens à Stokach et à Maeskirch et, avec sa seule division de cinq mille hommes, s'empare du Tyrol et des Grisons défendus par vingt-cinq mille ; enlève enfin la position de Feldkirch et communique avec l'armée d'Italie.

» Nommé général de division en 1800, par le Premier Consul, puis à la paix gouverneur de la 7e division militaire, il imprime à toutes ces contrées agitées l'esprit d'ordre qui chez lui accompagnait la valeur.

» En 1805, à Caldiero, sa division repoussa avec succès le choc de toute l'aile droite de l'archiduc Charles.

» A la paix de Presbourg, nommé gouverneur général de la Dalmatie, il obtient soudain la confiance et la soumission de cette contrée en y introduisant cette administration pure et bienfaisante que peu après le général Marmont vint perfectionner et étendre sur toute l'Illyrie, et qui excita chez ces

peuples à demi sauvages l'aiîection et la reconnaissance qu'ils conservent encore pour ces deux chefs et pour notre année.

» Si j'ai passé rapidement sur bien des hauts faits d'armes, permettez-moi, messieurs, quelques détails sur une action d'autant plus belle qu'on y voit la vertu du citoyen l'emporter encore sur celle du guerrier.

» Lauriston, chargé d'occuper l'Albanie vénitienne, se présente devant Cattaro avec un faible corps et sur la foi des traités ; l'amiral russe Siniavin, qui l'avait devancé, marche sur lui avec quatre mille Russes et dix mille Monténégrins. Lauriston se replie et s'enferme dans Raguse, ville située au pied du mont San-Sergïo. Sa perte était certaine. Molitor l'apprend; sans hésiter, sans calculer que pendant son absence des populations frémissantes encore au souvenir de Venise peuvent lui oter tout espoir de retraite et lui arracher une province que son devoir est de conserver, il part avec deux mille hommes, fait quatre-vingts lieues par les sentiers les plus après, il viole le territoire turc; peu lui importe son devoir régulier, peu lui importe le droit des gens : il a des Français à sauver. Arrivé sur les derrières des ennemis, il emporte leur position, les précipite dans le port de Gravosa, où leur flotte les recueille, et parait sur le San-Sergio, armé de l'aigle impériale, comme un ange sauveur.

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