LIVRE TROISIÈME
il soutint avec une seule division tous les efforts de la gauche des ennemis, qui cherchait à tourner l'aile droite de l'armée française. Mais c'est surtout dans la campagne suivante que le maréchal se plaça au premier rang des capitaines.
» Par la rapidité de ses marches, l'armée française avait coupé les lignes de communication des ennemis. La bataille d'Iéna allait décider du sort de la monarchie prussienne. Le maréchal Davout, détaché seulement avec vingt-quatre mille hommes sur le point de Nauembourg, distant de sept lieues de celui d'Iéna , débouche du défilé de Kosen , culbute l'avant-garde des ennemis, et s'avance dans la direction d'Auerstaedt. Là il rencontre quatrevingt mille Prussiens commandés par le duc de Brunswick, et animés par la présence de leur roi. Plein de confiance dans la vigueur des généraux qui commandent sous lui, et dans la valeur de ses troupes , il aborde les ennemis avec la plus grande résolution, enlève successivement toutes les positions où ils cherchent à se rallier, met dans la plus complète déroute cette armée presque quadruple de la sienne, et s'empare de cent quinze pièces de canon.
» Gloire au héros qui, par la justesse et la rapidité de son coup d'œil, son imperturbable sangfroid au milieu des dangers les plus éminents, et la vivacité de ses attaques, remporta une victoire
aussi éclatante ! Gloire aux dignes généraux et aux invincibles soldats qui le secondèrent avec tant de dévouement! Honneur aux mânes des braves qu périrent dans cette étonnante journée !
» Après un tel exploit, faut-il vous transporter sur les champs de bataille de Czarnovo, de Golimine, de Heilsberg, d'Eylau, de ïann, d'Eckmùhl, de Wagram? Non, messieurs, je laisse ce soin à son historien. Vous, ses parents, ses amis, ses frères d'armes , vous savez que partout le maréchal Davout soutint sa haute réputation, que partout il déploya les mêmes talents, la même valeur, la même fermeté, et que ces grandes journées furent autant de nouveaux fleurons ajoutés à la couronne de laurier dont ia victoire avait ceint son noble front dans les champs de bataille d'Auerstaedt.
» En honneur de services aussi éminents, le maréchal Davout fut créé ' successivement duc d'Auerstaedt et prince d'Eckmùhl; il avait acquis ce dernier titre dans deux batailles qui précédèrent celle d'Eckmùhl, où, à la tète de vingt-cinq mille hommes, il rendit inutiles tous les efforts de l'armée autrichienne, commandée par l'archiduc Charles, pour empêcher la réunion de divers corps de l'armée française.
» La guerre ayant éclaté de nouveau entre la France et la Russie, le maréchal prince d'Eckmùhl eut le commandement du premier corps d'armée.