LIVRE TROISIÈME
Le 30 décembre 1821, le marquis de Latour- Maubourg, nommé gouverneur le 12 août précédent, prit possession de ses fonctions.
En janvier 1822, le comte d'Artois et le duc d'Angoulême honorèrent une deuxième fois de leur visite l'hôtel des Invalides. Leur arrivée fut saluée par une salve d'artillerie et par le bon accueil des vieux soldats.
Le 10 juin 1822, Louis XVIII, cédant aux instances du duc de Bellune et du gouverneur de l'Hôtel, daigna honorer également les Invalides de son auguste visite.
Son arrivée fut annoncée par une salve d'artillerie. Sa Majesté fut reçue par le gouverneur, entouré des officiers de son état-major, et qui lui remit les clefs de l'Hôtel en lui disant :
a Sire,
» J'ai l'honneur de présenter à Votre Majesté les clefs de l'hôtel royal des Invalides, de cet asile plein de souvenirs de votre auguste famille, et dans lequel, depuis Louis XIV, les services rendus au Roi et à la patrie trouvent leur plus honorable récompense.
» Les Rois vos prédécesseurs, comme Votre Majesté le fait aujourd'hui, ont daigné s'assurer eux-mêmes que leurs institutions bienfaisantes étaient remplies.
» Vos militaires invalides, Sire, attendaient avec une vive impatience le bonheur que Votre Majesté daigne leur procurer.
'» Le Roi verra, par la reconnaissance dont tout ce qui est ici est pénétré, le dévouement de ces vieux guerriers pour Votre Majesté et les Bourbons. Ces sentiments, transmis d'âge en âge, se sont accrus, s'il est possible, par les bienfaits du Roi, et vont se fortifier par la présence de l'auguste protecteur des vétérans de l'armée. »
Le Roi parut sensible aux manifestations des sentiments dont M. le marquis de Latour-Maubourg venait d'être l'interprète, et il lui rendit les clefs de l'Hôtel.
Arrivé dans la cour d'honneur, le Roi fut accueilli par les plus vives acclamations des invalides, rangés sur deux lignes. Sa Majesté, s'étant arrêtée devant les degrés de la chapelle , y reçut l'hommage du clergé et des sœurs de charité ; puis elle se dirigea vers la troupe des invalides, devant le front desquels elle s'arrêta en leur disant d'une voix attendrie :
« Militaires invalides, mes braves camarades, je suis invalide aussi; et si j'en ai quelque regret aujourd'hui, c'est de ne pas mieux vous voir, c'est de ne pouvoir passer dans vos rangs; mais je n'éprouve pas moins un vrai plaisir à me trouver au milieu de vous. »