LE TESTAMENT DU COMTE DE GASA-REAL
— A vingt pas de vous, au plus, comtesse, se trouvait une embarcation chavirée, la quille en l'air, a moitié enfouie dans le sable. Tout près de cette embarcation gisaient sans mouvement quatre hommes, revêtus de costumes de marins. N'écoutant que l'exquise générosité de votre jeune cœur, l'idée vous vint aussitôt de sauver ces malheureux naufragés.
« Hélas ! vos efforts ne parvinrent pas à les rappeler tous les quatre à la vie. L'un d'entre eux n'était plus. Pendant que vous prodiguiez les secours les plus intelligents à ces malheureux, votre... votre frère de lait, le sieur Marcos Praya, était allé chercher du monde à votre habitation. Peu après il revint avec une douzaine de monteros.
« Une fosse fut creusée.
« On y mit le mort.
« Quant aux trois survivants, placés sur des brancards improvisés, on les transporta au château de Gasa-Real, où grâce à vos soins, à vos ordres, quelques jours après ils eurent complètement repris leurs forces et leur santé.
— Oui... oui... tout cela est vrai! murmura M mc de Gasa-Real, l'œil dans le vide, rêvant presque qu'elle voyait tout ce que racontait le marin. Hélas! pourquoi ce récit ne se termine-t-il point là? Pourquoi, au lieu d'être une histoire complète, n'est-ce qu'un prologue à peine ébauché? Achevez ! achevez t Je vous écoute, Noël, et quelles que soient vos expressions, ne craignez rien.
— Craindre! moi! fît le marin, je ne crains rien, méjugeant sans reproches.
— Sans reproches 1 s'écria sardoniquement la créole.
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— Oui, comtesse, sans remords.
— Prouvez-moi donc que vous n'avez point partagé ma faute, mes torts...
— Je ne prétends pas vous inculper pour me défendre, madame... mais la vérité est la vérité. Nous sommes seuls, vous ne courez aucun risque; je ne vois pas pourquoi je vous épargnerais dans cette évocation des souvenirs que je croyais bien éteints.
Hermosa fit un signe de dénégation.
Le capitaine ajouta :
— Mon histoire, en cette circonstance, fut celle de tous les jeunes gens sans expérience, au cœur reconnaissant, à l'âme droite.
Elle haussa les épaules avec une suprême impertinence.
— Osez dire, fit Noël, qui aperçut son geste méprisant, osez dire que je vous parlai d'amour le premier! Était-ce moi qui vous suivais partout, qui faisais naître mille occasions de nous rencontrer? Non... Au contraire, j'avais pour vous un respect profond, une reconnaissance sans bornes ; je me tenais à l'écart, je vous fuyais, j'avais peur de vous. Vos regards ardents me brûlaient, le son de votre voix si douce m'enivrait, la senteur qui s'exhalait de toute votre personne me donnait le frisson. Je ne me sentais plus maître de ma pensée auprès de vous. La fleur de votre parure tombée, traînant derrière vous, un de vos gants laissé sur une chaise, un bracelet de vos cheveux d'enfant, c'était tout ce que je voulais de vous. Jamais un mot ne vous apprit, ne vous dévoila ma folie innocente. J'étais jeune, ne riez pas, je pouvais être innocent. À vingt-deux ans, c'est à peine si je connaissais le premier raffinement de l'amour. N'ayant jamais vécu qu'au milieu de...
— Au milieu de?... répéta la comtesse de Casa-Real.
— Au milieu de grossiers matelots et de leurs compagnes aux mœurs robustes et faciles, j'ignorais le parfum, le charme, l'idéalité de vos existences... délicates. Mais vous, Hermosa, à l'âge où les autres jeunes filles commencent à peine à comprendre, vous saviez, vous compreniez, vous viviez t
— Après?
— Vous vous étiez juré que je vous aimerais.
— Eh bien, vous m'avez aimée i
— Était-ce un caprice, était-ce une passion de votre part? Je suis encore aie deviner. Je devais tomber à vos pieds, j'y tombai; devenir votre chose, votre esclave, je le devins.
Un éclair de triomphe illumina le regard de Al mc de Casa-Real.
— Ohl vraiment ! ce fut une bien grande victoire et vous avez bien raison d'en tirer vanité à tant d'années de distance ! dit Noël en riant amèrement. Permettez-moi de vous rappeler cette nuit terrible, et vous triompherez moins, sans doute.
— Noël! s'écria la créole avec un effroi véritable, ne faites pas cela.
— Si, pardieu !
— Taisez-vous 1 par grâce... Ne me rappelez pas une nuit qui trouble mon sommeil.,, bien souvent.
ri
— Vous l'avez exigé, madame ! Vous m'écouterez... On ne réveille pas de pareils souvenirs sans y laisser un peu de son assurance, de son repos non mérité et de sa tranquillité dans le crime...
— Pas ce mot !
f. .;|%; — Dans le crime ! madame, répéta Noël avec énergie. Cette nuit-là compterait dans l'histoire s'il s'agissait d'une de ces reines comme Marguerite de Bourgogne ou Jeanne de Naples.., Elle ne comptera que dans votre vie et
■j ">|H dans la mienne, parce que nous sommes deux atomes, infiniment petits,
jetés sans but sur terre par la main, par la volonté de Celui qui peut tout. Cette nuit-là. votre père se mourait.
La créole, comprenant que le capitaine irait jusqu'au bout, se renferma dans un sombre silence.'
Elle avait résolu de tout entendre, voulant à son tour tout demander,
&C): — Yotre père se mourait, continua Noël. J'arrivai pour partager votre
V S; douleur, pour essuyer vos larmes. Pensez donc... une tille unique près de
x'f) son père mourant!... Qu'avais-je à redouter? rien! Je vous avais évitée
jli [ jusque-là... la souffrance que je vous croyais au cœur devint mienne, j'ac-
jY courus... Alors... Tenez, madame, ce fui un moment si terrible et si
^■': i : incroyable, une lutte si insensée et si ridicule entre l'homme qui venait en
ï$.\\- consolateur, en ami, et la jeune fille qui le recevait en amant, entre le scru-
•| ; pule et la passion, entre .l'amour pur et le désir furieux, que moi, homme,
|;| • matelot, habitué aujourd'hui aux colères des éléments, aux rudesses de ma
fj-p;- vie errante, je n'ose vous faire ce récit en détail, à vous, la femme adultère,
la jeune fille coupable... Quelle nuit! quelle nuit! À quelques pas de nous, dans une chambre mortuaire, votre père rendait le dernier soupir... Et vous, me forçant de vous suivre dans votre folie presque parricide, vous mêliez vos rugissements d'amour à ses râles d'agonie.
La créole leva les yeux sur Noël, puis, voyant son inflexible résolution peinte sur son visage, elle les referma sans l'interrompre, (j Noël reprit:
f '■;■ — Vous avez été infâme, et vous m'avez fait infâme ! Mais je vous aimais ;
: | : je vous pardonnai la seule faute que vous ayez jamais commise... Cette faute,
j à tout prendre, c'était pour moi que vous l'aviez commise ! Oh ! je vous
\ : aimais bien, allez l
V Un tressaillement fiévreux agita la créole.
Elle ne sortit pourtant pas de son mutisme.
,1 ! — Mais un jour je m'aperçus que vous me trompiez, moi, comme vous
}M aviez trompé votre père... Yotre caprice, voire fantaisie étaient passés, et si.
■ j vous ne me disiez pas : Noël, je vous ai appelé parce que vous me plaisiez,
je vous renvoie parce qu'un autre me plait plus que vous... c'était un reste de pudeur qui vous arrêtait.
« Aujourd'hui, je le jure bien, vous ne seriez plus aussi patiente, aussi naïve.
« Je vous surpris dans les bras d'un rival préféré qui vous partageait avec moi.
« Vous savez ce qui arriva.
LES INVISIBLES DE PARIS 21 o
« Nous nous battîmes au couteau.
« Je le tuai.
« Aujourd'hui, je vous le jure aussi, je ne tuerais personne. Ici, malgré son immuable résolution, la créole ne put s'empêcher de pousser une exclamation de rage.
— Lâche! qui m'as perdue, s'écria-t-elle, et qui renies ton amour.
— Je le renie, oui, madame, comme on renie une religion fausse et mensongère. Nous sommes ici pour nous dire nos vérités en face. Ne cherchons pas à nous tromper. Nous nous connaissons trop bien pour cela. Ange déchu , vous cherchiez à vous relever pour mon amour... Yous vous mentiez à vousmême, comme vous me mentiez à moi. Voilà pourquoi je vous ai fui, voilà pourquoi six ou huit mois après, à Paris, où vous étiez venue me rejoindre, je vous enlevai votre fille au moment où vous deveniez mère. Je restai sourd à vos prières. Au mépris de vos offres, sans faire attention à vos larmes, je refusai votre main et votre fortune. Ëtais-je le père de ce chérubin blond et rose que vous n'avez jamais vu? Yous seule pouviez me l'assurer et je ne vous croyais plus.
— Noël ! vous avez douté i
— Je doute encore.
— Moi ! vous tromper, quand je n'aimais que vous au monde, plus que tout au monde, dans les premiers jours de notre amour !
— Yous m'avez bien trompé plus tard î
— S'il en est ainsi, pourquoi me voler ma fille?
— Parce que je ne veux pas, .qu'elle m'appartienne ou non, que cette malheureuse enfant ressemble un jour à sa mère. Yoilà pourquoi je vous l'ai enlevée et non volée, madame la comtesse.
— Ainsi, votre volonté bien formelle est de ne pas me rendre mon enfant?
— C'est ma volonté. Yous ne la reverrez jamais.
— Jamais, Noël?
— Jamais.
— Oh ! Noël, reprit-elle après un moment de silence bien rempli par leur émotion contenue, si vous vouliez oublier mes torts, nous pourrions être heureux encore!
— Heureux... vous et moi! Taisez-vous, madame, votre mari pourrait vous entendre... parlez plus bas... ne reconnaissez-vous pas cette chambre?
— Cette chambre?
— Oui, vous avez môme oublié cela, vous ! C'est ici que pour la première ibis vous m'avez amené à vous dire : Je vous aime 1 C'est là, tenez, ajouta- t-il en lui montrant la porte d'un vaste salon contigu, c'est là que votre père expirait pendant que vous me clouiez à vos genoux. Ah î comtesse, comtesse, si la fille sans cœur manque de mémoire, la maîtresse, fougueuse, ardente, irrésistible, devrait au moins se souvenir, elle !
— Noël, rugit la créole, vous...
— Plus bas 1 je vous le répète, votre mari vous entendra.
— Ëh ! que m'importe mon mari! fit-elle en s'abandonnant à une de ses plus violentes inspirations. Le comte se soucie bien de moi t Une m'aime pas
plus que je ne l'aime... Nous avons associé nos deux existences, non nos deux cœurs. Il vit pour se soigner; je ne suis pas venue au monde pour être garde-malade, moi.
— Vous préféreriez être veuve? n'est-ce pas vrai, madame?
— Veuve?... pourquoi non ? Le comte est malade, gravement malade même . Malgré son sempiternel médecin, malgré les précautions qu'il prend, tout présage sa fin prochaine*.. Et vous l'avez dit... oui... Je puis devenir veuve... Alors peut-être réfléchirez-vous, et... vous, le seul homme que j'aie jamais aimé, et que j'aime encore...
— Le comte vous aime, madame... lui seul a le droit de...
— Le droit î... quel droit?... S'il m'aime, je le hais. C'est lui qui nous sépare l'un de l'autre.
— Vous vous trompez.
— Qui, alors?
'fl — Ma volonté.
I ; ; — Noël, ne dites pas cela! .
V — Ma volonté seule établit une barrière infranchissable entre nous. Nous
; ! nous revoyons pour la dernière fois. ' .-.:',"'■
La créole eut un mouvement de défi.
Le marin continua sans y donner attention :
— Grâce à Dieu, si j'ai succombé aux séductions de la jeune fille, je puis v : r du moins serrer sans remords la main loyale du comte de Gasa-Real; et, j'en
fais ici le serment, qu'il vive ou qu'il meure, nous ne nous retrouverons pas face à face par le fait de ma volonté.
La comtesse allait répondre.
Une voix lente et sombre lui coupa la parole.
— Merci à vous, mon hôte, fit-elle.
i Le capitaine Noël se retourna, ne pouvant dissimuler un mouvement de
surprise. . .
Hermosa jeta un cri d'effroi.
j :j Puis, machinalement, elle laissa tomber ses mains sur les touches blanches
} et noires, qui rendirent une plainte longue et sinistre.
r Debout, sur le seuil du salon où ils se trouvaient, le comte de Gasa-Real
■||;' apparut, immobile, les sourcils froncés, les yeux dardant de fulgurants
.i/L éclairs sur la comtesse à demi évanouie de terreur.
f ; Il s'appuyait d'une main sur le chambranle de la porte, de l'autre il arrêta
jj, ; le capitaine, qui, tout en dédaignant la comtesse, voulut essayer de prendre
fl;-- : ; sa défense.
Noël se souvenait qu'après tout cette femme avait été son premier amour. / : Si elle se trouvait dans cette terrible situation, c'était encore à cause de
lui.
Quelles que fussent sa sympathie pour le comte de Gasa-Real, son antipathie pour la comtesse, il ne pouvait faire autrement que de se mettre entre eux.
Il obéit au geste impératif de son hôte, mais en se réservant le droit d'intervenir au moment opportun.
Kilo avait placé sur le pupitre la première partition qui lui était lombée sous la main.
Le comte de Gasa-Real resta quelques instants dans cette redoutable immobilité.
Enfin, cet homme, qui, depuis de longs mois, ne pouvait plus se soulever ni quitter son lit de douleur sans l'aide de deux serviteurs , se redressa par la force de son indomptable volonté, et d'un pas ferme, assuré, il s'avança jusqu'au milieu du salon,
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Là, il s'arrêta.
Il croisa les bras sur sa poitrine, et relevant fièrement la tète:
— Merci encore pour ce que vous venez de dire, monsieur, reprit-il. Tout ce que vous avez raconté de la vie de M me la comtesse de Casa-Real, je Lai entendu.
Hermosa se retourna vers lui pour voir s'il ne tenait pas une arme vengeresse à la main.
Il sourit de pitié et continua, au grand étonnement de sa femme :
— Oui,, j'étais là, derrière cette porte, et j'écoutais^
Elle baissa la tête sur sa poitrine et elle attendit, effrayée, stupéfaite de trouver encore une aussi 'grande dose d'énergie dans ce cadavre galvanisé soudainement d'une façon incompréhensible.
— Ii sait tout! raurmura-t-elle
— Oui, tout. Mais ne croyez pas que votre entretien m'ait appris rien de nouveau sur votre compte. Non. Je connaissais l'histoire de votre vie... depuis longtemps déjà... An 1 madame, on n'a pas impunément une suite nombreuse de passions, d'amours, de caprices sans que dans le nombre de ces soupirants, de ces victimes ou de ces amants, il s'en trouve un moins commode et moins discret que les autres... Cherchez bien, comtesse, cherchez dans vos souvenirs adultères, et vous trouverez le délateur; cherchez
' dans vos souvenirs de pure jeune fille, et vous en trouverez un aussi. Tous les hommes ne sont pas loyaux, délicats, comme le capitaine Noël.
Il y avait bien une pointe d'ironie dans cette dernière phrase du comte, mais quelle que fût la franchise de sa position, le marin se trouvait tellement porté à plaindre ce noble et courageux gentilhomme, qu'il ne jugea point à propos de la relever.
La comtesse voulut protester contre les imputations de son mari.
— Vous doutez, madame!... vous vous récriez... Lisez ceci, dit-il froidement en lui tendant un papier froissé et jauni de vieille date.
— Mensonge! répondit Hermosa en jetant les yeux sur la lettre.
— Cette lettre dit vrai... comme vous disiez vrai vous-même tout à l'heure, quand vous ne me pensiez point à même d'entendre vos paroles.
— Une lettre anonyme 1 s'écria-t-elle avec mépris... Vous ajoutez foi à de pareilles accusations, monsieur?
— Anonyme I... Que nenni l Ce papier est signé.
— Signé 1
— Oui, madame, et d'un nom qui vous fut cher!
— Lord .William Killmore... lut Hermosa, en suivant du regard le doigt du comte -de Gasa-Real, qui lui indiquait la place où se trouvait en toutes lettres la signature accusatrice.
— Lord Killmore ( Un ami à moi, qui, assassiné par vos ordres...
— Ce n'est pas vrai! hurla M me de Casa-Real. Noël... Le comte l'interrompit.
Il répéta : -
— Qui, assassiné par vos ordres, dicta cette lettre à son lit de mort, n'eut que le temps de la signer. Ah ! vos bravi, ou votre bravo, —je ne vois guère
qu'un seul homme qui soit fasciné par votre beauté ou par vos vices, qui soitassez vil pour vous servir de poignard ou de poison, — votre bravo frappe juste et vite. Il a l'habitude de ces choses-là.
— Marcos Praya? demanda Noël presque avec un sentiment d'épouvante.
— Vous l'avez nommé, capitaine, fit M. de Casa-Real... Ce misérable seul est capable de se constituer Pexécuteur des basses œuvres, le complice de M ine la comtesse.
— NonJ non! dit-elle au comble de la rage et de la terreur.
— Ne vous mentez pas à vous-même, répliqua l'hôte de Noël s 'approchant d'elle et lui posant la main sur l'épaule.
Elle se recula comme si un fer rouge venait de la toucher.
Le comte lut la lettre à voix haute et lente.
Dans cette lettre, tout chargeait sa femme. ,<
A son . dernier moment, lord Killmore racontait que de retour d'un voyage aux Indes, où il était allé réaliser son immense fortune pour venir la déposer aux pieds de sa maîtresse adorée, il avait trouvé cette dernière mariée à M. de Casa-Real.
Fou de désespoir et d'amour, il avait eu l'imprudence de menacer Hermosa de tout apprendre à son mari si elle ne s'enfuyait pas avec lui, si elle ne quittait pas l'époux qu'elle venait de choisir.
Hermosa ne lui avait pas longtemps fait attendre sa réponse.
Le soir même, en rentrant chez lui, il avait été frappé en pleine poitrine de deux coups de stylet, qui le laissèrent pour mort.
Il prévenait le comte de Casa-Real de se bien garder.
— Vous voyez que je me suis bien gardé, ajouta le comte avec une amertume croissante. J'ai aimé cette femme comme l'ont adorée tous ceux qui rapprochent.
— Monsieur, par grâce... fit la comtesse, qui, même en présence de Noël, ne put s'empêcher de faire une tentative pour ressaisir son empire sur cet homme qui avouait l'avoir tant adorée autrefois.
■ — Ah! vous ne niez plus maintenant...
Elle éclata en sanglots.
Ses larmes avaient tant de pouvoir!
Noël y eût résisté avec peine.
Le comte ne lit qu'en rire.
— Non... vous ne niez plus rien... vous pleurez... de rage seulement. Croyez-vous me prendre à ces larmes menteuses?... Je vous connais trop bien aujourd'hui pour en essuyer une seule. En vérité, vous êtes une des créatures les plus méprisables qui soient sur la terre. Vous ne reculez devant aucune comédie, devant aucune lâcheté... Vous vous imaginez qu'on peut commettre tous les crimes à l'abri d'un grand nom et d'une grande fortune... Je suis femme, pensez-vous, mon sexe et ma faiblesse me protègent; je trouverai toujours grâce devant ceux qui se sont traînés à mes pieds, devant ceux dont j'ai été si longtemps l'idole... Eh bien! non, madame; vous serez sauvegardée de la honte... de Péchafaud peut-être, par l'homme dont vous portez le nom... mais la fille dénaturée, la femme adultère, ne trouvera pas grâce devant la
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