LIVRE DEUXIÈME
juges, il répondit avec fierté en montrant les blessures qu'il avait reçues :
« Citoyens, je n'ai pas besoin de vous dire ce que j'ai fait pour la République; ces honorables cicatrices parlent assez haut pour moi. On m'accuse d'avoir voulu déconsidérer le pouvoir législatif et d'avoir cherché à égarer l'armée. A ces accusations je n'ai qu'une chose à répondre : mon sang a coulé pour l'indépendance nationale. Quant à la pétition des invalides, elle n'est que l'exposé de griefs trop réels. »
Malgré la fermeté de son attitude et de son langage, ses juges, un moment émus, ne purent s'empêcher de le condamner, tant étaient violents les termes de cet écrit. Il dut se rendre en prison, d'où il ne sortit qu'à l'avènement du Premier Consul.
Le général Adrien Brice de Montisnv était alors commandant de l'Hôtel, sa nomination datait du 30 brumaire an V.
Ce général ne fit que passer à l'Hôtel; appelé à commander la 6e division militaire, il quitta les Invalides sans avoir eu le temps de s'occuper de leur nouvelle organisation.
Il fut remplacé par le général de division Berruyer, qui, couvert de blessures, portait un nom honorable et respecté. Comme Brice de Montigny, il avait débuté dans la carrière en qualité de simple soldat,
Il fut installé dans son nouveau poste le 11 septembre 1797.
Sous le général Berruyer, l'Hôtel ne tarda pas à sortir de l'anarchie. Aussi les directeurs de la République jugèrent-ils à propos de donner aux invalides la plus haute marque de distinction.
Le Ier vendémiaire an VI (22 septembre -1 797), pour la célébration de la fondation de la République, le Directoire se rendit à l'Hôtel national.
L'église et la chapelle du dôme n'avaient plus l'aspect de temple de la prière; tout ce qui pouvait rappeler Dieu et le Roi, étant des objets d'horreur pour les démolisseurs de 93 , avait été renversé.
Peintures, sculptures, tout avait été détruit.
Des invocations à la patrie remplaçaient les chants religieux qui naguère faisaient retentir ces voûtes dédiées à l'Éternel.
Le président, la Réveillère-Lepaux, prit ensuite la parole :
« Militaires invalides et anciens de l'armée, dit-il, les premiers représentants de la République vous ont donné rendez-vous dans ce temple de Mars, pour honorer en vos personnes le courage guerrier, le patriotisme et toutes les vertus civiques. Qu'y a-t-il de plus propre, en effet, à entretenir le feu sacré du patriotisme, que le souvenir des victoires? c'est d'attirer la vénération publique sur des infirmités et des blessures dues au dévouement le plus gêné-