LIVRE QUATRIÈME
Le comte Philippe d'Ornano, qui devait devenir un jour le troisième maréchal de son nom , entra au service à l'âge de seize ans, comme sous-lieutenant au 9e régiment de dragons. Il fit la campagne de Marengo dans la division Desaix et prit part à l'expédition de Saint-Domingue en qualité d'aide de camp du général Leclerc. Il eut la douleur de rapporter en France le corps de ce brave général.
Le Premier Consul le plaça alors à l'état-major de Berthier, bientôt après promu maréchal d'PJmpire.
Il ne quitta ce chef expérimenté que pour recevoir le commandement du bataillon des chasseurs corses, à la tête duquel il s'empara à Austerlitz de plusieurs pièces de canon. Il reçut pour ce fait d'armes la croix d'officier de la Légion d'honneur sur le champ de bataille. Dans les campagnes suivantes, il ne se distingua pas moins par sa bravoure et fut nommé colonel du 25e régiment de dragons après la bataille d'Iéna. Il guida ce beau régiment en Prusse , en Pologne , en Espagne , en Portugal , et fut cité avec honneur dans les rapports du maréchal Ney et des autres généraux en chef.
Le 26 juin 1809 il força le passage de la Navia, défendu avec vigueur par une partie de l'armée anglo-espagnole. Au combat d'Alba de Tonnes, il enleva quatre pièces d'artillerie. Il se distingua particulièrement à la bataille de Fuentes de Onoro, où il fut nommé général de brigade. Il quitta ensuite
l'Espagne et se rendit auprès de l'Empereur, au moment où le grand capitaine allait entreprendre la guerre de Russie. Dès le début de cette guerre, le comte d'Ornano, chargé du commandement d'une brigade d'avant-garde, fut cité avec les plus grands éloges dans le bulletin du combat d'Ostrowno. Il passa le Niémen, se trouva à Mohilow et fut nommé général de division cinq jours avant la bataille de la Moskowa, où il commandait toute la cavalerie du 4e corps, forte de sept régiments. Dans celte journée il fit preuve d'autant d'intrépidité que de présence d'esprit. Au moment où la cavalerie de la garde italienne se disposait à charger, un corps très-nombreux de cavalerie russe, débouchant par Lacharisi et Narvaé-Silo, tourna le bois où s'appuyait le corps de cavalerie du comte d'Ornano, l'attaqua et le força à se replier en bon ordre derrière le ruisseau de Borodino. Le prince vice-roi, placé au milieu du 84e régiment de ligne, se disposait à le faire mouvoir, lorsque sa garde formée en carré arriva devant la cavalerie ennemie et l'arrêta court. Alors, celle du comte d'Ornano, profitant du moment, chargea vigoureusement les Russes à son tour, les renversa et força toute la cavalerie de l'hetman Platow, forte de dix mille chevaux, à repasser la Kologha. Ce brillant fait d'armes dégagea l'aile gauche de l'armée française et eut les plus heureux résultats.