‹ Les Invisibles de Paris, vol. 2Chapitre 40 sur 92 · VAINQUEURS, MAIS VAINCUS · texte numérisé non relu

VAINQUEURS, MAIS VAINCUS

L'arrivée du colonel Renaud et de ses hommes avait changé la face des choses.

Maître Coquillard-Charbonneau sentait s'éloigner à grandes guides cette superhe confiance que lui donnait naguère la supériorité du nombre.

D'autre part, pour Passe -Par tout et ses compagnons, la lutte à chances égales ne devenait plus qu'un jeu. '

Aussi, sans la moindre hésitation, le séide de M. Jules changea-t-il immédiatement son ordre de bataille.

Le : En avant! qu'il venait de lancer d'une voix si belliqueuse se transforma tout net en un sauvè-gui-peul générai et parfaitement compris de tous les siens.

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Sans demander l'explication d'un changement de front aussi honteux ^ n

ï qu'inattendu, ces derniers s'envolèrent comme une nuée immonde de corbeaux -■■.-.

I ou d'oiseaux de proie dérangés dans leur curée. ,■■:'. ;|i|

i La teiTeur leur donnait des ailes. J'

Ils disparurent, poursuivis parles huées et les rires des Invisibles, qui ' v

dédaignaient de les poursuivre.

1 Martial Renaud s'approcha du comte de Warrens.

— Merci, frère, lui dit celui-ci. ,:;-:

i — J'arrive juste à temps. Mais, en vérité, en voyant les jambes de ces j gaillards-là, je commence à croire que ce n'était pas la peine de tant me . : . J

presser. J'aurais dû te laisser le loisir de leur donner une bonne leçon. I — Ils la recevront peut-être bien tout de même, grommela Mouchette, qui

se mêlait sans cérémonie aucune à toutes les conversations, à celles de ses supérieurs aussi facilement qu'à celles de ses égaux. '

— Que veux-tu dire? demanda Passe-Partout.

j — Rien! Seulement, écoutez, et, si vous ir*entendez pas une drôle de ! musique avant une demi-minute, je permets à ces deux messieurs de me j conduire au violon.

] Ce disant, le gamin de Paris désignait le taux duc de Dinan et son compa- *

l gnon le baron de Kirschmark.

i Pendant que les deux frères cherchaient à comprendre le sens de ses

\ paroles, la Cigale ricanait avec satisfaction.

i — Tonnerre! oui! Ils vont la danser belle, s'il a fait ce qu'il m'a dit.

— Et je l'ai fait, nononcle, ou que le même tonnerre vous écrase ï. | — Eh bien I qu'est-ce que c'est? s'écria le géant, qui, après un court examen,

| s'aperçut du sans-gêne avec lequel le fils de la Pacline se jouait de sa per-

sonne. Si tu jurais sur quelque chose de moins..., de moins... | — Fragile, acheva Mouchette. Puisque tu ne risques rien, mon bon oncle.

| — On ne sait pas.

) — Mais si. ' "..

| — Tu peux t'être trompé.

j — Mais non. i

| Ici des cris nombreux se tirent entendre dans le lointain, à un demi-kilo-

| mètre environ du lieu où se tenaient les Invisibles.

ï — Et la preuve, la voilà, reprit le gamin triomphalement.

I — D'où viennent ces cris? demanda Passe-Partout.

| — Ne faites pas attention, mon capitaine.

| — Sont-ce nos fuyards?

| — Daniel faut le croire, répondit Mouchette de son air le plus modeste.

1 — Que leur est-il advenu?

I — Ah! voilà! en cherchant bien..., nasilla le gamin de Paris, qui tenait à

| faire durer une situation où il tranchait de l'homme d'importance.

| — Veux-tu parler, satané Tortillard ! lui grogna la Cigale en pleine

I oreille.

Et, comme Mouchette prenait encore un temps avant de répondre, le géant lui allongea une chiquenaude à décorner un taureau sauvage.

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Selon sa louable habitude, l'enfant esquiva la torgnole, mais il se considéra comme bien averti.

Les cris lointains continuaient de plus belle.

On se remit à le questionner de tous côtés.

Quelques-uns des compagnons de Passe-Partout venaient môme d'aller explorer les environs, battre le parc en éclaireurs et s'édifier par leurs propres yeux sur ce tumulte inattendu et inexpliqué.

Mouchette se décida à satisfaire la curiosité générale. . — Voici ce que c'est, messieurs, mesdames et mesdemoiselles...

La Cigale chercha les dames et les demoiselles.

N'en trouvant pas, il salua pour elles.

Mouchette continua :

— Après avoir exécuté Tordre de maître Passe-Partout, qui m'avait enjoint d'aller à la découverte, je revenais les mains dans mes poches, essayant mes plus belles notes.

— Notes de quoi? demanda la Cigale.

— TurluLulu, rengaine, Rengaine, rengaine, Turlulutu, rengaine, lien gaine ton compliment.

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chantonna Mouchette, en guise de réponse à son gigantesque ami.

— Continue, fit Passe-Partout.

— Tout à coup, repartit le gamin, je bute contre quelque chose.

— Et ce quelque chose?...

— Était un quelqu'un qui se dresse sur son séant.

— Filoche 1 que je me mets à crier. ■ — Mouchette !

— C'est toi, ma vieille ! Tu te reposes, paresseux !

— Il me répond : Nous sommes deux à nous la passer douce...

— Deux, qui ça?

— Le camarade et moi.

— Je cherche plus loin, et qu'est-ce que je trouve?

— Quoi? fît la Cigale. Quoi? quoi?

— Retourne à ta mare, nononcle.

— Va donc, lambin ! Qu'est-ce que tu trouves?

— Un pauvre diable qui avait un couteau planté entre les deux épaules et un morceau de robe de soie dans son poing fermé.

— La comtesse! dit vivement le chef des Invisibles... C'est elle qui a fait faire cela!...

— M'sieu Benjamin? précisément...

— Échappée.

— Vous l'avez dit... Oht c'est un malin ou une finaude, comme il vous plaira.

— Mais qui a frappé Filoche, qui a tué son compagnon?

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— Pardi! son majordome, son chien enragé, son nègre blanc.

— Marcos Praya?

— Lui et les autres.

p — On les avait pourtant rudement ficelés..., grommela la Cigale. ■ ' ;J$ §j — il est venu un gros rat qui a mangé les ficelles, mon bon oncle. Aussi .; .;; 'M ^ la première chose qu'ils ont faite a été de délivrer la comtesse, de l'arracher il M à nos deux camarades, qui ont voulu tenir bon,, pour leur malheur. . ■§ ^ — Gré mâtin t on verra! dit violemment la Gigale. S'ils m'ont abîmé Fiîo- :^

che de fond en comble... ;1

|j — Non. Ils ne Font assommé qu'à moitié; c'est l'autre qui a gobé Je bouillon. -||

| . — Il est mort?

| — Tout ce qu'il y a de plus mort... et enterré.

I — Enterré?

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