‹ Les Invisibles de Paris, vol. 1Chapitre 32 sur 68 · VV · texte numérisé non relu

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L'autre ne releva même pas la tête, grommelant un :

— Qu'y a-t-il encore? qui n'avait rien d'engageant.

— Un mot, s'il vous plaît.

| — Je n'ai pas le temps; attendez.

j : 'j. Et il achevait de taiiler un crayon,

[■ — Pardon, monsieur, c'est que ce mot est intéressant.

k '-* -■ « Très intéressant même.

fr; : / — Pour qui? dit-il en relevant subitement la tête.

— Vous êtes bien curieux maintenant, riposta l'ouvrier, qui tenait à | prendre sa revanche aux yeux de l'honorable assistance

I — Hein? fit Piquoiseux, en jetant un regard dédaigneux sur l'intrus qui

I osait le traiter si cavalièrement.

— Tout à l'heure vous ne l'étiez pas assez, voici que vous le devenez trop, à présent, continua Passe-Partout avec un sang-froid glacial.

— Que signifie?...

— Gela signifie que je neveux pas satisfaire votre curiosité.

— Enfin, que ou qui demandez- vous? dit l'employé furieux, mais intimidé par ce calme souverain,

— Je demande M. Jules.

— Ehl mon ami, tout le monde demande M. Jules, ici. Voilà vingt personnes qui attendent depuis une ou deux heures, et -elles passeront avant vous.

— C'est leur droit, si...

— Si... quoi?

| — Si, comme moi, ces vingt personnes possèdent la carte que voici.

| — Quelle carte?

I — Savez-vous lire? dit Passe-Partout, legoguenardaut.

! — Non; on ne m'a appris qu'à écrire et à compter, repartit Piquoiseux.

qui voulait faire son petit effet aussi.

■?' Naturellement, le groupe de ses flatteurs applaudit avec complaisance.

: Passe-Partout mit son chapeau et se dirigea vers la porte de sortie,

v — Diable! pensa Piquoiseux, cet homme n'a pas besoin de nous... et nous

[. pouvons avoir besoin de lui... Monsieur! hé! monsieur! cria-t-il.

! — Vous me rappelez?

— Oui.

— Alors vous savez lire?

— J'apprendrai exprès pour vous.

— C'est aimable.

— Donnez votre carte.

Passe-Partout prit une carte dans son carnet et la lui tendit,

| Le secrétaire la prit d'une main qu'il cherchait à rendre dédaigneuse.

jt Mais à peine eut-il lu le nom écrit sur cette carte, surmontée d'une couronne

comtale, qu'il sauta sur sa chaise, poussa une exclamation de surprise, et se

levant vivement :

— Comment? s'écria-t-il.

— Oui! répondit laconiquement Passe-Partout.

Au moment do se retirer dans sa loge, plusieurs masques l'ont accoslô.

— Attendez.

— J'aime mieux cette façon de prononcer ce mot-là.

A Tébahissement général, Piquoiseux se précipita vers le cabinet du patron et y entra, sans que celui-ci l'eût appelé. Il en ressortit immédiatement.

— Venez t monsieur, fit-il.

LlV. 21. F. HO Y', édil, — Reproduction interdite.

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Et il ouvrit la porte toute grande pour laisser passer Passe-Partout. £f ;j; Puis, congédiant eu peu de mots les clients et les agents de M. Jules, qui

venaient d'avoir la satisfaction de l'eu Ire voir dans l'autre pièce sans pouvoir J; j:: lui parler, il ferma la porte d'entrée à double tour et se remit à griffonner

[J: J . ■ ' dans sa. cage grillée.

|£| ^ M. Jules et Passe-Partout se trouvaient en présence.

Jjf t II y eut une pause.

>j ( ; = L'ancien agent de la police de sûreté n'entrait jamais en relations, amicales

■$■]■: ou hostiles, avec un nouveau visage sans l'avoir étudié dans tous ses détails.

De son côté, le capitaine tant vénéré par le brave la Cigale savait avoir affaire à forte partie.

11 ne tenait certes pas à engager le feu le premier.

M. Jules ayant passé son petit examen, commença^ en lui indiquant un siège du doigt:

— Don nez- vous la peine de vous asseoir, monsieur.

M Passe-Partout s'assit.

Alors, M. Jules, qui ne cessait pas de l'étudier, laissa échapper un léger éclat de rire :

— 11 faut avouer, dit-il pour expliquer son hilarité, il faut avouer qu'un spectateur désintéresséjmrait bien de 3a peine à reconnaître, à leur mise, les deux personnes qui se trouvent dans ce cabinet

L'ouvrier lit un geste qui équivalait à une interrogation.

— Moi, je suis mis comme un duc et pair, ajouta-l-il en faisant jabot et en appelant l'attention sur sa mise de perruquier endimanché qu'il prenait pour

I le suprême du genre, et vous, înoilsieur le comte de Mauelere, vous vous

i\'V êtes donné le souci de vous déguiser en ouvrier qui sort de son atelier.

Et M. Jules se remit à rire.

Passe-Partout ne se dérida pas.

— C'est bien à monsieur le comte de Mauelere que j'ai l'honneur de m'adresser, n'est-ce pas?

— Je ne crois pas, monsieur, lui lut-il répondu.

— Hein? quoi? vous ne seriez pas le comte?

— Pas le moins du monde, répondit Passe-Partout, qui ne sortait pas de son flegme anglican.

— Vous plaisantez? s'écria l'autre, en fronçant les sourcils à la façon du Jupiter olympien.

— Je ne plaisante jamais, repartit l'ouvrier. Vous m'interrogez et vous me dites : « Vous êtes le comte de Mauelere? » Je vous réponds : « Pas Je moins

1) du monde ! » Je ne vois pas l'ombre d'une plaisanterie dans ma réponse.

[' — Ail ça! est-ce que vous êtes venu ici pour vous ficher de moi? gronda

i r âge nt d'un ton menaçant.

!k — Franchement, je cherche ce que cela pourrait me rapporter,

j" —Moi aussil Voyons, assez causé. Qui ètes-vous?,.. Vous me connaissez,

[ je suis... M. Jules.ef jem^imepasavoir affaire à des gens que je ne connais pas.

I — Oui, c'est un avantage que vous ne voulez pas laisser sur vous à votre

interlocuteur.

— Peut-être bien, répondit M. Jules, fâché et surpris à la fois de se voir si promptement percé à jour. Répondez-moi ou prenez garde à vous!

— Mon cher monsieur, dit lentement Passe-Partout, permettez-moi de vous faire observer, avec tout le respect qu'un inconnu doit au célèbre M. Jules, que vous vous rendez souverainement ridicule.

— Ridicule I reprit l'agent.

— Certes, oui, ridicule, çontinua-t-ii en appuyant sur chaque syllabe de façon à rendre le mot deux fois plus rude à accepter. Gomment ! je viens ici pour vous rendre service...

— Service... vous, à moi î...

— Et vous me traitez comme votre domestique, si vous avez un domestique !

— Tonnerre 1 vous allez continuer longtemps comme çaî

— Et vous me menacez? Croyez-vous pas que moi, qui me suis introduit volontairement dans votre tanière, je sois homme à trembler parce que je me trouve en face d'un ancien forçat libéré?

— Sacré mille millions de.-. !

— D'un ex-agent de la police de sûreté, ajouta Passe-Partout d'une voix lente et mesurée.

— Yous seriez le boulanger en personne, que je ne souffrirais pas... cria M. Jules hors de lui, et se levant avec rage.

Mais Fautre ne le laissa pas même achever sa phrase :

— Et pourquoi, puisque vous n'êtes plus ni l'un ni Fautre, puisque, par la grâce royale et par la démission qu'on vous a obligé de donner, vous êtes rentré dans la catégorie des simples particuliers, sans autre influence que leur propre et mince mérite, pourquoi voulez-vous que je frissonne en votre présence?

— Par le meg dos megs I jura M. Jules en levant les deux points, voilà un pante qui me fera bibarder de dix ans en une heure t

— Àh ! je vous supplie de remarquer que vous me parlez argot, langue qui m'est totalement étrangère.

— Ce n'est pas vrai, malin; tu dévides le jars comme moi, j'en suis sûr, fit Fex-agent, qui ne se possédait plus.

—r Si c'est pour m'injurier, à votre aise, allez, mon bon ami, je vous répondrai en hindoustani. Cela fera une charmante conversation.

— Vlà qu'il parle hindoustani ! répliqua Fex-agent.

Probablement cette remarque calma M. Jules, car sa colère tomba comme un grand vent abattu par une petite pluie. Il comprit qu'il n'obtiendrait rien par la violence.

Aussi, avalant la rude semonce qu'on venait de lui administrer, il changea de manières et de ton.

— Enfin, voyons, ne nous fâchons pas.

— Cela vaudra mieux.

— Je ne demande pas mieux que de m'enlendre avec vous.

— Écoutez-moi, alors.

— Vous m'avez fait passer la carte du comte de Mauclerc?

— C'est vrai.

— Est-ce Uii qui vous a chargé de me la remettre?

J|î-U : \ ïf, ■ — Peut-être oui, peut-être non.

— Nous allons recommencer! fit M. Jules, qui pourtant cherchait à se contenir.

— Nous recommencerons tant que vous vous entêterez dans vos points d'interrogation.

j|v ï t v — Ainsi, vous venez chez moi pour me mettre une gourmette, une bride

et une selle sur le "dos?

— C'est à peu près cela, dit Passe-Partout en souriant.

— Avez-vous apporté votre chambrière et vos éperons, au moins? ricana l'homme de police.

— Yous verrez cela tout à l'heure.

— Voyons, sérieusement, là... Je reconnais que vous valez mieux et plus que votre, enveloppe de pacotille.

— Bien obligé.

— Que demandez-vous? que cherchez-vous? que voulez-vous? j!{; — Mon pauvre monsieur Jules, vous êtes réellement incorrigible. Enfin,

je suis bon prince et je veux bien vous répondre.

— Ah ! soupira-t-il avec satisfaction.

— Personnellement, moi, je ne vous demande rien; je ne viens chercher ni homme ni chose chez vous, et je ne veux ni bien ni mal.

— Tonnerre ! Enfin vous venez de la part de quelqu'un? Veus savez que je suis, ou plutôt que j'étais en relation avec ce Mauclerc que le diable peut bien étrangler pour tout le mal qu'il me donne?

— Ah ! vous brûlez, comme disent les enfants.

— Donc I

— Donc, je viens à vous de la part d'une de mes connaissances.

— Qui se nomme?

— Louis-Horace Escoubleau de Sourd is, comte de Mauclerc. Êtes- vous satisfait?

Gela fut dit avec une ironie de si bon goût, que Fex-agent de la police de sûreté ne sut plus s'il devait remercier ou se fâcher de nouveau.

— Satisfait..., satisfait..., répondit-il, je ne le serai que quand je saurai à qui j'ai affaire.

— Que vous importe?

— Vous me le direz, à la fin des fins 1

— J'en suis désespéré pour vous, mon cher monsieur, mais comme cela ne vous regarde aucunement, vous m'autoriserez bien à garder le plus strict incognito.

— Alors vous vous méfiez de moi ?

f - ; — Pouvez-vous le penser?

I ; — Je le pense d'autor et d'achar.

j '■'■ — Encore de l'argot?

! ■ — Je le pense fermement, se reprit M. Jules.

— Eh bien ! monsieur, fit agréablement Passe-Partout, entre nous, — nous sommes bien seuls, n'est-ce pas ? — entre nous, vous avez raison de le penser.

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Il se tenait ferme en selle et faisait caracoler son cheval sur place.

Pour le coup, M. Jules bondit comme un cheval qui vient de recevoir une volée de coups de cravache.

— Je puis vous faire arrêter, cria-t-il,

— Je voudrais voir cela, fit l'autre en riant.

— Oui? Eh bien! vous le verrez.

— Vous oubliez, cher monsieur Jules, que vous n'êtes plus chef de la

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