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— Oh! -cher comle, pas de galanteries, ou je les prendrai pour des l'aux-Xuyants.
il les commettrait, comme il les a commis déjà. Toutes les vertus, il chercherait à les acquérir. Ge malheureux m'aime, je le sens, plus que sa. vie. Son amour, il le dissimule à tous les yeux. ; il cherche à le cacher à lui-même. Il subirait toutes les torture^ plutôt que de l'avouer devant moi. Pourquoi éprouvé-je à son aspect une répulsion, une haine que je ne puis réprimer?
Elle se leva et se remit à la fenêtre que la venue de Marco's Praya lui avait fait abandonner.
Liv. 50.
F. ROY, éditeur, — Reproduction interdite.
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— J'aurais peut-être eu raison de le renvoyer à Cuba... Mes secrets, il les a tous devinés. Si un jour sa passion, fatiguée d'une contrainte aussi dure, se laissait remplacer par la haine? Il a du sang noir dans les veines, du sang d'esclave... Je devrais me méfier de Marcos Praya. Oui, à l'avenir, je suffirai à mes projets, à rexécutoin de ma vengeance !
Elle revint à sa chaise longue et s'assit.
— Oui, reprit-elle, celui-là, comme tant d'autres, donnerait tout, corps et àme, pour un de mes sourires...
Et elle souriait, la coquette !
— Mais lui ! cet orgueilleux Noël ! cet ingrat ! il fait litière de nos souvenirs. Ma beauté que les autres admirent ne peut plus rien sur lui! M'a-t-il assez outragée, insultée, dédaignée, tout à l'heure?
Elle frappa avec rage sur le dossier du meuble qui se trouvait à sa portée, et son visage passa de l'expression du triomphe à celle de l'orgueil blessé.
Peu à peu, cependant, ses traits se rassérénèrent, et faisant un geste de menace.
— A ce soir! murmura-t-elle.
Et elle sonna fiévreusement à trois reprises.
Trois femmes de chambre entrèrent, deux mulâtresses et une quarteronne. Un seul coux3 de sonnette appelait la quarteronne. Deux, la première mulâtresse.
Trois, la seconde.
Quand la comtesse les vit paraître toutes les trois, elle oublia que dans sa fièvre elle avait sonné trois fois, apostrophant vivement les deux dernières :
— Pourquoi, vous autres? leur cria-t-elle. Anita seule.
Deux des femmes de chambre se retirèrent sans témoigner le moindre étonnement des caprices de leur maîtresse.
Il ne resta dans le salon que la jeune quarteronne.
Anita avait dix-huit ans, la taille mince et pliante comme un roseau, les traits réguliers et l'œil intelligent.
C'était un charmant aperçu de la race hispano-américaine.
Ses compagnes sorties, et la porte refermée sur elles, la jeune fille fit quelques pas vers M jne de Gasa-Real, et s'inclinant devant elle avec cette grâce nonchalante qui caractérise les femmes d'outre-mer.
— Me voici à vos ordres, dit-elle d'une voix mélodieuse comme un chant d'oiseau.
Doua Hermosa tourna tranquillement la tète vers elle et lui fit un signe.
Anita, sans demander d'autre explication, avança un tabouret aux pieds de sa maîtresse, s'assit et fixa ses grands yeux noirs pleins de lumière sur ceux de cette dernière.
Chacun de ses mouvements avait quelque chose de félin.
Il y avait plaisir à la regarder.
Sans y songer, la créole contemplait la quarteronne et se complaisait dans sa contemplation.
'Tête-à-tête avec cette brune enfant, elle pouvait égarer sa pensée dans les espaces déjà parcourus et se croire encore à la Havane, dans ces solitudes
LES INVISIBLES DE PARIS 39a
ombreuses où sa jeunesse avait laissé des souvenirs tumultueux, des traces
ineffaçables.
Il y eut un instant de silence.
La quarteronne ne se fût point permis de troubler la rêverie de doha Her-
mosa.
C'était à celle-ci de rompre la glace- Elle la rompit.
D'ailleurs, par une raison magnétique difficile à expliquer, la fixité du
regard de la jeune fille pesait à la femme faite.
Ne se rappelant plus le motif pour lequel sa jeune suivante se trouvait à |. ses pieds, ]a comtesse de Casa-Real lui adressa la première question venue :
— Quelle heure est-il, chica? -— petite — lui demanda-t-elle en espagnol.
— Cinq heures viennent de sonner, maîtresse, répondit la quarteronne dans la môme langue harmonieuse, dont les répliques les plus insignifiantes
. sont si douces dans la tendresse et l'amour, si énergiques quand la passion pousse et commande.
— Cinq heures, déjà!
— Oui, mais ne vous inquiétez pas, maîtresse.
— Pourquoi m'inquiéter?
— Le rendez-vous n'est que pour huit heures.
La pauvre enfant n'avait pas achevé cette phrase malencontreuse, que
doua Hermosa, sortant de son apathie momentanée, se redressa rapidement, et saisissant entre ses mains nerveuses comme l'acier la tète de son esclave, 'la lui secoua avec une énergie fébrile :
— Es-tu foile, chica, pour parler ainsi, sans savoir si Ton peut nous entendre? Me trahirais-tu?
Et d'un geste brusque elle repoussa la jeune fille.
— Oht maîtresse! murmura celle-ci, des larmes dans la voix. La comtesse, comme toujours, se repentit de son premier mouvement, et
désirant le racheter avec promptitude, elle alla à sa camériste, lui donna un petit soufflet amical sur la joue, et détachant un bracelet de corail qui faisait plusieurs fois le tour de son poignet, elle le passa au cou de sa, victime.
— J'ai tort, dit-elle. Tu ne m'en veux plus, n'est-ce pas, mignonne? La présence inattendue deMarcos Praya m'a tout affolée. Allons, c'est entendu... tu ne m'en veux plus?
Nos lecteurs ne laisseront pas que de s'étonner tant soit peu, en faisant connaissance avec les mœurs étranges que nous leur mettons sous les yeux. ^;' Nous les prions en grâce de ne pas oublier que la comtesse Hermosa de
Casa-Real n'est point une Française, ni même une Européenne. Habituées, dès leur bas âge, à n'obéir qu'à leurs propres volontés, à se faire une loi du dernier de leurs caprices, les créoles de la Havane en viennent à une étrangeté de manière qui, tout en ne manquant ni de charmes ni d'imprévu, doit à coup sûr stupéfier tout bon et honnête habitant de la vieille Europe.
Ces manières, nous ne les défendons, nous ne les prônons pas. Nous les donnons pour ce qu'elles valent, désirant qu'on les prenne pour ce qu'elles sont*
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M me la comtesse de Gasa-Real, née à Paris, rue de Rivoli, et secouant aussi familièrement la tête de sa femme de chambre, serait mise au ban de la gentry parisienne.
Mais don a Hermosa de Gasa-Real, née à Cuba, dans un palais de la Havane, plaza del Gobernador, arrachant des cheveux à une quarteronne et l'embrassant quelques minutes après, ne sort pas de sa chaude couleur et ne fait point tache dans le cadre de ses habitudes et de sa vie première.
Sous la caresse de sa maîtresse, Anita renfonça bien vite les larmes qui avaient l'intention de couler le long de ses joues, et baisant avec reconnaissance les mains de la comtesse, elle lui répondit :
• — Marcos Praya est le frère de lait de madame la comtesse... Un frère airne sa sœur! 11 donnerait sans regret sa vie sur un signe d'elle.
— Je sais cela.
— Eh bien! maîtresse, pourquoi vous défier de lui?
— Tune comprends pas, enfant! répondit la jeune femme avec un léger mouvement d'épaule. Marcos a le dévouement de la brute. Il me fatigue de son espionnage constant... Il me blesse de ses précautions exagérées. Moins de zèle me plairait davantage.
— Il faut l'excuser. On ne trouve pas toujours des serviteurs dévoués, courageux et redoutables, comme Marcos Praya.
— Soit, je l'excuse. Mais je veux qu'il soit bien convaincu de ceci, et au besoin, Anita, je t'autorise à lui répéter mes paroles : le poignard n'est point une arme admise dans le pays où nous nous trouvons.
— C'est dommage! repartit la quarteronne en souriant. Marcos en joue si j oliment 1
— Nous sommes à Paris, chica, continua doua Hermosa. Ce n'est pas la force, la violence, qui nous donneront gain de cause, mais bien plutôt la douceur, la ruse, l'hypocrisie.
Anita courba sa tête charmante en guise d'assentiment.
— Tu m'as bien comprise?
— Oui, maîtresse.
— Maintenant, dis-moi : tout est-il prêt pour ce soir ?
— Tout.
— Bien.
Ici, un nouveau silence se fit.
Sans nul doute, cette conversation à bâtons rompus était un masque que M mc de Gasa-Real appliquait sur sa pensée.
Elle n'osait attaquer avec franchise le sujet qu'elle brûlait de traiter.
Son désir lui montait en vain du cœur aux lèvres.
Les mots expiraient, venaient se briser entre les perles qui lui servaient de dents, serrées les unes contre les autres par la passion, par un reste de violente colère.
Anita, élevée auprès de sa maîtresse, confidente muette de tous ses secrets, sachant à fond son caractère implacable, hautain et résolu, loin de l'exciter à parler, conservait une réserve prudente.
Elle le tenait pour certain : avant peu, comme un torrent fougueux qui, trop
longtemps contenu, parvient à briser ses digues, et à lancer ses ondes tumultueuses sur les champs et les, prés d'alentour, les désirs comprimés de dona Hermosa, ses volontés si longtemps renfermées allaient s'échapper grondantes, irrésistibles, et se répandre en pleine lumière.
Il n'en fut pas tout à fait ainsi qu'elle ïe prévoyait.
Tout bien réfléchi, la comtesse de Casa-Real ne jugea pas à propos de la garder plus longtemps auprès d'elle.
A son grand désappointement, elle ne lui dit que ces deux mots :
— .Va-t'en.
Gela ne faisait pas le compte de la quarteronne.
Elle obéit cependant.
Se dirigeant vers la porte du salon par laquelle elle était entrée, elle l'entr'ouvrit, examina si personne n'écoutait, retourna sur ses pas, à la grande stupeur de la comtesse, visita également les autres portes de communication ; cela fait, elle revint se placer sur le tabouret placé au pied de sa maîtresse.
— Que signifie ce manège, nina? dit la créole, qui ne savait s'il lui fallait rire ou se fâcher.
— Gela signifie, maîtresse, que pour ce qu'il me reste à vous apprendre, je voulais être sûre que personne n'était aux écoutes. Vous m'avez reproché, il n'y a pas longtemps, le peu de précautions que je prenais... Cette fois-ci, je ne mériterai pas le même reproche.
— Tu as donc quelque chose à m'apprendre?
— N'y a-t-il pas toujours quelque chose, sefiora?
— C'est vrai ; parle, querida.
— Vous l'exigez?
— Oui.
— Et vous ne vous doutez pas un peu de ce que je puis avoir à vous dire ?
— Non; mais parle!
— Que lastima! s'écria la jeuiïe lille avec un de ces mouvements d'épaules qu'on ne supporterait pas à d'autres qu'à un enfant gâté. Maîtresse, n'attendez vous personne aujourd'hui?
— Aujourd'hui? demanda la comtesse en cherchant au fond de sa mémoire.
— Oui, maîtresse.
— Quoi! vous l'avez oublié... tout à fait... mais, là, tout à fait? fit Anita en riant.
— Oublié, qui 1
— Oh! le pauvre homme!
— C'est vrai! dit dona Hermosa avec un vif sentiment de contrariété; je me souviens, j'attendais quelqu'un.
— Enfin !
— Mais la visite du comte de Warrens m'a complètement empêchée de songer à ce rendez-vous. Et, dis-moi, nina, l'homme est venu?
— A l'heure indiquée.
— ■ Valga me Bios I tu l'as congédié?
— Non pas, maîtresse.
— Il n'est point parti?
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