LIVRE QUATRIÈME
Plus tard, pendant la retraite, le général d'Ornano reprit un convoi important qui était tombé entre les mains de l'ennemi.
Le maréchal Ney en rendit compte à l'Empereur et dit dans son rapport que la cavalerie du comte d'Ornano lui avait rendu de grands services.
Le général d'Ornano se signala à la bataille de Malojaroslawitz en soutenant avec fermeté le choc de l'ennemi. Cette bataille peut être considérée comme l'un des plus beaux épisodes de la campagne de 1812. Les troupes du 4e corps, qui donnèrent dans cette journée, formaient à peine dix-sept mille hommes. L'armée russe en avait plus de quatre-vingt mille engagés ; elle eut huit à dix mille hommes hors de combat. Les Français en comptèrent quatre mille.
L'Empereur, parcourant le lendemain le champ de bataille, marqua quelque étonnement de l'acharnement avec lequel on avait combattu, et dit au vice-roi et au comte d'Ornano « que l'honneur de la journée leur appartenait tout entier » .
Le général d'Ornano fut blessé à la bataille de Krasnoë par un boulet qui le renversa de cheval, et fut laissé pour mort sur le champ de bataille.
Le vice-roi ordonna à son aide de camp, M. de Tascher de la Pagerie (mort récemment grand maître de la maison de l'Impératrice), de faire enterrer son corps sous la neige. Le général était déjà à moitié déshabillé, lorsque M. Delaberge, son aide de camp,
déclara qu'il ne voulait pas laisser en Russie le corps de son général et le mit en travers sur son propre cheval. Un boulet, au même instant, tua le cheval sans toucher ni le général ni l'aide de camp. Plusieurs soldats prirent le corps du général et le placèrent sur une charrette de cantinière. Il arriva ainsi au quartier général de l'Empereur au moment de son départ. Le vice-roi lui avait déjà annoncé la mort du comte d'OrnaDO, et, lorsqu'on apporta la nouvelle que le général respirait encore, le prince Eugène ne voulut pas le croire , disant qu'il l'avait lui-même vu enterrer.
La satisfaction de l'Empereur fut grande, et il donna ordre aussitôt de placer le blessé dans la dernière voiture qui lui restait. Ce fut ainsi à la généreuse sollicitude de Napoléon et à l'attachement de son aide de camp que le général dut l'existence.
A sa rentrée en France, le comte d'Ornano fut nommé colonel des dragons de la garde impériale , commandement qui ne se donnait alors qu'à un général de division. Il reçut également à cette époque le grand cordon de l'ordre impérial de la Réunion.
Le général d'Ornano fit la campagne de 1 81 3 à la tête de la première division de cavalerie de la garde. Il se signala à la bataille de Dresde, et son commandement fut augmenté à Bautzcn de la division de cavalerie du général Waltlier, également de la garde < Il y combattit vaillamment avec ces
deux belles divisions d'élite, participa honorablement à la bataille de Leipzig, arriva avec sa cavalerie à Hanau, dont les Bavarois avaient pris possession avant nous, et contribua au succès de cette journée.
Le 24 janvier \ 81 4 le comte d'Ornano fui chargé du commandement en chef de toutes les troupes de la garde impériale concentrées à Paris (infanterie, cavalerie et artillerie), avec lesquelles il prit une part active à la défense de la capitale. Il avait, par les ordres de l'Empereur, organisé une véritable armée de réserve qui devait s'élever au chiffre de quarante mille hommes.
Il rejoignit l'Empereur à Fontainebleau au moment où il réorganisait l'armée.
Désigné pour commander trois divisions de la cavalerie de la garde, le comte d'Ornano fut du petit nombre des fidèles qui reçurent les derniers adieux de Napoléon ; aussi figure-t-il dans le tableau devenu populaire, d'Horace Vernet, qui retrace cette pénible séparation.
Pendant les Cent- Jours, une douloureuse blessure l'empêcha d'assister à la bataille de Waterloo.
Le général d'Ornano fut arrêté le 20 novembre 1 8 1 5 et conduit à l'Abbaye lors du procès du maréchal Ney; mais il fut mis en liberté peu de temps après et se retira en Belgique. Il ne rentra en France qu'à la fin de 1817.
Nommé en 1828 inspecteur général de cavalerie, et en 1829 président du jury d'admission pour l'école de Saint -Cyr, le général d'Ornano reçut à cette époque le cordon rouge de Tordre royal et militaire de Saint-Louis.
Commandant la 4e division militaire en 1830, il devint pair de France 1^1 1 octobre 1832.
Nommé après la révolution de 1848 commandant de la IIe division militaire, dont le chef-lieu était Nantes, il n'accepta pas ce poste et rentra volontairement dans la vie privée.'
Les électeurs du département d'Indre-et-Loire, ses compatriotes d'adoption, s'empressèrent de l'élire leur représentant aux Assemblées constituante et législative.
Le général d'Ornano fut élevé à la dignité de sénateur le 26 janvier 1 832 et, bientôt après, grand chancelier de la Légion d'honneur.
Il quitta les hautes fonctions de grand chancelier pour remplir le poste éminent de gouverneur de l'hôtel impérial des Invalides, auquel l'Empereur l'appela en mars 1853.
Il fut rétabli à la même époque sur le cadre d'activité de l'armée, pour y être maintenu définitivement comme ayant commandé en chef : il y prit le numéro un.
Le comte d'Ornano fut aussi choisi par Napo-' léon III pour présider la commission chargée de