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justice de Dieu... Elle ne vivra pas dans une sécurité qui ferait honte à la nature, à la société !
.fiêf.X['~ Le comte de Gasa-Real était arrivé à un paroxysme de colère tellement
pÉ|^; effrayant en prononçant ces derniers mots, que Noël trembla de nouveau pour
|ate ; : la misérable créature qui se tenait presque agenouillée devant eux.
BfE I* se demandait quel châtiment ce mari outragé dans son honneur, attaqué
dans le bonheur de sa vie entière, voulait infliger à la femme coupable.
Le comte, qui faisait des efforts surhumains pour résister à sa faiblesse habituelle, reprit en s'adressant à lui, cette fois : ||p -.;..■: — Comprenez-vous, monsieur, tout ce que j'ai enduré de douleurs inouïes,
jW| : ;.:;; „ de désespoirs inconnus, de souffrances mortelles, depuis le jour où cette fatale
fefc ; lettre me fut remise? Je cherchai à nier la lumière. Cette femme avait telle-
pÉ:^ ment l'air de m'aimer, elle me mettait si bien, si innocemment au-dessus de
^j|yf tout ei de tous, que par moments je me disais : Cet homme, ce Killmore est
un infâme ou un insensé. Elle lui aura résisté, et il se venge. C'est un coup de poignard sortant traîtreusement d'une tombe. Impossible de riposter! Iijl|. ' « J'aurais donné la moitié de mes jours pour tenir l'accusateur entre mes
mains, pour le forcera avouer son mensonge et sa trahison.
« Jusqu'à ce jour, jamais je n'ai laissé soupçonner à cette femme que je savais tout.
« Elle me rendra la justice de reconnaître que je lui ai fait la vie douce HM: : ' e ^ commode.
^'!j \ « Savez-vous de quelle façon elle m'a payé mes soins, mon amour, ma
&$&■■' patience?
OUjif * Demandez-le-lui, et si, pour la première fois de sa vie, elle a le courage
de ne pas mentir, son dernidr crime, je vous le jure, dépassera tous les autres à vos yeux encore prévenus en sa faveur.
]!Hïf;C • La créole s'était relevée.
Elle écoutait.
Ses yeux, démesurément ouverts, se fixaient malgré elle sur les lèvres du comte.
Elle se sentait perdue, condamnée.
C'était la fascination exercée par le serpent sur l'oiseau. Un cercle de fer lui serrait les tempes.
rj| ' Les mots s'arrêtaient dans son gosier.
[: J ' Tous ses ressorts les plus habiles étaient mis à jour par une main justi-
l' M ci ère et impitoyable.
M &' Son dernier crime ! venait de spécifier le comte de Casa-Real.
M ■ i, ::.. Savait-il même celui-là?
H -: Elle tremblait de fureur et de crainte, à la seule idée de ce que l'homme
' ; qui lui avait donné son nom allait dire devant l'étranger qui était son hôte,
)y : !y- Noël, voulant sortir de cette émotion intolérable, s'approcha vivement du
; ; ■'% comte et voulut l'entraîner hors de cette chambre funeste.
;";■ S|' : " — Venez, venez, monsieur le comte, lui dit-il, vous vous tuezl
\ ÏÏ Le comte chancelait.
Noël se précipita pour le soutenir.
Son hôte le repoussa doucement en lui répondant :
— Ce n'est pas moi, c'est elle qui me tue !
La créole ne fit pas un mouvement.
Les paroles» Faccusation du comte de Gasa-Real n'étaient pas lettre close pour elle.
Elle n'essaya même pas de se justifier.
Elle se trouvait foudroyée par une réalité irréfutable.
Noël recula avec un cri d'horreur.
— Écoutez-moi, monsieur, continua le comte... Le temps presse... Dans une heure peut-être sera-t-il trop tard...
— Trop tard !
— Je sens la mort qui me gagné. Mais avant de rendre mon âme à Dieu, je veux que vous sachiez tout. Je ne frapperai pas cette femme dans la seule chose à laquelle elle tienne, dans sa personne et dans sa vie. Seulement il ne faut pas qu'elle vive dans une sécurité qui lui paraîtrait un pardon.
— Parlez, monsieur le comte, repartit le marin, qui s'était éloigné instinctivement de M rac de Gasa-Real.
C'était un étrange spectacle que celui de ces deux hommes, l'un le mari* l'autre l'amant, faisant cause commune contre cette, femme, écrasée par l'épouvante et par un remords apparent.
Le comte ajouta, grâce à un miracle de volonté :
— Je vous ai entendus tout à l'heure. Pour moi, c'était l'épreuve suprême. Je doutais. On m'avait certifié que Killmore n'était pas un calomniateur; on m'avait raconté ses amours avec... elle... Je doutais encore. Je vous ai tendu un piège, attiré dans cette habitation, afin d'éclairer ma conscience. Je vois clair, à présent, dans tout le passé de la femme qui porte mon nom. Vous, je le sais, vous êtes une intelligence d'élite, un homme de cœur. Trompé comme moi, avant moi, par elle, vous avez su fuir à temps. La passion avait mis un bandeau sur mes yeux. Je ne m'en prendrai qu'à mol-même des malheurs qui m'accablent. Voici ma main, monsieur, dépêchez- vous de la serrer entre les vôtres... Je vous pardonne l'outrage involontaire que vous m'avez fait. Pardonnez-moi mes injustes soupçons,
— Oh! monsieur le comte!... s'écria Noël en lui obéissant... Vos pressentiments vous trompent... j'en suis certain!..,
M. de Gasa-Real secoua tristement la tête.
— Non, lit-il, regardez-la... regardez le démon qui guette les progrès de mon agonie. Devinez-vous ce qu'elle attend, ce qu'elle espère, dans cette attitude éploréeîAh! elle joue bien toutes les comédies, l'hypocrite 1 Elle calcule en ce moment combien de minutes il me reste encore à passer près de vous.
La créole ne sortit pas de son insensibilité de commande.
D'elle et de son mari on eût difficilement dit quel était celui qui allait mourir, tant la fureur de se voir démasquée décomposait ces traits qu'un Raphaël seul eût pu reproduire sur la toile.
— Cette femme me tue, ajouta sourdement le comte de Gasa-Real, ou, pour dire plus vrai, cette femme m'a tué. L'Amérique est le pays des poisons. Elle en possède un, entre autres, dont les effets ne diffèrent en rien de laqua tofana,
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1 si.
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22â LES INVISIBLES DE PARTS
,j.t ce poison qu'on n'a jamais retrouvé depuis les Borgia. Il tue comme la foudre,
M; ./ :.-.'; ou mine, détruit, annihile peu à peu, au bout de quelques jours, de quelques
y||( v> semaines, de six mois ou d'un an, d'après la force et le volume des doses
jjff;-^ données à la victime
Et ce poison? demanda Noël tremblant d'horreur.
' j|:|V "--?- — C'est le foc/w? rfe ?m?o.
— Oh ! monsieur le comte, que dites-vous?
— La vérité, capitaine.
— C'est impossible 1
— Voyez si M me la comtesse de Gasa-Real se donne la peine de prétendre que je me trompe.
|j||; ; ';v La créole ressemblait à la statue du péché, du crime dévoré par le remords,
poursuivi par l'épée flamboyante de l'ange exterminateur.
— Voyez ce flacon... et demandez-lui en possession de qui il se trouvait. Il -; : \ Noël interrogea la comtesse du regard.
Elle ne lui répondit rien.
— Par mon salut éternel, ajouta solennellement l'hôte de Noël, M m0 la éf'tl %'- : ; comtesse de Casa-Real est une empoisonneuse !
Hermosa ne se défendit pas.
Alors son mari, tendant à Noël pétrifié d'horreur une enveloppe en forme de testament, lui dit :
— Son silence est-il un aveu?
Noël baissa silencieusement la tête en signe d'affirmation.
— Moi mort, jurez-vous d'obéir à ma dernière volonté? Et comme son hôte hésitait, le comte de Gasa-Real continua :
— Ne craignez rien... Je suis gentilhomme et je ne vous demanderai rien d'indigne d'un galant homme. Jurez-vous, capitaine?
— Je le jure!
— Merci. Prenez ce testament. Lisez-le; lisez-le tout haut. Il faut que cette |j: femme, à laquelle je fais grâce de sa méprisable vie, le connaisse depuis le |, premier jusqu'au dernier mot. C'est une arme terrible, mortelle, que je remets
entre les mains d'un homme que j'estime; une arme qui la met tout entière à votre merci.
La statue eut un tressaillement involontaire. < , — Lisez ! répêla le comte.
Noël déplia le papier et lut ce qui suit :
: ; V. « Moi, Fernando-Iriarte de Carvajal y G-usman, comte de Tordesillas y
I f -." Gasa-Real, prêt à paraître devant Dieu, déclare ceci sur l'honneur de mon
;■. '■' nom et sur ma foi de gentilhomme :
[ .,':'..... « Je meurs empoisonné par ma femme doîïa Maria-Dolorès Hermosa de
■: j - Gasa-Real, qui, de sa propre main, à plusieurs reprises, m'a versé et fait
; ;!;'. prendre du lèche de pat o.
] i « Doua Hermosa de Gasa-Real a commis ce crime dans le double but
,1 1 d'hériter de ma fortune et de reconquérir sa liberté.
$ ; « Ne voulant porter atteinte à l'honneur du nom des Gasa-Real qu'à la
dernière extrémité, et dans le but d'empêcher de nouveaux crimes, je remets ces dernières volontés entre les mains du capitaine Noël, que j'institue mon exécuteur testamentaire.
« Le jour où il le jugera convenable, il pourra les produire.
<( Par suite de ces dernières volontés, dona Hermosa de Gasa-Real est déshéritée de tous mes biens, meubles et immeubles, s'il lui prend fantaisie de se remarier.
« Je désire être sa dernière victime.
« Gela est mon testament.
« En foi de quoi je signe celte dénonciation entièrement écrite de ma main, pour valoir ce que de droit.
« Et j'y appose le sceau de mes armes.
« Fait à Gasa-Real (île de Cuba), dans la nuit du 2 au 3 novembre 184.. « (Signé) Fernando-Iriaute de Cakyajal y Gusman, comte de
ÏORDESJLLAS Y CaSA-ReAL. »
La lecture achevée, le comte demanda à Noël :
— Acceptez-vous mon mandat?
— Oui, comte.
■ — J'ai foi en vous, capitaine. Allez... maintenant... partez. Un cheval sellé vous attend.
— Vous laisser ainsi...
— Avec elle... n'est-ce pas? Gela vous fait trembler pour moi... fit le comte en riant d'un rire qui n'avait plus rien de ce monde... Eh bient partez rassuré. Elle ne peut plus rien sur moi. Adieu.
Il tomba.
Noël se précipita vers lui.
Son cœur ne battait plus.
La créole était veuve.
Noël s'élança hors de cette demeure maudite, serrant dans sa main fiévreuse le testament du comte de Gasa-Real.
Ce testament devait lui coûter cher un jour i
La comtesse resta seule, en face du cadavre de l'homme qu'elle avait assassiné 1