‹ Les InvalidesChapitre 61 sur 322 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

mieux conduire. La confiance du souverain ne pouvait être mieux placée que dans un homme d'Etat dont la parole fut toujours fidèle, et dont l'accueil satisfait tous les cœurs. A ces traits, qui sont faciles à reconnaître, les yeux de cette assemblée se tournent vers vous, Monseigneur, et ses éloges confirment le mien.

» Mais en jouissant de l'intégrité de notre territoire et des bienfaits d'une administration paisible et régulière , songeons par quels travaux ces avantages sont achetés : combien de reconnaissance et d'admiration doit accompagner cette brave armée qui, dans les solitudes de la Pologne, combattit tous les besoins et tous les périls, et qui triompha des saisons comme des hommes ! Quel orateur pourra louer dignement cette garde impériale, dont chaque compagnie vaut un grand corps d'armée, et tous ces soldats enfin dont chacun mérite d'entrer dans cette garde invincible! Quels honneurs décerneronsnous à ces lieutenants du chef suprême , à ces guerriers qui dans toute autre armée auraient le premier rang, et qui dans celle-ci sont plus contents et plus fiers d'occuper à une longue distance la seconde place? Ce n'est point assez de vaincre pour ces invincibles légions, elles veulent encore, avec une magnanimité vraiment française, effacer jusqu'au souvenir des défaites de leurs ancêtres. Après avoir repris dans les arsenaux de l'Autriche

l'armure de François Ier, captif à Pavie, elles ramènent à Paris cette colonne injurieuse qui s'élevait dans les champs de Rosbach, et font ainsi du monument de nos revers un nouveau monument de nos triomphes.

» Quelques-uns des braves vétérans qui m'écoutent ont peut-être vu cette fatale journée où le talent des généraux n'a pas secondé la valeur des soldats. Ils se consoleront de leur défaite en attachant l'épée de leur vainqueur aux voûtes de ce temple. Cette épée reposera sous leur garde à côté du tombeau de Turenne, et quelquefois, la contemplant avec une joie mêlée de respect , ils se diront : u Si elle a vaincu les pères, elle fut conquise par les enfants. » L'aspect de ce trophée fera naître encore de plus graves réflexions sur les causes qui élèvent les trônes ou qui précipitent leur chute. 11 redira sans cesse combien la mort ou la vie d'un seul homme peut ôter ou mettre du poids dans les destinées.

» En effet, rappelons-nous cette époque où le monde étonné voit paraître, à côté des grandes puissances, ces princes de la maison de Brandebourg qui n'étaient pas même inscrits au premier rang des électeurs! Reportons-nous à leur berceau, suivons les progrès de leur fortune, voyons leur monarchie s'accroître et s'affermir sans relâche, et par les armes et par les négociations, et par la vio-

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