UNE HYENE PRISE AU PIEGE
Le baron de Kirsckmark et le général duc de Dinan avaient suivi la
dame voilée.
Stupéfaits, consternés de voir leurs secrets à la merci d'une inconnue, ils lui avaient obéi avec une docilité et une promptitude auxquelles cette dernière ne devait assurément pas s'attendre.
Pourtant elle eut l'air de considérer leur acquiescement, leur obéissance, comme une conséquence toute naturelle de la visite à main armée qu'elle venait de leur rendre.
Pas un mot n'avait été échangé entre nos trois personnages depuis leur sortie de la maison.
Au bout de quelques minutes de marche silencieuse, ils atteignirent un kiosque placé au sommet d'une légère éminence entourée d'arbres, et dont les allées tortueuses formaient une espèce de Labyrinthe. ■
Arrivée là, l'inconnue s'arrêta.
Les deux hommes qui réglaient leur conduite sur la sienne, leur pas sur le sien, firent comme elle.
Ils pénétrèrent tous les trois dans le kiosque.
Ge kiosque, sorte de vide-bouteille, en bois brut à l'écorce intacte, était éclairé par des fenêtres de style ogival dont les vitres taillées en losanges se soudaient les unes aux autres au moyen de rainures de plomb.
Rien n'était allumé dans ce réduit isolé.
Cependant les rayons de la lune, filtrant à travers le vitrage, y faisaient pénétrer une lueur assez forte pour qu'on ne se trouvât pas dans une obscurité complète.
Quelques instants suffisaient pour se familiariser avec cette demi-obscurité.
Un divan circulaire bordait l'intérieur de ce lieu de retraite.
Une table en chêne, surmontée d'un lustre antique, en composait, avec le divan ? tout l'ameublement.
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— Prenez la peine de vous asseoir, messieurs, et causons, dit la dame voilée, restant debout et s'appuyant contre la table.
Le baron et le duc prirent place sur le divan.
— Où diantre sommes-nous? demanda le premier en cherchant à s'orienter. ■
— M. le baron deKirschmark ne se retrouve pas, ne se reconnaît pas dans
sa propre demeure? répliqua la voix railleuse de l'inconnue.
— Je m'y reconnaîtrais si Ton ouvrait la fenêtre.
— Ouvrez-la, si vous trouvez la chaleur trop violente.
— On gèle !
— Et si vous désirez que, le hasard aidant, un espion égaré volontairement dans ces parages entende tout ce qui se dira ici.
— Je n'y tiens pas.
— Taisez-vous alors! fit rudement le faux duc de Dinan, et laissez madame s'expliquer.
— Je ne demande pas mieux. Que madame s'explique...
— Sui; quoi? demanda-t-elle.
— Sur la raison qui vous a poussée à vous introduire par surprise...
— Dites: par force.
— - Par force, soit, dans cette maison.
— À qui avons-nous affaire? questionna Kirschmark.
— De quel droit ètes-vous ici? ajouta le général.
La dame voilée restait calme sous cette avalanche d'interrogations, qui menaçaient de tourner en invectives.
Quand ses deux interlocuteurs se furent tus,, elle répondit avec la plus grande froideur :
— Vous me semblez bien curieux, mes beaux messieurs. Depuis quand, da : ns une entrevue pareille à la nôtre, la partie qui tient le haut du pavé estelle obligée de "s'incliner devant celle qui le lui cède?
— Madame 1 fit violemment le duc.
— Laissez-la donc parler, lui murmura vivement le baron à l'oreille.
— Quoique la moitié de vos questions me soit adressée par. S. Exe. M. le duc de Dinan, auquel je ne donne le droit ni de m'interroger ni de se gendarmer contre ma présence, je consens à lui donner jusqu'à un certain point les renseignements qu'il me demande.
— C'est heureux! grommela ce dernier.
— Voyons.
— Vous désirez savoir qui je suis, messieurs. Je suis une femme qui a l'habitude de faire tout ce qui lui convient. Vous cherchez à deviner le but de ma présence dans cette demeure mystérieuse et triste? Je n'y suis venue que parce que mon bon plaisir, ma fantaisie m'y ont amenée, Là! j'ai parlé! Etesvous plus avancés maintenant?
— Je connais cette voix! se disait à part lui le dnc de Dinan, fouillant dans ses souvenirs.
— Voilà des raisons qui n'en sont pas, riposta timidement le banquier.
— En voulez- vous d'autres?
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Toutes réflexions Taites, rien ne m'oblige à vous apprendre le motif de ma présence.
— Mais... oui!
— Voici»
Les deux hommes se rapprochèrent machinalement l'un de l'autre. Il leur semblait qu'en se serrant ils tiendraient mieux tète à l'attaque qu'ils allaient avoir à soutenir.
L'inconnue sourit.
Elle ne recula ni n'avança d'une ligne.
LlV. 80. F.ROY, édit. — Reproduction interdite. 80
Le duc de Dinan l'invita, du geste, à prendre place sur le divan. Après avoir remercié, elle reprit :
— Toutes réflexions faites, rien ne m'oblige à vous apprendre le motif de ma présence.
— Alors..., dit impatiemment le duc.
— Qu'il vous suffise de savoir que si un intérêt grave vous a réunis tous les deux dans cette demeure , où M. le baron de Kirschmark ne met pas les pieds une fois par an, où M. ie duc de Dinan n'est venu que cette nuit, un intérêt non moins grave m'y attire.
— Et cet intérêt?
— Ne concernant que moi, je n'éprouve nullement le besoin de vous en donner connaissance.
— Baron, nous perdons notre temps ici, lit le général en se levant, c'est une farce de carnaval, une banale intrigue qui met ce voile sur le visage de madame; partons...
Kirschmark se leva.
— Restez! s'écria Tinconnue.
Instinctivement, les deux hommes, qui touchaient déjà à rentrée du kiosque, se retournèrent.
— Restez 1 Je le veux.
— Au diable ! grommela le banquier.
— Non, madame, adieu.
Au moment où ils allaient disparaître, elle prononça lentement ces moLs :
— Restez, Y von Kernock.
Le baron revint sur ses pas.
— Restez, colonel Macé.
Le duc, frémissant, imita le baron.
Elle continua :
— Ces deux noms vous disent que votre passé m'appartient.
— Oh! je saurai qui..,
— Vous ne saurez rien, Macé le Boucher, qui aujourd'hui tranchez du comte de Lestang, du duc de Dinan; vous ne saurez rien, Yvon Kernock, qu'on appelle aujourd'hui Kirschmark, le baron millionnaire.
— Otez ce voile, madame! cria le duc, s'élançant vers elle et étendant le
bras.
— Je ne roterai pas, monsieur; non point que je redoute une reconnaissance aujourd'hui même. Vous ne me connaissez pas. Vous ne m'avez jamais
vue.
-—Que vous importe, alors?
-— Mais nous pouvons nous rencontrer plus tard, et je ne veux pas que vous puissez dire : C'était elle.
— Vous ne voulez pas!
— Non, duct votre ignorance fait et fera ma force. Pourquoi me désarmer? En cas de besoin, je vous le déclare, je compte user de cette force contre vous et contre votre associé.
— Par Dieu qui nous entend! hurla le duc hors de lui, je...
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— Dieu ne se mêle pas de vos affaires, monsieur le due,' répondit Tin- /f connue de son ton le plus sardonique, et cette indifférence divine est votre ^ \ seule chance de réussite. ..... -..-m
Le baron, plus fin que son complice, cherchait à percer les ténèbres qui ; |ï
lui cachaient les traits de cette femme, son ennemie ou son amie la plus dan- ;;|j;
gereuse.
Mais la nui! et l'épaisseur du voile noir lui servaient doublement de bou- " ;î ' : >".V-ïi
clier,
Le banquier vit qu'il fallait capituler.
Il attendait le moment de traiter aux meilleures conditions.
— Vous le comprenez à présent, ajouta-t-elle, je vous tiens.
— C'est vrai, dit franchement Kirsch mark.
— Je puis vous perdre.
— Ou nous tirer d'un mauvais pas.
— Vous l'avez dit. Voulez- vous mon aide? Me voulez-vous contre vous? 'M Répondez, mais répondez vite. Le temps presse; infléchissez pendant que je >)j vous parle. Il me faut un oui ou un won, bien clair, bien précis.
— Vous êtes seule, vous, femme, entre deux hommes résolus, armés; ne les réduisez pas au désespoir! fit le duc en se contenant de son mieux.
— - Seule! fit-elle ironiquement, vous êtes certains du contraire. Entre deux hommes, oui, mais entre deux hommes qui tremblent, et dont, à mon premier geste, à mon premier cri, la vie ne pèserait pas un fétu.
Le duc et le baron comprirent qu'elle disait vrai.
Il n'y avait pas de temps à perdre.
Ils allèrent droit au but.
— Si vous ne consentez pas à nous expliquer l'intérêt, la raison qui vous jette dans nos secrets et dans notre parti, nous apprendrez -vous au moins quel danger nous menace?
— Avant peu, les Invisibles seront ici, répondit-elle sèchement. Tout préparés qu'ils fussent à cette nouvelle, le duc et le baron se regar- ]]/
dèrent effarés.
— Comment le savez- vous?
— Que vous importe? Je le sais. Gela doit vous suffire.
— Il nous sera impossible de nous entendre, madame, si, tout au moins pour ce qui concerne nos intérêts communs, nous ne jouons pas cartes sur table.
— En cela vous avez raison, monsieur le duc, repartit la dame voilée après un court instant de silence.
— Qui vous a si bien renseignée?
— M.Jules!
— Lui seul?
— Un autre encore... Il n'y a donc pas l'ombre d'un doute, pour moi, sur leur arrivée prochaine. Si le pavillon où nous nous trouvons en ce moment n'était pas gardé par vingt hommes sûrs et m'appartenant, je ne m'étonnerais pas de les voir surgir dans l'ombre au milieu de nous.
Le duc de Dinan, sentant la vérité des paroles de l'inconnue,.. céda la parole au banquier.
Celui-ci alla droit au fait :
— Gela admis...
— Vous l'admettez donc?
— Procédons par hypothèse, madame, en partant de Fin connu nous arriverons au connu, répliqua son interlocuteur, qui faisait de l'esprit sans le savoir.
— Continuez.
— Cela admis, à quel prix mettez-vous le secours que vous vous offrez... à notre corps défendant? ■■ |
— Je ne vous poserai qu'une seule condition.
— Laquelle ?
— Avant de la poser, j'aurai une question à vous adresser.
— Dites, madame.
— La maison où nous sommes appartient à M. le baron Kirsch mark, n'est-il pas vrai?
— A moi, oui.
— Le kiosque aussi, naturellement ?
— Naturellement.
— Ce kiosque me plaît.
— Ravi, madame, qu'il soit de votre goût, répliqua le banquier, qui ne comprenait pas où son interlocuti'ice désirait en venir.
— Je vous l'achète.
— Hein? quoi?
— Je vous l'achète.
— Le kiosque? fit le banquier étonné.
— Le kiosque, oui.
— Mais le kiosque tient au parc.
— J'achète le parc.
— Mais le parc attient à la maison, au château.
— Eh bien! j'achète le château, la maison.
— Vous achetez tout, madame?
— Tout. Combien Testimez-vous?
— Cent... deux cent mille francs... au moins.
— Je prends le kiosque, le parc, la maison, dans l'état où ils se trouvent?. . .
— Comment?
— Vous me comprenez bien... g
— Parfaitement.
— Sans que vous ayez le droit d'en enlever une épingle.
— Vous plaisantez, madame.
— Non pas, baron, je vous ai dit que nous n'avions pas le temps de rire. Est-ce marché conclu?
Kirsch mark ne savait plus où donner de la tète.
— Ma maison n'est pas à vendre, finit-il par répliquer.
— Je vous en donne trois cent mille francs.
— Impossible, ;;
— Quatre cent mille!
— Non t...
— Cinq cent mille, dit tranquillement la dame au voile.
— Vous êtes donc bien riche? s'écria le baron, qui rugissait intérieure- [.| ment de se voir obligé de refuser une si bonne aubaine.
— Consentez. Je paie dans une heure. Kirschmark frissonnait.
Des gouttelettes de sueur froide perlaient à la racine de ses cheveux. Un violent combat se livrait dans son for intérieur.
— Non; décidément non, se décida-t-il à répondre; je vous le répète, ma maison n'est pas à vendre.
— Allons! allons! riposta l'inconnue avec calme, on m'avait bien dit que vous teniez à cette propriété.
— Dame... oui.
— Je le vois bien. Et vous y tenez outre mesure.
— Je désire la garder pour le moins autant que vous désirez l'acquérir, fit le banquier avec un sourire moitié fin, moitié soupçonneux.
Le duc de Dinan, qui connaissait de longue date l'avarice proverbiale et Tâpreté au gain du baron millionnaire, restait stupéfait devant cet entêtement et ce désintéressement.
Cette dernière qualité surtout était tellement en dehors du caractère de son complice, que d'étranges idées se mirent à germer dans son esprit.
Il avait écouté distraitement jusque-là l'entretien du baron et de la dame voilée.
A partir de ce moment, il y prêta une attention soutenue.
Une rafale de mauvaise musique passa sur la tête de nos trois person- ; j
nages : Y Ile d'amour et le Grand- Vainqueur luttaient à coups de fausses notes. Quand le vent l'eut emportée, l'inconnue reprit :
— C'est bien. La maison est à vous. Libre à vous de la vendre ou de la garder. N'en parlons plus.
Kirschmark respira.
— C'était une fantaisie. Je m'en passerai.
— Croyez à mes regrets.
— Bien, bien, nous recauserons de cela plus tard, si nous nous trouvons à même de débattre cette question une seconde fois.
— Espérons que...
— Revenons à la condition que j'ai à vous poser.
— Cette condition... ce n'est donc pas l'achat de...
— Vous êtes fou, baron, dit l'inconnue avec un éclat de rire, dont la note aiguë et pleine de i*aillerie ût courir un frisson d'épouvante dans les veines de ses deux auditeurs.
— Nous vous écoutons, madame.
Elle allait continuer.
Un léger bruit la força à s'arrêter.
Elle leur imposa silence du geste.
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Le duc et le baron demeurèrent immobiles.
Un homme parut à l'entrée du kiosque. Il était masqué, lui aussi.
Il s'approcha de la dame voilée, échangea rapidement avec elle quelques mots dans une langue inconnue des deux autres, puis il sortit.
— Messieurs, ajouta l'inconnue, l'heure du péril approche. On vient de m'en avertir. Des gens suspects rôdent autour des murs qui entourent le parc et la maison. Décidez-vous.
— Au nom de Dieu, madame, cette condition, quelle est-elle? demanda le banquier avec une angoisse que l'approche du danger rendait croissante.
— Dites, madame, dites, fit le général.
— Je crois que le moment est venu de vous l'apprendre, répondit-elle sans pouvoir déguiser une pointe d'ironie victorieuse. En vérité, il me semble impossible que vous ne l'acceptiez pas.
— Parlez!
— Voici ce que je demande, ce que je désire, ce que je veux, monsieur le § baron de Kirschmark, monsieur le duc de Dinan, voici ce que je veux...
Les deux hommes buvaient chacune de ses paroles. Elle allait achever.
Une voix forte se fît entendre au lieu de sa voix pleine d'harmonie, même dans ses moments les plus impétueux.
Cette voix ne prononça qu'un seul mot :
— Inutile!
Et les fenêtres du kiosque volèrent en éclats, et des hommes armés
jusqu'aux dents, la figure barbouillée de suie ou masquée par un loup noir, apparurent, élevant des lanternes sourdes à hauteur de tète de la dame voilée.
L'âme de ces lanternes convergeant vers le centre du kiosque, les nouveaux venus demeuraient dans l'ombre, tandis que les trois complices se trouvaient dans un cercle de lumière.
Aucun de leurs mouvements ne pouvait, de la sorte, échapper à leurs adversaires.
À cette voix, à ce mot, l'inconnue se retourna comme une hyène prise au piège.
— Démon! s'écria-t-elle.
— Les Invisibles 1 murmura Kirschmark en se laissant tomber sur le divan qui se trouvait derrière lui.
— J'aime mieux cela; au moins ce sont des hommes! fit le duc retrouvant toute son énergie et sa bravoure d'ancien soldat en présence du danger et de la lutte prochaine.
Et il mit le pistolet au poing, attendant le premier mouvement agressif de ses adversaires.
La même voix railleuse et tranquille reprit :
— Madame la comtesse de Casa- Real daignera-t-elle nous donner quelques minutes d'audience?
La comtesse, c'était bien elle, ne répondit rien.
MOUGHETTE TÉNOR LÉGER
Puis, jetant un cri de rage étouffée, se ramassant sur elle-même, elle tira
un poignard de son sein, un de ces criss malais à la piqûre empoisonnée, et "f;v(
elle se rua l'arme haute sur l'homme qui venait de parler et qui se tenait ; b %
immobile à l'entrée du kiosque. Jv. |
ï vi
Le personnage sur lequel la comtesse Hermosa de Gasa-Real s'était précipitée avec tant de furie était perdu, si la pointe de l'arme empoisonnée avait effleuré son épiderme.
Il comprit le danger terrible qui le menaçait.
Il connaissait de longue date ce poignard malais.
Il savait que la créole ne se lançait jamais dans une de ces aventures mortelles sans avoir en main le moyen. de faire payer cher sa défaite.
La laisser arriver jusqu'à lui, c'était se livrer à une mort certaine, à une mort horrible.
Tirer sur elle comme sur un homme, c'était impossible, c'était lâche!
Passe-Partout (nos lecteurs l'auront bien reconnu) ne pouvait ni ne devait. ; ■
le vouloir. \y:
II fallait prendre pourtant une résolution rapide c^mme les mouvements félins de son implacable ennemie. ; -i
Elle n'était plus qu'à deux pas de lui. /'.'^
Son bras se levait pour frapper. ' v -:A,
La lame bleuâtre, acérée, se balançait dans l'air.
Tous les spectateurs de cette scène imprévue, amis ou adversaires du chef ! .
des Invisibles, haletaient, immobiles, dans l'attente d'un dénouaient qui ne pouvait être que sanglant.
Au geste que fit Passe-Partout, la coir tesse de Gasa-Real dut croire comme eux que si elle manquait son coup, si elle ne le tuait pas, elle était morte.
Il n'en fut rien.
Passe-Partout venait bien de lever sur la créole une main armée d'un pistolet qui ne laissait jamais échapper vainement uue balle.
Mais, au lieu de viser la femme, ce fut le criss malais qu'il chercha à atteindre, et, chose incroyable! il l'atteignit.
En deux fois moins de temps qu'il ne nous en faut pour raconter ceLte preuve d'adresse merveilleuse, la créole se trouva arrêté dans son élan, et ne tenant plus à la main que le manche de cette arme mortelle sur laquelle s'étayait sa soif de haine et de vengeance.
La lame, brisée par la balle de Passe-Partout, avait volé en éclats.
La comtesse de Gasa-Real ne pouvait en croire ses yeux.
Elle ne cessait de jeter ses regards tantôt sur sa main désarmée, tantôt (
.■■ils" ■
sur l'homme qui la bravait si audacieusement, et lui faisait grâce de la vie au moment où elle se croyait maîtresse de la sienne.
La rage, le désespoir;. toutes les passions mauvaises lui montèrent du coeur au cerveau. .• ;
Elle voulut parler, elle ne le pat pas.
Toute son énergie se fondit dans un geste de menace terrible qu'elle adi^essa à Passe-Partout,. impassible et immobile sur le seuil du kiosque.
Un cri s'échappa enfin de sa gorge oppressée; elle fit un pas, et, vaincue par les événements successifs qui venaient de se passer, de détruire ses espérances et de la terrasser au moment. où elle se croyait victorieuse, elle tomba évanouie sur le parquet.
•— Il sera toujours, difficile de s'entendre avec une nature... primitive, dit le comte de Wàrrens de sa voix la plus tranquille.: Çà ! deux hommes de bonne volonté pour transporter M me la comtesse de Gasa-lleal jusque dans une des salles du château où il sera possible de lui donner les soins nécessaires*
Deux hommes entrèrent. ,
A l'un d'eux, Passe-Partout donna des, instructions qui ne furent pas entendues des autres assistants.
Ils prirent la créole ; puis, la posant sur un des coussins du divan, le premier des compagnons de Passe-Partout lui appuya la tête sur son épaule, et soulevant le coussin à l'aide de l'autre, ils quittèrent le kiosque au milieu d'un silence général.
Ni le duc ni le baron n'osèrent élever la voix ou s'entremettre pour savoir ce que réellement le chef des Invisibles avait décidé sur le sort de la créole.
Ils avaient, bien assez de se tirer eux-mêmes d'affaire.
Ses deux affidés partis emportant la comtesse de Casa-llea) Passe-Partout ût un signe; les porteurs de lanternes disparurent.
Il demeura seul avec les deux personnages dont la comtesse voulait faire ses alliés ou ses complices.
Pour eux, ils se sentaient tombés deCharybde en Scylla. Ils en étaient venus à regretter cette femme qui tout à l'heure les tenait tremblants sous sa parole hautaine et impérieuse, cette femme qui connaissait leur vie passée, leur, vie mystérieuse et dont eux ils ne savaient maintenant que le nom..
Ce nom, du reste, ne leur avait rien appris.
Ils avaient eu beau se creuser la cervelle pour deviner ou se rappeler par quel fait de leur existence aventureuse la créole se trouvait avoir besoin de leur secours.
Ils ne devinaient rien.
Ils ne se souvenaient de rien.
Force leur fut de se concentrer pour répondre de leur mieux au nouvel antagoniste qui venait de surgir devant eux.
— Maintenant que nous voici, seuls, et entre hommes, nous allons nous entendre rapidement, messieurs, leur dit celui-ci, se jetant sans façon sur le divan, à la place qu'ils occupaient eux-mêmes pendant leur entretien avec la comtesse.
— C'est tout notre désir, répondit le banquier.
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Madame la comtesse daignera-t-elle me donner quelques minutes d'audience?
— Vous allez tout d'abord remettre dans vos poches ou à -votre ceinture des armes qui ne pourraient que vous attirer un traitement... désagréable.
— Pardon, lit le duc, mais je ne...
— Je vous ai dit, monsieur, que nous n'avions pas de temps à perdre. Veuillez bien ne pas me forcer à 'répéter, à réitérer des prières qui deviendraient des ordres au besoin.
LlV. 81. — F. ROY éditeur'. - Reproduction interdite. 81
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— Pardieu!...
Le banquier saisit le bras de son compagnon d'infortune et "répliqua pour lui:
— Vous excuserez mon ami le général, monsieur... monsieur..,
— Passez, monsieur le baron, passez... mon nom n'est d'aucune utilité dans F occurrence présente.
— Ainsi, nous allons signer un traité où nous n'apposerons que nos signatures...
•—.Vous yerrez, baron, que vous n'en serez pas moins engagé pour cela, fit Passe-Partout sur le tonde la plus parfaite amabilité.
— Hum! gronda le duc avec rage, si je m'en croyais...
— Si vous m'en croyez, intervint encore Kirschmarck, qui voulait avant tout se sauvegarder de la violence naturelle du faux duc de Dinan, si vous m'en croyez, vous suivrez mon exemple.
— Et cet exemple?
— Le voici. Quand on n'est pas le plus fort, voyez-vous, cher ami, il faut être le plus confiant.
— Parfait! dit Passe-Partout. On ne parle pas plus logiquement.
— Enfin? demanda le général.
— Enfin... attendez et imitez-moi.
Ce disant, le banquier sortait de ses poches deux admirables petits revolvers à six coups qui, dans les mains d'un homme résolu, valaient une escorte de garde civique, et il les déposait sur la table..
— Rendre mes armes! cria le duc.
— Non pas les rendre, les donner, les confier à monsieur...
— Qui vous les rendra, lui, ajouta Passe-Partout en riant, quand vous n'aurez plus l'idée de vous en servir à votre propre détriment.
— Jamais ! dit le duc.
— Jamais? demanda tranquillement son adversaire,
— Jamais 1
— Compagnons de la lime! lit Passe-Partout.
Sur ces quatre mots, prononcés sans la moindre violence, comme s'ils n'eussent même pas été un appel, le duc se sentit saisi par trois hommes qui, malgré sa résistance désespérée, le réduisirent à l'immobilité la plus complète.
— Lâches! hurlait-il; lâches! qui vous mettez vingt contre un!
— Nous ne sommes pas des lâches, monsieur, puisque nous vous laissons nous insulter sans nous résoudre a toucher un des cheveux de votre tête; mais nous serions des imbéciles si, à un lutteur de votre trempe et de votre caractère, nous laissions des moyens d'action] et d'attaque comme ceux que vous portez à votre ceinture.
— Misérables lâches I criait le général au comble de l'exaspération.
— Encore I fit le chef des Invisibles; votre ami finira pas lasser la patience des miens, monsieur le baron. Rendez-lui donc le service de le désarmer de vos propres mains, .afin que cette petite opération lui paraisse moins désagréable.
— Volontiers, répondit Kirschmark.
Peu d'instants après, tous les engins de guerre qui garnissaient la ceinture du faux duc de Dinan avaient rejoint les revolvers du banquier.
— Là, causons raison maintenant.
Sermonné à outrance par le banquier, tremblant pour sa peau et pour ses millions, le général consentit à se calmer et à écouter ce qui allait se dire entre lui et leur adversaire victorieux.
Mais il était écrit que, cette nuit- là, le baron de Kirschmark et le prétendu duc de Dinan n'auraient pas le mot de la charade qui se jouait autour d'eux. Ils s'étaient vus, peu d'instants auparavant, dans l'obligation de courber la tête sous les exigences de la comtesse de Gasa-Real.
Ils se voyaient, à présent, forcés de passer sous les fourches caudines du chef des Invisibles.
Et cela sans se douter, en quoi que ce fût, du motif qui leur avait suscité ces redoutables ennemis. '
Pour les Invisibles, à la rigueur, les deux complices comprenaient leur apparition, en qualité d'alliés des vrais Dinan de Lestang, quoique à tout prendre ils ne se rendissent pas un compte exact de l'intérêt propre que les membres de cette société pouvaient avoir dans cette restauration tardive.
Quant à ce qui concernait la créole, ils jetaient, selon le pittoresque langage de maître Mouchette, leur langue aux chiens. Il était donc écrit qu'ils ne sauraient rien.
En effet, à l'instant même où Passe-Partout ouvrait la bouche pour entamer le premier article de leur traité, un sifflement aigu se fit entendre. Le cri de ralliement s'échangea entre un des porte-lanternes et le sifileur mystérieux.
Le mot d'ordre fut donné.
Passe-Partout se tut et se leva vivement..
Il sentait planer sur sa tête un orage imprévu.
Il allait appeler, questionner ses sentinelles, quand une ombre falote bondit au milieu du kiosque.
— Mouchette 1 murmura le chef des Invisibles.
— Moi, patron !
— Qu'y a-t-il, mon enfant?
— Je puis parler? fit le gamin en montrant le baron et le général, qui ne savaient pas à quel saint se vouer.
Leur position tournait toujours dans un cercle tellement vicieux qu'il leur était impossible de s'intéresser à un parti plutôt qu'à l'autre.
Il y avait réellement de quoi se donner au diable!
Cette maison isolée, cette retraite où nulle âme vivante ne pénétrait trois cent soixante-quatre jours sur trois cent soixante-cinq, devenait un rendezvous général, le jour même qu'ils avaient choisi pour régler définitivement leur position respective.
À la question de Mouchette, Passe-Partout répondit avec son inaltérable sang-froid :
— Explique-toi, mon enfant, ces messieurs seront discrets.
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— Ils Font promis ?
— Non, je te le promets pour eux.
Kirschmark poussa un soupir d'inquiétude.
Le général sacra un de ses plus beaux jurons. Mouchette reprit :
— Patron, il faut filer.
— C'est ce que je compte faire avant peu.
— Il faut filer tout de suite.
— Pourquoi ?
— Les frelons ont déniché la ruche en l'absence des abeilles.
— Les frelons?
— hes mouches, si vous voulez.
— Parle plus clairement! s'écria Passe-Partout avec un commencement d'impatience.
— Le club delà rousse t quoi! les frangins à Goquillard! la police... la contrepolice, si vous aimez mieux.
— Àh! ah! tu les as vus?
— Vus! entendus! suivis et devancés! répondit le fils de la Pacline, avec
M ; un noble orgueil.
i I , „ -— Et Charbonneau-Coquillard est encore à leur tête?
■ — Oui... j'en croyais à peine mon orbite gauche... Il faut que la sienne, .de ' tête, soit en caoutchouc. II ne se ressent seulement pas des atouts qu'il a
reçus.
Le comte réfléchit un moment.
Puis, se tournant vers Mouchette, il lui dit :
— Écoute, petit.
L'enfant s'approcha de lui.
Le comte lui donna ses instructions à voix basse.
— Suffit! fit Mouchette en battant un entrechat.
— Tu m'as bien compris?
— Oui, mon général.
— Encore une fois, n'est-ce pas, tu es bien certain que la route nous est coupée du côté de la grotte par où nous sommes arrivés?
— Pas encore, patron.
— Bien, qu'on veille de ce côté-là surtout, tu m'entends?
— Alors, nous allons recommencer! répliqua Mouchette, dont le naturel moqueur ne pouvait longtemps se contenir, même en face de son chef, de cet homme qu'il regardait presque comme un demi-dieu.
— Drôle! fit Passe-Partont gaiement... tu as raison... Va et sois fidèle. Le gamin partit à toutes jambes.
Il ne tarda pas à disparaître à travers les arbres.
— Compagnons, en retraite du côté de la maison, dit alors le chef des Invisibles. Là nous pourrons attendre nos renforts.
Voyant qu'on allait exécuter ce mouvement de retraite, le baron de Kirschmark éleva la voix pour demander ce que lui et son complice avaient à faire ? /
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Les laissait-on libres de se retirer? :
Fallait-il qu'ils s'engageassent d'honneur à ne point se réunir aux ennemis de Passe-Partout?
— Vous nous suivrez, lui répondit ce dernier.
— Permettez, mais il va y avoir rencontre, lutte peut-être... s'écria le banquier avec un léger frisson d'appréhension.
— C'est probable.
— Gomment! c'est probable 1 mais je ne suis pas un homme de guerre et de sang, moil
— Eh bien! vous recevrez les coups> vous n'en donnerez pas. Voilà tout.
— Charmante plaisanterie! murmura Kirschmark. Voyons, messieurs, entendons-nous. Que voulez-vous de nous, en somme?
— Vous le saurez plus tard en nous suivant. Finissons-en. Sur un signe de Passe-Partout, deux hommes s'approchèrent du baron,
deux autres du duc. Ils tenaient des cordes.
- Prétendez-vous porter la main sur moi? demanda le duc.
— Un peu! répondit la Cigale en lui mettant la main sur l'épaule. Le complice de Kirschmark voulut essayer de résister. Ce fut en vain.
Le géant le maîtrisa aussi facilement qu'une femme joue avec un enfant
de cinq ans.
Le banquier terrifié n'essaya pas l'ombre de résistance.
En dix secondes, on leur mit ce que le digne M. Jules appelait si pittoresquement les poucottes do l'amitié.
— Si jamais je vous rencontre seul et face à face, hurla le faux duc de v ' . Dinan à Passe-Partout, qui ne s'occupait que des précautions à prendre pour se tirer du guêpier où il avait entraîné ses affidés, je vous tuerai.
— Moi, monsieur?
— Vous..* et comme un chien !
— On tue comme on peut. .
— Je vous le jure!
— Vous en êtes bien libre.
— Foi de gentilhomme !
— Vous êtes donc gentilhomme, monsieur le duc? dit simplement Passe- Partout.
Ce dernier trait démonta son prisonnier.
Il tomba de toute la hauteur de sa colère, et ne trouva plus rien à répondre.
La conscience de sa honte et de son impuissance., la conviction que le chef des Invisibles savait aussi à quoi s'en tenir sur son méprisable passé, lui j
donna un coup de massue. j
11 se renferma dans un silence farouche. J
— La Cigale, Mortimer! appela Passe-Partout. ) Le géant et l'Écossais vinrent prendre ses ordres. Pendant qu'il les leur donnait, la musique et la danse menaient toujours
grand train dans les guinguettes environnantes.
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On entendait par intervalles les cris de danseuses échevelées et les hurlements éraillés des buveurs fatigués, mais non assouvis.
Passe-Partout et ses quatre fidèles compagnons entraînèrent le banquier et le général du côté de la maison isolée.
Les Invisibles n'étaient pas en nombre.
Mais, aussi braves les uns que les autres, ils ne reculaient devant aucun obstacle.
Chacun d'entre eux comptait sur sou frère d'armes. Il y comptait jusqu'à la mort.
La Cigale tenait, pour ainsi dire, en laisse le faux duc de Dinan.
Mortimer était préposé à la garde du banquier, prisonnier plus commode.
Ils avaient tous deux Tordre de leur faire sauter le crâne au premier cri, au premier geste impliquant une intention de traîtrise, I
Les deux prisonniers étaient prévenus. ' I
On marchait dans le plus profond silence. |
Passe-Partout éclairait la marche. *
Rioban et Ban-Lucar le suivaient, l'arme au poing.
Derrière eux venaient Mortimer et la Cigale avec leurs prisonniers.
Au moment où leur petite troupe sortait d'une allée étroite et sombre, et où elle allait s'engager sur une pelouse se prolongeant jusqu'au fronton du château, ces mots retentirent à leurs oreilles :
— Arrêtez ! au nom de la loi !
Les Invisibles demeurèrent immobiles.
Le baron et le duc firent comme eux, quelque envie qu'ils eussent de les
planter là bel et bien.
Mais ils sentaient le froid du canon de l'arme tenue par Mortimer et par la Cigale.
Passe-Partout fit un pas en avant.
Il se trouva en présence d'une dizaine d'individus armés jusqu'aux dents.
— Qui êtes-vous? Que voulez-vous? demanda-t-il.
— Cela ne vous regarde pas, répondit celui qui paraissait le chef de cette escouade rangée sur une seule ligne. Bas les armes !
— Vous dites?
— Bas les armes !
— Mais pour nous rendre à votre gracieuse invitation, sylphe, lutin, caporal de la garde nationale, ou qui que vous soyez, il faudrait en avoir.
— Avoir quoi?
— Des armes.
— Et vous n'en avez pas ?
— Gomme vous le constatez, sylphe, lutin ou....
— Avez-vous fini vos farces, vous, là-bas?
Le chef des Invisibles, tout en répondant d'une façon distraite, évasive,
légère, aux questions qui lui étaient adressées, jetait un regard investigateur autour de lui.
Tout était tranquille.
Il chercha à percer les ténèbres.
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Aucun bruit. /
Il fallait gagner du temps. Ce n'était pas chose facile.
— Vous décidez-vous? demanda une seconde fois le chef de la troupe opposée.
— Oui:
— Vous vous rendez?
— Sans aucun doute.
— A la bonne heure. Avancez à Tordre.
Passe-Partout avança.
— Pardon, fit-il de son air le plus innocent je n'ai pas besoin de vous prier, de vouloir bien nous exhiber le mandat en vertu duquel vous nous arrêtez.
— Un mandat?
— Sans doute; vous devez en avoir un.
— J'en ai un.
— Puis-je le voir?
— Ici, à la belle étoile! répliqua l'autre en ricanant; vous n 1 y verriez pas assez pour le déchiffrer.
— J'essayerai.
— On vous le montrera à l'ombre.
— Ça ne nous changera pas, fit le plus doucement dû monde Passe-Partout, qui voyait grouiller quelque chose dans le lointain.
— Voyons, pas tant de raisons! fit brutalement son interlocuteur, obéissez!
— A qui?
— A moi. Rendez-vous, ou sinon...
Tout à coup une voix stridente s'éleva dans la nuit.
— Heinl qu'est-ce que c'est que ça? fit le chef des arrivants.
La voix chantait ou plutôt détonnait les couplets d'une romance bien connue alors dans les rues de Paris :
Du haut en bas, C'est moi qui ramone, Pour peu qu'on me donne.
Voilà mes deux bras.
Cette chanson avait une signification secrète pour le chef des Invisibles, car, aux premières notes, il se replia vers les siens, en murmurant :
— Attention!
- Le chanteur nocturne continua en se rapprochant :
Ainsi, tout couvert de suie, Le pauvre Jacquot chantait.
Et bravant le froid, la pluie,.
Paiement dans ses doigts soufflait.
— C'est Moumou ! fit la Cigale.
— Silence! murmura Passe-Partout
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