LIVRE TROISIÈME
témoins du plaisir qu'elles ont pris à contempler le beau panorama mouvant. De là, Leurs Altesses Royales ont parcouru successivement et examiné dans le plus grand détail la boulangerie, les greniers d'abondance, la lingerie, les salles de bains, les réfectoires, les dortoirs, les cuisines, la pharmacie et l'infirmerie. Partout des acclamations se sont fait entendre sur leur passage; partout leur présence a causé de la joie et de l'enthousiasme. Eh! comment, en effet, n'eût-on pas été heureux des paroles affectueuses qu'Elles adressaient aux malades, des consolations qu'Elles offraient aux uns, des espérances qu'Elles donnaient aux autres, et en général des vœux qu'Elles semblaient faire pour la guérison de tous? Le centenaire Prévost s'est trouvé comme curieux dans une des salles de l'infirmerie; Madame et le prince se sont arrêtés devant lui et l'ont fait asseoir pour causer plus longtemps; le prince l'a interrogé sur son âge, son lieu de naissance; sur ses campagnes et sur le régime habituel de vie qui lui procurait une si belle vieillesse. Le centenaire, quoique vivement ému, a répondu à toutes ces questions avec une mémoire et une présence d'esprit admirables; Madame ne se lassait point d'attacher ses regards sur lui, et Leurs Altesses Royales ne l'ont laissé qu'en lui souhaitant encore de longs jours et un gage de leur munificence.
Leurs Altesses Royales ont terminé leur visite par la bibliothèque, par la salle du conseil, où les portraits des maréchaux de France décédés ont été l'objet de leur attention particulière, et enfin par les longues et vastes salles qui contiennent les plans en relief des principales forteresses de France. Ce spectacle a paru les intéresser beaucoup. Madame désignait elle-même au prince celles des places frontières qui avoisinent l'Italie, et l'auguste voyageur, en considérant avec surprise ce travail de tant d'années, a souvent fait des remarques qui prouvaient l'étendue de ses connaissances dans l'art des fortifications.
A cette époque, le clergé exerçait déjà une assez grande influence sur l'esprit du Roi pour que son grand aumônier parvint à le déterminer a achever son jubilé dans l'église des Invalides, après l'avoir commencé dans celles de Sainl-Roch , de l'Assomption et de Saint-Philippe du Roule; le Roi, accompagné de M. le Dauphin et de madame la Dauphine, vint le continuer dans cette église.
A l'Hôtel, tout avait été disposé pour recevoir dignement le petit-fils de l'immortel fondateur de ce magnifique et glorieux asile. La haie était bordée par des militaires invalides depuis l'entrée de l'avenue de Tourville jusqu'à la porte du midi. Le ministre de la guerre et le maréchal duc de Reggio avaient précédé Sa Majesté et s'étaient réunis au