LIVRE PREMIER. il
sujets et passent le reste de leurs jours en tranquillité. Considérant aussi que rien n'est plus capable de détourner ceux qui auraient la volonté de porter les armes, d'embrasser cette profession, que de voir la méchante condition où se trouvaient réduits la plupart de ceux qui s'y étaient engagés, et n'ayant point de bien y auraient vieilli ou été estropiés, si l'on n'avait soin de leur subsistance et entretènement; nous avons pris la résolution d'y pourvoir. Et quoique nous ayons ci -devant, à l'exemple des Rois nos prédécesseurs, tâché d'adoucir la mission desdits estropiés, soit en leur accordant des places de religieux lais dans les abbayes et prieurés de notre royaume, qui de tons temps leur ont été affectés , soit en les envoyant , comme nous avions déjà fait, dans nos places frontières, pour y subsister et y être entretenus au moyen de la solde que nous leur avions ordonnée, ainsi qu'aux autres soldats de nos troupes; néanmoins, comme il est arrivé que la plupart desdits soldats préférant la liberté de vaguer à tous ces avantages, après avoir les uns composé et traité desdites places des religieux lais dont ils étaient pourvus, les autres quitté ou déserté lesclites places frontières, sont retombés dans leur première misère; nous aurions jugé à propos, pour apporter remède à ce mal, de recourir à d'autres moyens; et après en avoir fait examiner plusieurs qui nous ont été pro-
posés sur ce sujet, nous n'en avons pas trouvé de meilleur que de faire bâtir et construire, en quelque endroit commode et proche de notre bonne ville de Paris, un Hôtel Royal d'une grandeur et espace capables d'y recevoir et loger tous les officiers et soldats, tant estropiés que vieux et caducs de nos troupes, et d'y affecter un fonds suffisant pour leur subsistance et entretènement. A l'effet de quoi et pour suivre un si précieux et louable dessein, et mettre la dernière main à un ouvrage si utile et si important, nous avons donné nos ordres pour faire bâtir et édifier ledit Hôtel Royal au bout du faubourg Saint-Germain de notre bonne ville de Paris, à la construction duquel on travaille incessamment, au moyen des fonds de deux deniers par livre que, par arrêt de notre conseil d'État du 12 mars 1670, nous avons ordonné aux trésoriers, tant de l'ordinaire que de l'extraordinaire de la guerre et cavalerie légère, de retenir par leurs mains, sur toutes les dépenses généralement qu'ils feront du maniement des deniers de leur charges, pour être de ce fonds de deux deniers pour livre employé tant à la construction dudit Hôtel qu'à le meubler convenablement, de sorte que ledit Hôtel étant déjà fort avancé et presque en état de loger lesdits officiers et soldats estropiés, vieux et caducs, il ne reste plus qu'à pourvoir à les y faire subsister commodément, et autres choses concernant le bon ordre et