LIVRE TROISIÈME
En 1791, deux cents bataillons de volontaires s'étant levés spontanément pour repousser l'agression dont la France était menacée, Davout fut investi du commandement du 3e de l'Yonne, par les suffrages de ses concitoyens. Ce corps ne tarda pas à se faire remarquer par son instruction et sa bonne discipline.
« Pendant la campagne de Belgique, sous Dumouriez, Davout se distingua dans plusieurs occasions, notamment à la bataille de Nerwinde. Dès cette époque, il montra cette résolution, cette intrépidité, cette fermeté de caractère qu'on retrouve dans toutes les circonstances de sa carrière militaire.
» Qu'il me soit permis de relever ici la grave erreur où sont tombés quelques écrivains, en attribuant à Davout d'avoir paru à la barre de l'Assemblée législative , après la journée du 1 0 août , pour donner son adhésion à la déchéance du Roi, et demander du service. Cette imputation est absolument fausse; sans doute Davout embrassa les idées de la Révolution avec la chaleur de son âge; mais, comme tous les braves qui s'armèrent pour la défense de la patrie, il est étranger aux crimes qui souillent quelques pages de notre histoire. A l'époque du 1 0 août , il était au camp de Maulde à la tête de son bataillon.
» Un officier aussi distingué ne pouvait rester longtemps dans les rangs inférieurs. Davout fut
promu au grade de général de brigade, mais peu de temps après, il rentra dans ses foyers, en vertu du décret qui expulsait les nobles de Y armée. Le temps de son inaction fut consacré à un acte de piété filiale. Il se renferma avec sa mère incarcérée à Auxerre, et adoucit sa captivité par ses tendres soins.
» Employé de nouveau après le 9 thermidor, le général Davout passa à l'armée du Rhin. Si je le suivais sur le théâtre de tant de beaux exploits, si je l'accompagnais sur les plages de l'Egypte, si je retraçais les nombreux combats où il donna tant de preuves de talent et de valeur, je dépasserais les bornes que j'ai du me prescrire. Je dirai seulement qu'à son retour en Europe il fat récompensé de ses grands services par le grade de général de division, grade qu'il avait mérité trois fois déjà par des actions d'éclat et que sa modestie lui avait fait refuser jusqu'alors.
» Élevé en 1804 à la dignité de maréchal d'Empire, Davout ne larda pas à se montrer digne d'une aussi honorable distinction. Pendant la mémorable campagne de I80o, au commencement de laquelle les Français, après quinze jours de marches, de manœuvres et de combats, forcèrent une armée ennemie à mettre bas les armes sur les glacis de Llm, le maréchal Davout défit complètement le corps du général Meerfeld à Marienzell. A Auslerlitz,