‹ Les Invisibles de Paris, vol. 2Chapitre 42 sur 92 · LA CIGALE · texte numérisé non relu

LA CIGALE

C'était le soir, par un ciel sans étoiles.

Une pluie fine et froide rayait Y atmosphère et tombait dru sur les rares passants que leurs affaires ou leurs plaisirs contraignaient à se hasarder dans les rues boueuses de la grande ville. ;

Un certain temps venait de s'écouler depuis la disparition du comte de Warrens.

Son enlèvement avait été exécuté avec -tant d'adresse et de célérité, que, malgré les -recherches les plus assidues, malgré tout l'or semé par eux, les^ Invisibles n'avaient découvert nul indice qui pût les mettre sur la voie.

Ils avaient pourtant des ramifications dans toutes les classes de la société. ! :?fî

Quoi qu'il en fût, ils se voyaient forcés de reconnaître leur impuissance momentanée et de s'avouer battus à plate couture.

M. Jules et ses adhérents ou ses clients remportaient sur eux.

Ils avaient bien, comme compensation, mis la main sur la précieuse cassette, tant refusée au général Macé, le faux duc de Dinan, par le baron de Kirschmark, mais cette compensation était peu de chose auprès de la perte énorme qu'ils essuyaient dans la personne de leur chef.

Et ce chef, quand le perdaient-ils?

Au moment où il leur était le plus nécessaire, le plus indispensable.

Au moment où il donnait sa liberté pour sauver la leur, sa vie peut-être pour sauver leur vie.

Plusieurs personnes se trouvaient réunies dans le modeste salon du petit appartement de M. Lenoir, situé rue d'Astorg, numéro 35.

Ces personnes causaient avec une grande animation, bien qu'à voix contenue.

Parmi elles, on comptait :

D'abord le maître du logis lui-môme, M.. Lenoir, ou, si Ton veut, Martial Renaud, qui, certain de la discrétion de ses visiteurs, avait laissé de côté son déguisement ordinaire de commis-voyageur.

Puis sir Harry Mortimer.

Le vicomte de Rioban* encore pâle de ses blessures,

Le comte de San-Lucar,

Le baron d'Entragues,

Karl Schinner, l'intendant de M. de Warrens,

Le vicomte René de Luz, dont la convalescence touchait à son terme,

Le docteur Martel,

Olivier Dubreuil,

Et Adolphe Blancas,

Dix personnes en tout. |

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Le colonel Martial Renaud, jetant un regard sur la pendule, se leva, s'approcha de la cheminée contre laquelle il s'appuya, et d'un geste il requit le silence de l'assemblée.

Les conversations particulières cessèrent comme par enchantement.

On Técouta. ,

— Messieurs, dit le colonel, il y a aujourd'hui vingt jours qu'à l'issue de notre expédition dans le parc de la maison de Belleville mon frère, votre chef, a disparu. C'est en vain que j'ai appelé à mon aide nos agents lespliïs dévoués, les plus expérimentés; c'est en vain que nous avons fouillé ce inonde nommé Paris dans ses plus secrets repaires : rieni Nous n'avons ;rien trouvé! /

« Deux de nos plus fidèles compagnons, absents depuis trois jours, n'ont pas reparu.

« Peut-être sont-ils tombés dans quelque guet-apens tendu par nos ennemis, victimes eux-mêmes de leur dévouement et de leur fidélité. Il faut s'attendre à tous les malheurs.

« Ces agents, dont je regrette l'absence et dont je Tedouté d'avoir à déplorer la perte avant- peu, sont la Cigale et Frantz Këller.

Un murmure de sympathie et de regret accueillit ces paroles du colonel.

Il reprit : ,

— Le cas de- la disparition de notre chef est prévu par les statuts de l'Association. Vous le savez, quand une de ses têtes tombe, une autre la remplace immédiatement.

« Dans les vingt jours qui suivent la disparition ou la mort du chef, une réunion des Compagnons de la Lune doit être convoquée dans le logement de l'un d'entre eux.

« Dans cette réunion, se trouvent neuf membres au moins, faisant partie des principaux chefs de l'Association.

« Séance tenante, un chef suprême remplace le chef suprême décédé, un. chef provisoire remplace le chef disparu ou absent depuis vingt jours par une cause inconnue.

« Le temps nous presse, messieurs.

« Cette réunion, j'ai pris sur moi de la convoquer.

« Vous avez répondu à mon appel.

« Merci.

& Nous sommes réunis.

& Voici du papier, des plumes, de Pencre.

« Nous allons procéder à l'élection du chef suprême provisoire.

« Mais avant tout jurons, quel que soit ce chef, de lui obéir aveuglément, ainsi que nous obéissions à son prédécesseur.

— Nous le jurons i fut-il répondu.

On procéda à T élection.

Les neuf Compagnons de la Lune firent quelques pas en arrière.

Ils formèrent un groupe compact et causèrent quelques instants à voix basse, sans que le colonel Martial Renaud pût entendre un seul mot de leur entretien.

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— Eclméc, reprit le comlc en pressant la jeune fille sur son cœur, vous êtes vaillante,

vous m'attendrez.

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