VAINQUEURS, MAIS VAINCUS
L'arrivée du colonel Renaud et de ses hommes avait changé la face des choses.
Maître Coquillard-Charbonneau sentait s'éloigner à grandes guides cette superhe confiance que lui donnait naguère la supériorité du nombre.
D'autre part, pour Passe -Par tout et ses compagnons, la lutte à chances égales ne devenait plus qu'un jeu. '
Aussi, sans la moindre hésitation, le séide de M. Jules changea-t-il immédiatement son ordre de bataille.
Le : En avant! qu'il venait de lancer d'une voix si belliqueuse se transforma tout net en un sauvè-gui-peul générai et parfaitement compris de tous les siens.
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Sans demander l'explication d'un changement de front aussi honteux ^ n
ï qu'inattendu, ces derniers s'envolèrent comme une nuée immonde de corbeaux -■■.-.
I ou d'oiseaux de proie dérangés dans leur curée. ,■■:'. ;|i|
i La teiTeur leur donnait des ailes. J'
Ils disparurent, poursuivis parles huées et les rires des Invisibles, qui ' v
dédaignaient de les poursuivre.
1 Martial Renaud s'approcha du comte de Warrens.
— Merci, frère, lui dit celui-ci. ,:;-:
i — J'arrive juste à temps. Mais, en vérité, en voyant les jambes de ces j gaillards-là, je commence à croire que ce n'était pas la peine de tant me . : . J
presser. J'aurais dû te laisser le loisir de leur donner une bonne leçon. I — Ils la recevront peut-être bien tout de même, grommela Mouchette, qui
se mêlait sans cérémonie aucune à toutes les conversations, à celles de ses supérieurs aussi facilement qu'à celles de ses égaux. '
— Que veux-tu dire? demanda Passe-Partout.
j — Rien! Seulement, écoutez, et, si vous ir*entendez pas une drôle de ! musique avant une demi-minute, je permets à ces deux messieurs de me j conduire au violon.
] Ce disant, le gamin de Paris désignait le taux duc de Dinan et son compa- *
l gnon le baron de Kirschmark.
i Pendant que les deux frères cherchaient à comprendre le sens de ses
\ paroles, la Cigale ricanait avec satisfaction.
i — Tonnerre! oui! Ils vont la danser belle, s'il a fait ce qu'il m'a dit.
— Et je l'ai fait, nononcle, ou que le même tonnerre vous écrase ï. | — Eh bien I qu'est-ce que c'est? s'écria le géant, qui, après un court examen,
| s'aperçut du sans-gêne avec lequel le fils de la Pacline se jouait de sa per-
sonne. Si tu jurais sur quelque chose de moins..., de moins... | — Fragile, acheva Mouchette. Puisque tu ne risques rien, mon bon oncle.
| — On ne sait pas.
) — Mais si. ' "..
| — Tu peux t'être trompé.
j — Mais non. i
| Ici des cris nombreux se tirent entendre dans le lointain, à un demi-kilo-
| mètre environ du lieu où se tenaient les Invisibles.
ï — Et la preuve, la voilà, reprit le gamin triomphalement.
I — D'où viennent ces cris? demanda Passe-Partout.
| — Ne faites pas attention, mon capitaine.
| — Sont-ce nos fuyards?
| — Daniel faut le croire, répondit Mouchette de son air le plus modeste.
1 — Que leur est-il advenu?
I — Ah! voilà! en cherchant bien..., nasilla le gamin de Paris, qui tenait à
| faire durer une situation où il tranchait de l'homme d'importance.
| — Veux-tu parler, satané Tortillard ! lui grogna la Cigale en pleine
I oreille.
Et, comme Mouchette prenait encore un temps avant de répondre, le géant lui allongea une chiquenaude à décorner un taureau sauvage.
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Selon sa louable habitude, l'enfant esquiva la torgnole, mais il se considéra comme bien averti.
Les cris lointains continuaient de plus belle.
On se remit à le questionner de tous côtés.
Quelques-uns des compagnons de Passe-Partout venaient môme d'aller explorer les environs, battre le parc en éclaireurs et s'édifier par leurs propres yeux sur ce tumulte inattendu et inexpliqué.
Mouchette se décida à satisfaire la curiosité générale. . — Voici ce que c'est, messieurs, mesdames et mesdemoiselles...
La Cigale chercha les dames et les demoiselles.
N'en trouvant pas, il salua pour elles.
Mouchette continua :
— Après avoir exécuté Tordre de maître Passe-Partout, qui m'avait enjoint d'aller à la découverte, je revenais les mains dans mes poches, essayant mes plus belles notes.
— Notes de quoi? demanda la Cigale.
— TurluLulu, rengaine, Rengaine, rengaine, Turlulutu, rengaine, lien gaine ton compliment.
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chantonna Mouchette, en guise de réponse à son gigantesque ami.
— Continue, fit Passe-Partout.
— Tout à coup, repartit le gamin, je bute contre quelque chose.
— Et ce quelque chose?...
— Était un quelqu'un qui se dresse sur son séant.
— Filoche 1 que je me mets à crier. ■ — Mouchette !
— C'est toi, ma vieille ! Tu te reposes, paresseux !
— Il me répond : Nous sommes deux à nous la passer douce...
— Deux, qui ça?
— Le camarade et moi.
— Je cherche plus loin, et qu'est-ce que je trouve?
— Quoi? fît la Cigale. Quoi? quoi?
— Retourne à ta mare, nononcle.
— Va donc, lambin ! Qu'est-ce que tu trouves?
— Un pauvre diable qui avait un couteau planté entre les deux épaules et un morceau de robe de soie dans son poing fermé.
— La comtesse! dit vivement le chef des Invisibles... C'est elle qui a fait faire cela!...
— M'sieu Benjamin? précisément...
— Échappée.
— Vous l'avez dit... Oht c'est un malin ou une finaude, comme il vous plaira.
— Mais qui a frappé Filoche, qui a tué son compagnon?
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— Pardi! son majordome, son chien enragé, son nègre blanc.
— Marcos Praya?
— Lui et les autres.
p — On les avait pourtant rudement ficelés..., grommela la Cigale. ■ ' ;J$ §j — il est venu un gros rat qui a mangé les ficelles, mon bon oncle. Aussi .; .;; 'M ^ la première chose qu'ils ont faite a été de délivrer la comtesse, de l'arracher il M à nos deux camarades, qui ont voulu tenir bon,, pour leur malheur. . ■§ ^ — Gré mâtin t on verra! dit violemment la Gigale. S'ils m'ont abîmé Fiîo- :^
che de fond en comble... ;1
|j — Non. Ils ne Font assommé qu'à moitié; c'est l'autre qui a gobé Je bouillon. -||
| . — Il est mort?
| — Tout ce qu'il y a de plus mort... et enterré.
I — Enterré?