LIVRE DEUXIÈME
blessures privent de combattre encore se maintiendra d'âge en âge, et nos derniers neveux viendront avec respect s'y entretenir de ceux qui auront terminé leur carrière au champ de l'honneur.
» C'est sur la tombe de Turenne que le vieillard versera chaque jour des larmes d'admiration, et que le jeune homme viendra éprouver sa vocation pour le métier des armes. Si après avoir embrassé son monument, si après avoir invoqué les mânes de Turenne , il ne se sent rempli d'un saint enthousiasme; si son cœur ne s'agrandit et ne s'épure, s'il ne se passionne pour toutes les vertus héroïques, il devra se dire à lui-même qu'il n'est pas né pour la gloire.
» De nos jours, Turenne eût été le premier à s'élancer dans la carrière qu'ont parcourue nos phalanges républicaines. Ce ne fut point au maintien du système politique alors dominant qu'il consacra ses travaux, qu'il sacrifia sa vie, mais à la défense de son pays, indépendant de tout système. L'amour de la patrie fut son mobile , comme il fut de nos jours celui des Dampierre, des Dugommier, des Marceau , des Joubert , des Desaix , des la Tour d'Auvergne; sa gloire ne doit point être séparée de celle de ces héros républicains, et c'est au nom de la République que ma main doit déposer ces lauriers dans sa tombe. Puisse l'ombre du grand Turenne être sensible à cet acte de la reconnaissance natio-
nale, commandé par un gouvernement qui sait apprécier les vertus!
» Citoyens, n'affaiblissons point l'émotion que vos cœurs éprouvent à l'aspect de cet apprêt funèbre. Des paroles ne sauraient décrire ce qui tombe ici sous vos sens. Qu'aurais-je à dire de Turenne? le voilà lui-même; de ses triomphes? voilà l'épée qui armait son bras victorieux; de sa mort? voilà le fatal boulet qui le ravit à la France, à l'humanité entière. »
Copie du procès verbal de la translation du corps de Turenne au temple de Mars, envoyé au général Berruyer par le ministre de Vintérieur :
Aujourd'hui, cinquième jour complémentaire de l'an VIII de la République (22 septembre 1800), en exécution de l'article 3 de l'arrêté des consuls du 18 fructidor an VIII (5 septembre 1800),
Les citoyens Lucien Bonaparte , ministre de l'intérieur, et Carnot, ministre de la guerre, accompagnés des officiers composant l'état-major de la dix-septième division militaire, de l'état-major de la place, et d'un grand nombre d'officiers de tout grade, escortés par un détachement de cavalerie, se sont transportés au Musée des monuments français, rue des Petits-Augustins, où ils ont été reçus par le citoyen Lenoir, administrateur de cet établissement,