S II
— Tonnerre ! cria M. Jules.
— En plein dans le mille !.,. grimaça le diablotin en faisant une cabriole.
Les hommes de i'ex-chef delà police de sûreté se groupèrent derrière lui, prêts à le soutenir.
L'ordre d'attaquer, de saisir le débardeur noir allait être donné par lui.
Mais, au moment où M. Jules ouvrait la bouche pour le donner, son adversaire, qui venait de traiter si durement le pauvre Charbonneau, bondit pardessus la table, qu'il renversa en un tour de main et dont il se fit un rempart.
Le débardeur orange fermait la porte de la boutique à double tour, et se plaçait devant cette porte, le'bâtonhaut, dans une attitude de calme et de résolution qui eussent conseillé la réflexion au plus téméraire.
Enfui, le pierrot et le domino noir flanquaient la droite et la gauche du masque que M. Jules voulait servir à sa manière.
— Bien! s'écria l' ex-agent, je ne comptais prendre qu'un épervier dans mon filet : voilà des pigeons qui s'y jettent d'eux-mêmes. A vous les plumes, mes garçons t ajouta-t-il en se tournant vers les siens.
Ceux-ci firent un pas en avant.
— Arrêtez 1 dit le domino vénitien en s'interposant entre les deux partis, prêts à en venir aux mains.
Mi Jules retint ses hommes.
Au son de cette voix, le débardeur noir se pencha du côté de l'inconnu, cherchant aie reconnaître malgré le loup de velours qui cachait hermétiquement son visage.
Le domino vénitien reprit, en s'adressant au pierrot et à son garde du corps :
— Vous, retirez-vous! On ne vous veut pas de mal.
— Laisserez-vous sortir ces messieurs avec nous ? demanda le pierrot de son ton le plus hautain.
— Non pas. Sortez, nous vous en laissons la liberté. Quant à ces deux hommes, nous les tenons et nous les gardons.
— Alors, gardez-vous vous-mêmes. Ces messieurs ne me semblent pas disposés à se laisser prendre.
— On se passera de leur permission, dit M. Jules, qui, le domino vénitien s'étant retiré, venait de reprendre le haut du pavé.
— Faudra voir ! grommela le domino orange, qui se tenait toujours en sentinelle à la porte d'entrée donnant sur la rue d'Angoulême-du-ïemple.
C'était un singulier spectacle.
Une quinzaine d'hommes tenus en échec par deux pauvres diables qu'ils comptaient happer sans la moindre résistance, sans aucune difficulté.
M. Jules comprit que, dans l'intérêt de son amour-propre, dans celui de sa réputation, il fallait en finir promptement.
Sortant deux pistolets de sa poche, ils les arma, et les braquant sur le débardeur noir :
— Rifflard, Capitaine, ou Passe-Partout, rendez-vous ou je vous tue, s'écria-t-il.
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— Je ne 'suis pas celui que vous croyez, répondit l'autre, se -faisant, un bouclier de la table renversée.
— Une fois, vous rendez-vous?
— Non.
— Deux fois?
«— Non.
— Qu'il se démasque, fit 1 -inconnu.
— Au diable! repartit le débardeur,
— Vas-y donc! burlaM. Jules, en faisant feu d'un de ses pistolets. Le coup partit.
Mais auparavant son adversaire lui avait allongé par-dessus son rempart improvisé un coup de manchette si vigoureux, si juste, que la balle toucha le plafond, et que son second pistolet lui échappa et tomba sur le parquet.
— Sacrebleu! dit Fex-chef de la police de sûreté, A. vous, mes garçons! Allez-y... et à mort ! à mort ! .
Les masques se ruèrent sur le débardeur, faisant arme de tout ce qui leur tombait sous la main.
Mais alors, le domino orange, mettant la clef de la porte d'entrée dans sa poche, se jeta tête baissée dans la bagarre.
Il frappait, et à chaque coup uu cri retentissait, et un corps roulait à terre.
Alors aussi, le pierrot se plaçait auprès du débardeur noir, deux doubles pistolets à chaque main, criant de sa voix claire et féminine ;
— A dotante î Marcos Praya ! . ' , A ce cri, à cet appel, le domino noir sortit de son immobilité.
Un long couteau catalan au poing, il s'élança au plus épais de la mêlée.
Quant à Mouchette le diablotin, il avait prudemment disparu.
Or, comme le. gamin de Paris n'était point un lâche, il lui [fallait de sérieuses raisons pour s'éclipser en pareille circonstance.
Mouchette s'était glissé sous le comptoir.
Qu'atfcendait-il?
Un signal.
Et ce signal ne venant pas, Mouchette, qui n'avait qu'uue parole, serait demeuré héroïquement à son poste jusqu'à la fin de la bagarre.
Cependant cette lutte de quatre personnes, dont une femme, contre une vingtaine de bandits, plus ou moins dans la légalité, n'eût pu être de longue durée.
Après les coups de poing et de bâton, les coups de couteau s'étaient mis de la partie.
Après les coups de couteau, c'avait été le tour des coups de pistolet.
Il y avait près d'une demi-minute que l'affaire était engagée.
La Cigale avait eu raison de verrouiller et de fermer la porte de la rue.
Un partie des hommes de M, Jules, restée dans la rue, cherchait à enfoncer cette porte.
L'autre, exaspérée par la résistance forcenée des deux débardeurs et de leurs défenseurs, en étaient arrivés à ne plus vouloir les prendre vivants.
Les cris de : A mort! à mort! poussés par M. Jules, succédant aux cris de : Prenez-le vivant 1 proférés parle domino vénitien; les plaintes des blessés, le cliquetis du fer, le bris des meubles et. le heurt des armes s'entrechoquant furent dominés à un moment donné par la vois stridente du débardeur noir, jetant ces trois mots :
— Il est temps.
— Prrr ! ouitcîi t fit le débardeur orange : prrr ! ouitch i A ce signal, tout s'éteignit, rampes et becs de gaz.
Des ténèbres profondes, remplacèrent subitement l'éclatante lumière qui éclairait les combattants.
Mouchette le diablotin devait être pour quelque chose dans ces tènèbres-là.
Cependant* malgré l'obscurité, le combat continua avec un acharnement sans égal.
Les verres, les bouteilles, les assiettes, les vitres, volaient en éclats.
Les cris, les plaintes, les malédictions, se croisaient incessamment dans l'air, mêlés au froissement du fer, au bruit mat du bois frappant la chair.
Par échappées, les lueurs des coups de feu rayaient les ténèbres de leurs sinistres éclairs.
On ne s'entendait pas plus qu'on ne se voyait.
Au milieu de cette confusion inénarrable, M. Jules essaya bien deux ou trois fois de dominer ië bruit de la lutte et les hurlements des combattants.
Mais la fureur des blessés, touchant à la folie, l'entraînement des autres qui, pareils à des bêtes féroces, avaient flairé le sang, furent plus forts que sa volonté.
Il y perdit sa peine et sa voix.
A tout prendre enfin, l'instinct de la conservation parlant chez lui avant les autres considérations, il s'orienta, renversent ceux-ci, rampant entre ceux-là, parvint au rempart que le débardeur noir s'était élevé au moyen de la table renversée, et, une fois à l'abri, il respira.
Ses hommes se déchiraient, s'assommaient, s'égorgeaient.
C'était un petit malheur.
Pourvu que, la bagarre finie, on remît la main sur celui qu'il regardait comme le chef des Invisibles, M. Jules n'en demandait pas davantage, et il passait condamnation sur la perte fort réparable d'une demi-douzaine de ses coryphées.
Il se faisait même un malin plaisir de penser que mal pouvait être advenu au pierrot, au diablotin et au domino noir, ces trois derniers personnages s'étant mêlés de choses qui ne les regardaient en rien.
Par malheur, Tex-chef de la police de sûreté proposait plus souvent qu'il ne disposait.
Les événements ne marchèrent pas tout à fait comme il l'espérait.
Le reste de son escouade avait réussi à enfoncer la porte d'entrée du Lapin courageux t si consciencieusement verrouillée par le débardeur orange.
Cela fait, les hommes masqués qui la composaient s'étaient rués comme une avalanche dans la boutique.
Le désordre était à son comble.
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Des figures effrayées apparaissaient aux fenêtres entrouvertes de toutes les maisons de la rue d'Angoulêmê-du-Temple et de la rue de Malte.
Un noyau de curieux se forma dans: la première de ces deux rues. Les coups de feu l'avaient attiré, créé. .
En moins de temps qu'il ne nous en faut pour le raconter, ce noyau germa, fleurit, devint arbre, et porta des jfruits. Si bien qu'au bout de ■< deux minutes la foule des badauds, ivrognes, filous, était compacte au point d'obstruer la circulation.
i Pourtant', par une; de. ces anomalies qui montrent que, même dans une folle nuit carnavalesque, la capitale du monde civilisé ne se livre pas, poings et pieds liés:, aux saturnales des chîcards en goguette ou des çlei'cs d'huissier en rupture de ban ; du bout de la rue donnant sur le . canal Saint-Martin, on entendit un bruit de fusils.
C'était une compagnie d'un régiment de ligne, arrivant au pas de course.
Un commissaire de police et plusieurs officiers de paix la précédaient.
La iôule s'écarta. "' .
La maison fut cernée de façon à ne pas laisser s'évader un enfant ou une femme.. -, '■ -
Le commissaire de police ordonna d'allumer des torches, et des lanternes, f Puis! il pénétra dans la maison.
Un spectacle de désolation et de sang s'offrit à sa vue.
Le rez-de-chaussée du pauvre Tournesol se trouvait littéralement saccagé.
Meubles, cloisons, vaisselles, verreries, tout était brisé.
Cinq hommes gisaient sur le sol, le crâne ouvert, frappés parla même main, ne donnant plus signe de vie. . . ,
Ces cinq hommes faisaient partie de la troupe de M. Jules.
Six autres se tenaient assis par terre ou. appuyés à la muraille, blessés plus, où moins grièvement.
Maître Coquillard-Charbonneau, qui avait commenpé par se faire balayer dans la rue, lui et son faux-nez, venait de recevoir un si mauvais coup, sous son costume de malin, qu'il en avait perdu connaissance dès le début de l'action. <
Assommé parses ennemis, piétiné par ses amis, le malheureux n'avait pas eucore repris ses sens.
M. Jules pour son compte personnel, s'était tiré d'affaire, les braies à peu. près nettes.
Grâce à son retranchement, c'était à peine s'il avait reçu deux ou trois contusions légères. . .
Au pied du comptoir, enfin, gisait le domino vénitien.
Inutile d'ajouter que le débardeur noir et le débardeur orange, le pierrot et le diablotin avaient disparu.
Ils avaient profité de la nuit si habilement faite par Mouchette, sur le signal donné par la Cigale, pour s'échapper et pour laisser les hommes de M. Jules s'entr'assommer et s'entr'égorger les uns les autres.
Ce dernier, du reste, dès le premier moment d'émotion passé et quand l'ordre fut un peu revenu dans ce désordre, commença par chercher ses
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— Soit, votre canne, répondit l'autre, qui avait l'ait vœu de patience.
ennemis, et, ne les trouvant pas, il poussa la plus terrible de ses imprécations.
D'un bond, il monta à l'étage supérieur.
Rien! personne!
Il redescendit, et, courant au domino vénitien étendu sans mouvement au pied du comptoir, il lui prit le poignet et lui tïita le pouls.
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Le pouls battait encore.
Pas de sang sur l'homme évanoui.
L'ex-chef de la police de sûreté respira de ce côté-là.
Sa défaite n'était peut-être pas aussi complète qu'il l'avait jugée de prime abord*
Il se fit reconnaître par le commissaire de police, auquel il essa3 r a d'expliquer ce qui venait de se passer à sa manière, c'est-à-dire le moins véridiquement possible.
Le commissaire lui répondit froidement :
— Désolé, monsieur^ Jules, de ce qui vous arrive. Mais, je n'ai pas besoin de vous le dire,-- Pacte-; que- vous avez tenté d'accomplir est en dehors de la légalité.
— Après? demanda l'autre avec effronterie.
— Vous n'aviez pas qualité pour agir ainsi que vous avez agi.
— On sait ça.
— Vous vous êtes placé dans une très mauvaise position. L'affaire est très grave. Je me vois obligé de... ,
— De m'arrêter, pas vrai ?
— Vous l'avez dit. Vous vous expliquerez avec M. le préfet.
— Soit, répliqua avec mauvaise humeur Pex-agent quiavaittroplongtemps appartenu à la police pour ne pas reconnaître la justesse de cette argumentation. Mais, mon cher ami, ne vous imaginez pas avoir trouvé la pie au nid, ajoutat-il en frappant familièrement sur l'épaule du commissaire; M. le préfet m'absoudra, j'en suis certain..
— Je le souhaite pour vous, monsieur Jules, répliqua l'autre.
— Vous êtes bien -bon, -je vousa-emercie, fit Tex-agent en saluant ironiquement. Un mot encore, s'il vous plaît.
— Vingt, si vous voulez.
— Avez-vous pensé; à faire garder les issues de cette maison?
— Pourquoi me demandez-vous cela? interrogea le commissaire de police en souriant avec défiance.
— Gomment! pourquoi?... Ah I j'y suis : vous vous imaginez que c'est pour mon propre compte que je vous adresse une question?
— Dame I
— Non. Répondez d'abord; je] m'expliquerai ensuite. Avez-vous fait surveiller les issues?
— Toutes.
— A merveille; rien n'est perdu. Ceux qui nous ont mis à même de nous étriller si durement les uns les autres seront malins s'ils parviennent no us échapper.
— De qui parlez-vous? continua le commissaire de police.
— Des individus que je voulais coffrer.
— Leur nom?
— Les Compagnons de la Lime.
— Les Invisibles... ou une partie des Invisibles? demanda le commissaire en tressaillant*
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— Oui»
— Sont-ils nombreux?
— Non. Mais, j'en suis sûr, leurs principaux chefs sont cachés dans cette maison.
— Ah! si nous réussissions à nous en emparer...
— Ce serait une rude affaire.
— Loin d'être blâmés, continua le commissaire de police, on nous voterait une récompense nationale,
— Ouit ouil je le sais; le gouvernement a pris à cœur de mettre la main sur ces malfaiteurs.
— Sont-ce des malfaiteurs? fit naïvement son interlocuteur,
— Pas précisément ; mais ça en approche.
— Très bieni ajouta le commissaire; je vais procéder à une visite complète depuis la cave jusqu'au grenier.
— C'est convenu. Mais...
■— Mais quoi encore ? ■
— Avant tout, écoutez-moi.
— J'écoute.
— Suivez-moi.
— Ga se chante, ces mots-là, répliqua le commissaire, qui ne manquait jamais de placer une de ces fines plaisanteries qui faisaient les beaux jours de nos prédécesseurs, en Tan de grâce mil huit cent quarante-sept.
— Venez.
Gela dit, M. Jules conduisit le commissaire auprès du comptoir, à l'endroit où gisait toujours l'inconnu.
M. Jules souleva le masque de l'inconnu et dit au commissaire :
— Regardez maintenant.
Le commissaire de police obéit et recula de trois pas, en proie à une stupéfaction inimaginable.
— Le duc de. . . , s'écria-t-il.
— Silence I fit vivement M. Jules, ne prononcez pas ce nom-là ici.
— Boni répondit l'agent, on se taira. Mais comment se trouve-t-il dans cette maison, gisant au milieu de ces gueux?
— C'est lui qui dirigeait l'affaire.
— Baht vous étiez sous ses ordres?
— Directs, cher monsieur.
— Ohl ont voilà qui change la thèse.
— N'est-ce pas ? Je savais bien que nous finirions par nous entendre.
Et M. Jules retrouva une partie de sa belle assurance, qu'une succession d'échecs et de revers imprévus avait entamée.
— Que faire? que faire? se demandait à part lui le commissaire de police, embarrassé au dernier chef.
L'agent l'examinait attentivement sans en avoir l'air. Après s'être adressé cette question tout bas cinq ou six fois, le commissaire finit par se l'adresser tout haut.
M. Jules saisit la balle au bond et lui répondit :
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— Que faire? Mon Dieu, c'est simple comme deux et deux font quatre. II faut d'abord l'enlever d'ici.
— Qui? le duc!
— Lui-même, et au plus vite.
— Si on allait le reconnaître?
— C'est précisément pour qu'on ne le reconnaisse pas que je vous conseille de l'enlever sur-le-champ,
— Vous avez raison. Malheureusement, cette nuit, il m'est impossible de me charger de cette corvée.
— Merci pour lui, dit F ex-chef de la police de sûreté,
— Je voulais dire : de ce soin, reprit vivement son interlocuteur.
— Voulez-vous que je m'en charge? demanda M. Jules avec la plus corn plète insouciance.
— Vous?
— Moi-même.
— Au fait, pourquoi non? ajouta le commissaire. Je prends sur moi de vous laisser libre.
— Oufl fit l'autre en respirant à pleins poumons.
— Mais à une condition?
— Laquelle?
— Vous vous tiendrez à ma disposition.
— Je vous le promets.
— Et à ma première requête, à mon premier appel, vous viendrez. •^- J'accourrai >
— C'est chose convenue ?
— Parole donnée !
Et l'ancien chef de la police de sûreté tendit la main au commissaire de police, qui la serra cordialement.
— Vous me laissez mes hommes? fit-il.
— Ceux qui vous seront indispensables.
— Je n'ai besoin que de deux d'entre eux.
— Vous m'en répondez ?
— Gomme de moi-même.
Le commissaire ne sourcilla pas et prit cette réponse bon jeu, bon argent.
— Prenez ceux que vous voudrez, répliqua- Ml. M. Jules ne fut pas long à faire son choix.
Le choix décidé, on déblaya la situation.
Les morts furent envoyés à la Morgue; les blessés, placés d'urgence à l'hôpital, et les valides conduits à la Préfecture.
Ainsi qu'il s'y était engagé, le patron de maître Coquillard-Charbonneau s'occupa spécialement de l'inconnu que le commissaire s'obstinait à appeler le duc.
Il le fit enlever par les deux gaillards qu'il avait choisis dans sa troupe.
Avant même de le leur livrer, à moitié assommé, à moitié évanoui, il prit le soin de l'envelopper dans un large manteau.
De la sorte, nul curieux ne parvint à regarder de près quel homme était ce
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personnage à la tenue si orgueilleuse, qui s'en allait aussi piètrement, après avoir fait une entrée aussi triomphale.
Au moment de leur donner l'adresse de l'inconnu, M. Jules réfléchit qu'il serait plus adroit de ne rien leur donner du tout et de finir la chose luimême, à Finsu de ses sicairés. .
Il donna l'adresse de son propre domicile, boulevard du Temple.
On se mit en route.
Il suivit.
De son côté, le commissaire de police ne perdait pas son temps.
Il procéda immédiatement à une visite exacte et minutieuse de la maison.
Pas un coin ni un récoin du Lapin courageux ne furent négligés.
Ce fut en vain.
Les Invisibles venaient de mériter leur nom une fois de plus.
Ils avaient disparu sans laisser l'ombre d'une trace.
Le restaurant et le magasin de François Tournesol se trouvaient dans un état de vide complet. - . ■
A force de chercher, on trouva quelque chose quelque part.
On trouva le malheureux cabaretier provençal et ses douze garçons, dont six d'extra, dans la plus belle cave de l'établissement.
Ils étaient étendus, les uns près des autres,, symétriquement, sur la terre, garrottés avec une adresse rare sans que la corde les blessât, bâillonnés avec des poires d'angoisse élastiques, et la tête couverte d'une serviette.
Les Invisibles ou leurs acolytes avaient poussé la délicatesse jusqu'à ne se servir que de serviettes bl anches.
Le commissaire de police s'empressa de les faire délier, débâillonner, et de leur demander force petits détails.
Le sieur Tournesol répondit par des exclamations de désespoir,, entrecoupées de malédictions à l'adresse de M. Jules et de Coquillard-Charbonneau, qui prenaient sa maison pour une souricière.
Cette fois les souris et les rats avaient mangé les chats.
Et, à vrai dire, maître Tournesol avait été assez largement payé, dédommagé de ses pertes par les cinq débardeurs, pour ne pas se ranger du côté de leurs persécuteurs.
Un cabaretier a toujours une reconnaissance éternelle pour l'honnête ouïe malhonnête client qui lui remplit sa poche ou sa caisse.
Les garçons se secouèrent, reprirent pied, poussèrent quelque douzaine de cris joyeux en sentant leurs goussets regorgeant d'écus, mais ne donnèrent aucun renseignement.
Ils ne savaient absolument rien de plus que ce que savait M. le commissaire . A quatre heures du matin, ce dernier se retira, tout désappointé du mauvais résultat de ses recherches, et se promettant de s'en prendre à M. Jules du buisson creux qu'il venait de trouver.
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