LIVRE DEUXIÈME
clans un village sarmate, y reçoit, comme à sa cour, les ambassadeurs d'Ispahan et de Constantinople , étonnés de se trouver ensemble ; qui réunit dans le même intérêt les sectateurs d'Omar et d'Ali; qui joint d'un lien commun et l'Espagnol et le Batave, et le Bavarois et le Saxon; qui, pour de plus vastes desseins encore , fait concourir les mouvements de l'Asie avec ceux de l'Europe, et qui montre une seconde fois, comme sous l'empire romain, le génie guerrier s'armant de toutes les forces de la civilisation , s'avançant contre les barbares et les forçant de reculer vers les bornes du mon tle.
m Ce n'est point à moi de lever le voile qui couvre le but de ses expéditions lointaines; il me suffît de savoir que le grand homme par qui elles sont dirigées n'est pas moins admirable dans ce qu'il cache que dans ce qu'il laisse voir, et dans ce qu'il médite que dans ce qu'il exécute. Veut -il relever ces antiques barrières qui retenaient aux confins de l'univers policé toutes ces hordes de barbares dont le Nord menaça toujours le Midi? La politique n'a point encore parlé; attendons qu'il s'explique, et remarquons surtout que ce silence est le plus sûr garant de ses intentions pacifiques.
» Il a voulu, il veut encore la paix : il la demanda au moment de vaincre , il la redemanda après avoir vaincu. Quoique tous les champs de bataille qu'il a
parcourus dans trois parties du monde aient été les théâtres constants de sa gloire, il a toujours gémi des désastres de la guerre. C'est parce qu'il en connaît tous les fléaux qu'il a soin de les porter loin de nous. Cette grande vue de son génie militaire est un grand bienfait. Il faut payer la guerre avec les subsides étrangers, pour ne pas trop aggraver les charges nationales; il faut vivre chez l'ennemi pour ne point affamer le peuple qu'on gouverne. La sécurité intérieure est alors le prix de ces fatigues inouïes, de ces privations sans nombre, de ces dangers de tous genres auxquels se dévoue l'héroïsme.
» Comparez à notre situation présente celle des sujets de Frédéric quand, chassé deux fois de sa capitale, malgré ses exploits, il ne pouvait, même après la victoire, défendre l'industrie de ses villes et les moissons de ses campagnes. Telle n'est point notre destinée. Paris, l'Empire entier, reposent dans un calme profond , sous l'autorité de cette même main qui répand la terreur à trois cents lieues de nos frontières. Les lois du chef de l'État nous sont transmises avec sagesse par un représentant digne de les interpréter, habile dans toutes les carrières administratives, orné de toutes les vertus civiles , et qui possède pour nous la première de toutes les qualités; celle de bien connaître l'esprit français, qu'il faut suivre quelquefois pour le