LIVRE TROISIÈME
bien exécutée, garantit tout à la fois la liberté publique et les droits de la couronne. Si les circonstances l'avaient ramené à la tête des armées, il s'y serait montré intrépide et fidèle.
» Si maintenant vous voulez connaître l'affection qu'il portait aux soldats, interrogez ces vétérans qui lui rendent les derniers honneurs militaires, ces invalides qui , mutilés , couverts de nobles cicatrices en combattant sous ses ordres, ont voulu accompagner son cercueil; ils vous diront avec quelle sollicitude il veillait à tous leurs besoins, quelle surveillance il exerçait sur le service des hôpitaux, avec quel empressement il sollicitait les récompenses dues à leur courage et à leur bonne conduite.
» Voulez-vous connaître toute sa bienfaisance? Transportez-vous à Savigny, vous y verrez les regrets de tous les malheureux.
» Enfin, si vous voulez savoir combien il était bon père et bon époux, remontez à l'époque peu éloignée où cet intrépide guerrier eut besoin de recueillir toutes les facultés de sa grande âme pour ne pas succomber à la douleur de perdre une fille chérie, à peine entrée dans son printemps. Voyez couler les larmes de son fils; allez entendre les sanglots de sa veuve, ils sont bien plus éloquents que mes paroles.
m L'âge et la forte constitution du prince d'Eck-
miihl semblaient lui promettre qu'il jouirait encore longtemps de sa gloire. Vaine espérance! la mort, qui avait respecté cette tête illustre dans les combats, s'apprête à la frapper lorsque, rendu à la vie paisible, le maréchal se livre aux soins de l'éducacation de son fils, aux travaux de l'agriculture, et
répand de nombreux bienfaits autour de lui
Respectons les décrets de la Providence : le maréchal est atteint inopinément d'une maladie douloureuse. Sa famille et ses amis conçoivent les plus vives alarmes. Quant à lui, il voit les progrès du mal, en connaît tout le danger, et néanmoins, pendant sept mois de cruelles souffrances, il ne profère aucune plainte, aucune inquiétude. S'il éprouve quelque émotion, c'est en jetant les yeux sur les objets de sa tendresse qui l'entourent. Il voit leur douleur, s'en afflige et cherche à les consoler; mais bientôt il redevient calme et imperturbable comme sur un champ de bataille.
» Cependant ni les secours de l'art, ni les soins les plus assidus de la meilleure des épouses, ni les prières de ses enfants, ni les vœux ardents de ses amis ne peuvent éloigner le moment fatal; le maréchal sent qu'il approche. Sa constance n'est point ébranlée; il reçoit les consolations de la religion, bénit ses enfants, éloigne de son lit de mort sa fidèle compagne, et rend sa grande âme à l'Éternel.
» Mais, messieurs, un grand homme ne meurt
pas tout entier. Il nous reste de l'illustre maréchal prince d'Eckmùhl l'exemple de ses vertus, le souvenir de ses grandes qualités et des éminents services qu'il a rendus à la patrie ; et l'histoire prend son burin pour graver son nom au temple de Mémoire. »
Après ce discours, les derniers honneurs militaires ont été rendus à l'illustre défunt, dont le tombeau repose non loin de celui de M. le maréchal Masséna.
La mort de Louis XVIII causa d'unanimes et sincères regrets aux invalides , et ils le manifestèrent dans le service funèbre qui eut lieu dans la chapelle du dôme, le 10 septembre '1824.
Un mois après son avènement au trône , Charles X daigna venir, pour ainsi parler, se faire reconnaître par les vétérans de l'armée; M. le Dauphin l'accompagnait. Dans son discours de réception, le gouverneur marquis de Latour-Maubourg assura le Roi du dévouement de ses administrés; Sa Majesté lui répondit avec bienveillance, et accorda des décorations et d'autres récompenses à plusieurs d'entre eux.
Sidi-Mahmoud, envoyé extraordinaire du bey de Tunis, ayant entendu raconter les hauts faits de nos armées sous la République et sous l'Empire, voulut voir les vétérans de cette époque et le monument qui les abritait.
L'envoyé tunisien fut reçu le M mai 1825 par le marquis de Latour-Maubourg, qui, sur sa demande, lui présenta plusieurs aveugles et blessés des batailles des Pyramides, d'Alexandrie et du mont Thabor. Après les avoir regardés quelque temps avec un sentiment d'admiration et de respect, Sidi-Mahmoud, se tournant vers M. de Latour-Maubourg, s'écria : « Monsieur le gouverneur, je ne m'étonne pas qu'avec de pareils hommes Napoléon ait voulu conquérir l'Europe. »
Le samedi 30 juillet 1825, le prince de Salerne et madame la duchesse de Berry ont honoré l'Hôtel de leur auguste visite.
Le prince et la princesse ont été reçus par le ministre de la guerre et le gouverneur marquis de Latour-Maubourg. L'eau bénite leur a été présentée par le clergé, qui les a ensuite conduits à l'église, où l'on a chanté YExaudiat. Après avoir fait leur prière, Leurs Altesses Royales se sont dirigées vers l'église du dôme, où le prince s'est plu à considérer les tombeaux de Turenne et de Yauban. Madame, qui au mois d'octobre dernier avait déjà visité la lanterne du dôme, a désiré que le prince y montât pour jouir à son tour de la perspective admirable qu'offrent Paris et ses environs. Malgré la chaleur, Leurs Altesses Royales ont franchi les nombreux degrés de l'édifice; plusieurs dames et plusieurs hauts fonctionnaires les ont suivies et ont été